POLITIQUE
17/04/2019 18:56 EDT | Actualisé 17/04/2019 19:00 EDT

Kenney en Alberta: pas question d'oléoduc de pétrole au Québec, dit Legault

Il n'y a pas d'acceptabilité sociale au Québec pour un oléoduc de pétrole, a réaffirmé le premier ministre.

PC/Jacques Boissinot

QUÉBEC — L'élection de Jason Kenney à la tête de l'Alberta ne changera rien à la position du gouvernement Legault: pas question de voir un oléoduc de pétrole traverser le Québec.

Il n'y a pas d'acceptabilité sociale au Québec pour un oléoduc de pétrole, a réaffirmé le premier ministre François Legault, mercredi, en mêlée de presse, au lendemain de la victoire de Jason Kenney, un fougueux défenseur de l'énergie pétrolière, qui dirigera désormais un gouvernement majoritaire en Alberta.

Par contre, a nuancé le premier ministre, le Québec se montre très ouvert à endosser le «très important» projet GNL, un projet de plus de 10 milliards $ pour la construction d'un pipeline de gaz naturel provenant de l'Alberta, qui couvrirait 750 km entre l'Ontario et le Saguenay.

Le projet de l'entreprise Gazoduq consiste à acheminer le gaz naturel jusqu'à une usine de liquéfaction d'Énergie Saguenay pour l'expédier ensuite outre-mer.

Mais le pétrole passe moins bien que le gaz naturel dans la population, selon le premier ministre.

«Il n'y a pas d'acceptabilité sociale pour construire de nouveaux oléoducs de pétrole», a-t-il tranché, indiquant que le dossier était clos.

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Environ la moitié du pétrole consommé au Québec vient déjà des provinces de l'ouest, grâce à l'inversion de l'oléoduc d'Enbridge, a souligné M. Legault pour calmer le jeu.

M. Legault n'est cependant pas allé jusqu'à répéter mercredi qu'il n'était pas intéressé par «l'énergie sale» de l'Alberta, une déclaration-choc faite en décembre qui avait été mal reçue dans l'ouest du pays.

Le premier ministre Legault disait alors souhaiter exporter davantage les surplus québécois d'hydroélectricité «propre» au reste du Canada, sans devoir accepter en retour l'«énergie sale» de l'ouest.

«Je ne me sens pas du tout gêné de refuser de l'énergie sale alors que nous on offre de l'énergie propre à un prix très concurrentiel», clamait M. Legault, en marge d'une rencontre avec ses homologues, à Montréal, en décembre.

Kenney évoque la péréquation

Dans son discours de victoire, mardi soir, M. Kenney n'a pas caché son intention de développer le secteur pétrolier de sa province. Il a rappelé au Québec qu'il était préférable de s'approvisionner en pétrole à l'ouest du pays, plutôt que dans «des dictatures étrangères».

Il a pris la peine de s'exprimer en français pour dire que si on acceptait les transferts fiscaux massifs en provenance de l'Alberta, on devrait aussi soutenir l'économie albertaine.

«Ce n'est pas acceptable pour les Albertains de verser des milliards de dollars de péréquation au gouvernement du Québec pendant que ce gouvernement-là essaie de bloquer des pipelines», a réitéré M. Kenney lors d'une conférence de presse à Edmonton, mercredi après-midi.

Le premier ministre désigné a toutefois déclaré qu'il souhaitait avoir une relation respectueuse avec M. Legault. «Mais nous allons continuer avec notre objectif stratégique d'avoir l'appui de tous les gouvernements provinciaux pour les pipelines», a-t-il soutenu.

Plus tôt dans la journée, le ministre des Finances, Éric Girard, a répliqué à M. Kenney en lui rappelant que le programme de péréquation était un programme fédéral de transferts de fonds fédéraux.

«Ce n'est pas la responsabilité de l'Alberta de décider quels sont les programmes fédéraux», a fait valoir M. Girard, en mêlée de presse.

Au Québec, «on a toute la légitimité de refuser des projets d'oléoducs», a renchéri de son côté le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien. Le principal enjeu au Québec dans ce genre de dossiers demeure le degré d'acceptabilité sociale, a-t-il soutenu devant les journalistes.

N'ayant pas réussi à gagner l'adhésion de la société québécoise, la société pétrolière TransCanada avait dû renoncer à son projet de pipeline transcanadien Énergie Est, en 2017.

Énergie Est avait pour objectif d'acheminer quotidiennement 1,1 million de barils de pétrole des sables bitumineux de l'Alberta jusqu'au Nouveau-Brunswick, grâce à un pipeline long de 4600 kilomètres qui aurait traversé le Québec.