POLITIQUE
12/04/2019 06:00 EDT | Actualisé 12/04/2019 09:23 EDT

«Non, je ne vais pas l’enlever, Monsieur Legault»

Des personnes visées par le projet de loi sur la laïcité expliquent pourquoi il n'est pas question de retirer leur signe religieux au travail.

Nancy Nazha, Gregory Bordan et Bouchera Chelbi sont trois professionnels qui pourraient se voir privés d'opportunités de carrière en raison du projet de loi sur la laïcité du gouvernement Legault, s'il est adopté tel quel.

La raison? Les trois portent des signes religieux visibles dans leur vie de tous les jours et ils n'ont pas l'intention de les retirer au travail, ont-ils expliqué en entrevue avec le HuffPost Québec.

Nancy Nazha, qui étudie en adaptation scolaire, se dit bien consciente qu'elle pourrait devoir tirer un trait sur le métier d'enseignante en raison de son hidjab, ce voile porté par certaines musulmanes qui couvre les cheveux.

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Nancy Nazha, Gregory Bordan et Bouchera Chelbi sont trois professionnels qui seront visés par la loi sur la laïcité.

La jeune femme songe à faire une maîtrise ou à se diriger en orthopédagogie, mais se désole de voir que le réseau public se privera d'enseignantes en pleine pénurie. Elle dit recevoir de nombreux appels, parfois plusieurs par jour, pour de la suppléance dans les écoles.

Bouchera Chelbi est déjà enseignante dans le réseau public et aura donc un «droit acquis» selon le projet de loi de la Coalition avenir Québec.

Mais il s'agit d'un cadeau empoisonné, à son avis, puisqu'elle ne pourra pas changer de commission scolaire ni profiter d'une promotion pour devenir directrice d'école par exemple.

Même si on parle davantage des enseignantes, le projet de loi vise aussi tous les avocats et les procureurs qui font affaire avec l'État. Cet aspect a fait sursauter Gregory Bordan, un avocat de confession juive dans le domaine privé qui porte la kippa.

Il se désole de voir que d'autres avocats dans sa situation devront renoncer à certains mandats en raison de leur foi. Sa fille, une avocate qui couvre ses cheveux, ne pourrait jamais espérer pratiquer au Québec sous une telle loi.

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La semaine dernière, le premier ministre François Legault a invité les personnes visées par l'interdiction de signes religieux à se réorienter s'ils refusent de les enlever.

«Il y a d'autres emplois de disponibles», a-t-il laissé tomber, lorsque questionné sur le sujet.

Nancy Nazha, Gregory Bordan et Bouchera Chelbi ont tous les trois déploré les propos du premier ministre.

Ils croient que le gouvernement s'engage dans une pente glissante qui pourrait faire augmenter le niveau de discrimination à l'endroit de certaines minorités religieuses et ce, peu importe le métier.