POLITIQUE
11/04/2019 11:28 EDT | Actualisé 11/04/2019 13:31 EDT

Le Bloc québécois installe un panneau-réclame pour appuyer le projet de loi sur la laïcité

L'affiche, en anglais, est située près du Parlement.

OTTAWA — Le Bloc québécois a installé un panneau-réclame au bord d'une autoroute à Ottawa, pour appuyer le projet de loi sur la laïcité.

L'affiche, en anglais, dit "Le Québec sait ce qui est bon pour le Québec. Merci".

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet pose ce geste d'éclat parce qu'il croit que le gouvernement fédéral s'apprête à contester le projet de loi 21 ou à en financer la contestation.

En conférence de presse à Ottawa, jeudi matin, M. Blanchet a affirmé que tout indique que Justin Trudeau en arrivera là.

"On n'a pas besoin d'attendre qu'eux aussi mettent un panneau-réclame pour dire "nous allons financer les gens qui sont contre la loi québécoise"", a ironisé M. Blanchet, soulignant les sorties publiques de Justin Trudeau et de son ministre de la Justice.

"Si jamais ce n'est pas le cas, je vous invite à demander à M. Trudeau de dire clairement qu'il n'y aura pas un sou d'argent de l'État canadien qui sera investi contre la loi québécoise sur la laïcité. Moi je veux entendre ça", a-t-il réclamé.

À ses yeux, le gouvernement Trudeau ajoute "l'insulte à l'injure".

"Qu'il se mêle d'un débat qui ne concerne que la nation québécoise et l'État québécois et les employés de l'État québécois (...), qu'il se mêle de ça avec ses gros sabots et sa prétention d'autorité morale hautement discutable, c'est un problème. Et si, en plus, il prend l'argent des payeurs de taxes du Québec contre la volonté de l'Assemblée nationale du Québec, là, ça devient franchement ridicule", a-t-il lancé.

Il a, par la suite, consenti que comme Québécois, M. Trudeau a le droit de participer au débat, mais, selon lui, il doit le faire avec une certaine réserve.

"Le fait que M. Trudeau soit québécois ne lui donne pas autorité sur les juridictions de l'Assemblée nationale du Québec, ça ne le met pas au-dessus de la loi d'être dans une combinaison "je suis à la fois québécois et premier ministre du Canada, donc je vais vous dire ce qui est correct pour vous autres"", a argué M. Blanchet.

Le projet de loi 21 est actuellement à l'étude à l'Assemblée nationale, et le gouvernement caquiste entend l'adopter avant l'été.

M. Blanchet estime qu'après toutes ces années à en parler, les Québécois seraient "extrêmement contrariés" si l'intervention du gouvernement fédéral empêchait l'adoption d'une loi québécoise sur la laïcité.

Le chef bloquiste signe également une lettre ouverte, en anglais, adressée aux députés fédéraux. La lettre s'intitule "Un message du Québec aux députés fédéraux".

Les Québécoises et les Québécois veulent aller de l'avant et compléter ce projet. Les députés fédéraux à Ottawa doivent se tenir hors de leur chemin.Yves-François Blanchet

Il y ajoute que le gouvernement du Canada n'a pas le droit d'utiliser "notre propre argent", "les taxes et impôts des Québécois" pour contrer le désir des Québécois.

Un débat électoral fédéral?

Le Bloc se prépare à faire du débat sur l'éventuelle loi québécoise sur la laïcité un enjeu de la campagne électorale fédérale de l'automne.

M. Blanchet s'engage à ne pas répéter l'expérience malheureuse de la publicité bloquiste en 2015 où on voyait une goutte de pétrole se transformer en niqab. Mais il a bien l'intention de faire campagne "sur tous les sujets", soulignant que ses adversaires néo-démocrates et conservateurs sont divisés sur celui-là.

Cette semaine, le lieutenant québécois d'Andrew Scheer a contredit son chef.

Alors que M. Scheer répète que son Parti conservateur "a toujours appuyé les droits et libertés individuels" et promet de "toujours travailler pour garder ces droits et protéger ces droits", son député Alain Rayes a appuyé publiquement le projet de loi 21 qui aura recours à la clause dérogatoire pour se soustraire à la Charte des droits et libertés.

"Il y a un gouvernement qui est légitime en ce moment, qui a été élu avec cette promesse, qui tente, par tous les moyens de la réaliser", disait mercredi le député Rayes, avant d'exprimer son espoir que ce projet devienne loi.

Il a ainsi rejoint au moins deux de ses collègues - Pierre Paul-Hus et Jacques Gourde - qui, la semaine dernière, exprimaient leur appui au projet de loi 21 beaucoup plus subtilement.

Jeudi, Le Devoir rapportait aussi une voix dissidente chez le Nouveau Parti démocratique (NPD). Pierre Nantel a affirmé que son chef Jagmeet Singh n'avait pas à commenter le projet de loi québécois. D'après M. Nantel, lorsque M. Singh a critiqué l'initiative caquiste, il n'exprimait pas la position du parti.

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