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17/04/2019 18:25 EDT | Actualisé 18/04/2019 15:58 EDT

L’hiver est parti. Les seringues se découvrent

Plusieurs organismes tiendront des «blitz» de nettoyage et ils cherchent des bénévoles.

Quand la neige fond, les saletés de l'hiver refont surface. Les abrasifs sur les trottoirs, les déchets accumulés, les crottes de chiens... et les seringues souillées. Partout dans les quartiers centraux de Montréal, divers organismes se préparent à un ménage du printemps et ils cherchent des bénévoles.

Jérôme et Christian sillonnent les rues du Plateau-Mont-Royal depuis plusieurs années pour l'organisme Plein Milieu. Après plusieurs années d'itinérance et de toxicomanie, ils se sont sortis de la rue et ont commencé à rendre service à ceux qui vivent les mêmes situations difficiles qu'ils ont connu pendant de longues années.

Entre autres choses, ils ramassent les seringues souillées.

«Je fais ça surtout pour la sécurité des enfants. J'ai un fils, et l'idée qu'il puisse se faire mal avec ça, ça me fait peur»- Christian, messager de rue

Les deux hommes travaillent toute l'année à titre de «messagers»: des anciens itinérants ou consommateurs de drogues qui se consacrent désormais à la réduction des méfaits de la drogue. Mais à l'arrivée du printemps, leurs deux paires de bras et celles de leurs collègues ne suffisent pas.

«Évidemment, pour nous c'est plus difficile d'aller récupérer le matériel de consommation dans les ruelles de façon sécuritaire. Alors l'hiver, quand la neige fond, on découvre de mauvaises surprises», explique Ann Lalumière, coordonnatrice des programmes en itinérance chez Plein Milieu.

Plein Milieu sollicite l'aide des résidents pour un grand «blitz» de ramassage de seringues, qui aura lieu le 24 avril. Et ce n'est pas le seul organisme à organiser un tel événement: Dopamine, Cactus et Spectre de rue en font autant dans Hochelaga-Maisonneuve, au centre-ville et dans le Centre-Sud, à d'autres dates.

Nettoyer, informer et protéger

Tous ces organismes emploient des «messagers» comme Jérôme et Christian (Spectre de rue les appelle des «specteurs»). En plus de ramasser des seringues, ils distribuent du matériel propre aux toxicomanes pour que ceux-ci puissent consommer en toute sécurité.

Leur «kit» comprend notamment une seringue, un filtre et de l'eau pour diluer la dose. Le tout pour réduire les méfaits de la toxicomanie, notamment sur la santé des consommateurs.

«J'ai déjà vu des gens prendre de l'eau dans une flaque dehors, diluer leur drogue, et se l'injecter. Et des fois des jeunes viennent me voir et me disent "je suis assez content de te voir, depuis ce matin que je ramasse des seringues de par terre pour m'injecter. Jamais tu fais ça! C'est comme prendre un fusil et se tirer dans la tête», illustre Christian.

Emmanuel Leroux-Nega
Jérôme (gauche) et Christian (centre), deux «messagers» de l'organisme Plein Milieu expliquent l'importance des techniques de réduction des méfaits de la drogue, comme la distribution de seringues propres. (crédit: Emmanuel Leroux-Nega)

Sortir de la rue, à leur rythme

Lorsqu'ils croisent un itinérant ou une personne en détresse, ils donnent aussi des informations sur les ressources disponibles. Ils soulignent toutefois qu'ils ne peuvent pas les forcer à se sortir de la rue: ça doit se faire à leur rythme.

«Il n'y a pas seulement une raison qui a fait en sorte que je me suis retrouvé dans la rue. De la même façon, il n'y a pas seulement une chose qui m'a fait m'en sortir», souligne Jérôme, qui a passé 25 ans dans le milieu de la drogue et de l'itinérance.

Il affirme avoir passé à travers une période où il s'injectait entre 800 et 900 fois par mois. Aujourd'hui, il a un toit et quatre murs et sa consommation mensuelle est passée à une dizaine de doses. La décision de changer de mode de vie est venue de lui, et non pas d'une cure de désintoxication forcée, par exemple.

«J'ai vu des gens qui entraient dans un centre de désintox, et ils avaient juste hâte d'en sortir pour aller chercher une nouvelle dose!», souligne-t-il.

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Christian abonde dans le même sens.

«J'écoute mon corps. J'ai arrêté de boire il y a 20 ans, j'ai jamais rebu. J'ai arrêté le pot il y a 15 ans, j'ai jamais refumé. Et j'ai arrêté de m'injecter il y a quatre ans. Je n'ai plus envie de m'injecter. Mais il ne faudrait pas m'enlever ma méthadone, par exemple!», dit-il.

La méthadone est un traitement qui limite la dépendance physique aux opiacés.

Jérôme et Christian soulignent tout de même que les problèmes liés à l'itinérance et la toxicomanie sont somme toute moins grands qu'ils ne l'étaient dans les années 1980 ou 1990, à Montréal. Ils estiment toutefois qu'il est nécessaire de poursuivre le travail de réduction des méfaits, tant pour la sécurité du public que celle des consommateurs.