BIEN-ÊTRE
20/04/2019 07:53 EDT | Actualisé 09/05/2019 18:32 EDT

SheHaze: des Montréalaises planent sur le cannabis sans tabou

Des femmes d'ici dévoilent leur consommation de marijuana au grand jour pour mettre fin aux préjugés.

Monse Muro

Elles consomment du cannabis pour soulager des douleurs chroniques ou simplement pour le plaisir. Des Montréalaises de tous horizons dévoilent leur expérience unique - heureuse ou malheureuse - avec la marijuana dans la série de photos SheHaze.

Une femme avoue, par exemple, censurer le fait qu'elle fume pour ne pas déplaire à sa famille catholique. Une autre raconte comment le cannabis l'a libérée de ses pensées et de son comportement auto-destructeurs.

À l'occasion du 4/20, 20 avril, journée marquée par divers rassemblements autour de la marijuana, les instigatrices du projet Camille Chacra, propriétaire de la boutique pour fumeurs Allume, et Sara Hini, directrice artistique et créatrice de l'initiative féministe The Womanhood Project, nous disent tout sur la consommation de cannabis au féminin et sur SheHaze.

Qui sont ces femmes qu'on découvre avec SheHaze?

CC: «Au total, huit femmes ont participé, y compris moi et Sara (co-créatrice). C'était assez logique pour nous de faire aussi partie de ce projet, car le sujet est vraiment personnel.

  • Anne-Darla Jennings - réalisatrice et co-animatrice du balado «The Grass Ceiling»
  • Chloé Landreville - brodeuse, artiste, maman.
  • Sonya Gauthier - fondatrice de Fumée Galante, maman.
  • Mylène Genty - Médias sociaux et rédaction
  • Cassandra Cacheiro - co-créatrice de «The Womanhood Project»
  • Ming Bérubé-Sam - consultante en développement dans le domaine du cannabis.

Pourquoi font-elles leur «coming out» de consommation aujourd'hui?

CC: «Je pense que la légalisation a rendu beaucoup des participantes moins réticentes à parler ouvertement de leur consommation. De plus, il existe une communauté florissante sur Instagram où les femmes se soutiennent et suscitent des discussions sur la stigmatisation, etc. En général, le fort sentiment d'unité est réconfortant.»

SH: «Cela faisait partie de leur processus. Elles étaient rendues là dans leur vie. C'est aussi une façon de se réapproprier leur histoire et tout ce qui entoure la consommation du cannabis. Il y a quelque chose de très puissant dans la façon qu'on choisit pour partager son expérience tout en se mettant dans un état de vulnérabilité devant la caméra. »

À part de réaffirmer qu'il y a bel et bien des femmes qui consomment du cannabis, que voulez-vous véhiculer avec She Haze?

SH: «On voulait à notre façon participer à l'anéantissement de la stigmatisation. Il y a encore tellement de stéréotypes qui persistent, malgré tous ces modèles de femmes dans l'industrie du weed. On pense fermement que la photographie est le moyen idéal pour comprendre ce genre d'enjeu. Dans ce projet, on a le pouvoir des images ET l'impact des mots. Nous voulions aussi montrer des femmes qui reprennent le contrôle sur leurs propres histoires, ce qui est essentiel de nos jours avec tout ce qui circule dans les médias. Mais surtout, notre désir, c'est de faire passer le message que le cannabis est une plante remarquable aux propriétés infinies. Le weed transforme, guérit et élève le corps comme l'esprit. Et on voulait montrer tout ça au travers d'une perspective féminine.»

Quels sont les préjugés ou stéréotypes persistants associés aux femmes qui fument de la marijuana?

CC: «Que nous sommes rebelles, ou des «pot heads» sans ambition. Il faut que les gens - particulièrement les hommes - reconnaissent que notre communauté est tellement plus diversifiée que ça.»

Monse Muro

Qui sont vos modèles? Qui sont les principales femmes qui se démarquent dans l'industrie du cannabis et ses dérivés?

CC: «J'admire vraiment les femmes qui dénoncent des problèmes fondamentaux dans l'industrie du cannabis: principalement les injustices raciales, le sexisme et la cupidité des entreprises: Mary Pryor, Vanessa Mercier, DM Blunted et Verena von Pfetten, entre autres.»

Entre 2012 et 2015, la proportion de Canadiennes qui fument du cannabis a augmenté tandis que celle des hommes a baissé. À quoi attribuez-vous ça?

CC: «Je pense que plus de femmes consomment du cannabis pour de nombreuses raisons, mais je dirais qu'une des attractions principales est la révolution self care, surtout grâce au CBD [NDLR : le CBD est un cannabinoïde utilisé plus au niveau médical, entre autres, pour ses propriétés inflammatoires et relaxantes. Contrairement au THC, il est non-psychotrope]. Plusieurs femmes l'utilisent pour réduire l'anxiété, améliorer la santé sexuelle, soulager des symptômes liés aux problèmes féminins tels que les menstruations et l'endométriose. On peut même trouver des soins de peau comme des crèmes, sérums et masques à base de CBD.»

À votre avis, y a-t-il des lacunes dans l'industrie du cannabis qui empêchent les femmes de profiter pleinement de la consommation de marijuana?

SH: «La désinformation ou le manque d'information est une lacune énorme. L'illégalité y participait énormément et ajoutait au sentiment de peur qui entourait le cannabis. Je pense sincèrement que les choses vont changer maintenant, que les gens vont s'y intéresser plus et faire des choix éclairés en toute connaissance de cause.»

La série de photos et d'entrevues SheHaze sera dévoilée progressivement du 19 avril au 31 juillet sur Instagram et en ligne. Monse Muro signe les photos.

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