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10/04/2019 10:13 EDT | Actualisé 10/04/2019 10:13 EDT

Inclusion des genres: Patinage Canada veut inspirer d'autres associations sportives

Les patineurs peuvent maintenant choisir la catégorie de genre dans laquelle ils veulent compétitionner, notamment.

simonkr via Getty Images
Patinage Canada est l'organisme directeur national du patinage artistique au pays.

Cela fera bientôt un an que Patinage Canada, l'organisme directeur national du patinage artistique au pays, s'est doté d'une politique d'inclusion des personnes trans, sans tambour ni trompette. Les patineurs peuvent maintenant choisir la catégorie de genre dans laquelle ils veulent compétitionner, notamment.

À l'aube du premier anniversaire de l'entrée en vigueur de cette politique, la PDG de l'organisme se félicite du succès de ces nouveaux règlements, et souhaite faire connaître ses démarches au public, dans l'espoir que de nombreuses organisations sportives emboîtent le pas. Patinage Canada en fera l'annonce aujourd'hui.

Le but de la politique, entrée en vigueur le 31 mai 2018, est de créer un «environnement propice à la diversité, à l'inclusion et sans obstacle, où chaque employé, membre du conseil d'administration, patineur, officiel, entraîneur, bénévole et organisme affilié à Patinage Canada se sent apprécié, respecté et appuyé».

Les exigences de la politique

  • Utiliser le nom et les pronoms auxquels la personne s'identifie
  • Assurer un accès sûr aux toilettes et aux vestiaires en conformité avec leur identité de genre
  • Avoir des codes vestimentaires qui respectent l'identité de genre d'une personne
  • Utiliser des images qui reflèteront la diversité de l'organisme dans son matériel en ligne
  • Employer un langage inclusif dans les communications de l'organisme
  • Appuyer les personnes en transition
  • Protéger le droit individuel à la vie privée et à la confidentialité (sur le genre)

Patinage Canada convient que ses activités et ses épreuves, comme dans le sport en général, demeurent organisées selon la binarité de genre. Toutefois, l'organisme précise que les personnes trans peuvent patiner dans la catégorie de genre de leur choix.

«Toutes les identifications, par nos athlètes, de l'identité de genre sont considérées être faites de bonne foi et ne nécessitent aucune autre divulgation ou documentation», est-il écrit dans la politique.

L'organisme ajoute qu'il veut aussi inclure «les personnes non binaires (y compris les personnes allosexuelles, non conformes au genre, de diverses identités de genre, bispirituelles et intersexuées) et examinera des façons d'être plus inclusif à cet égard, à l'avenir». Pour l'instant, les patineurs sont invités à s'inscrire dans la catégorie de genre qui fait le plus de sens pour eux.

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Cette politique est très bien accueillie par l'organisme Enfants transgenres Canada. Le chargé de projet de l'organisme, Antoine Beaudoin Gentes, s'est dit satisfait de la façon dont les articles de la politique sont rédigés, qui témoigne d'un bon travail de recherche.

«Les deux premiers points, soit l'utilisation des pronoms et les toilettes et vestiaires, sont très importants, dit-il. C'est ce qu'on préconise lorsqu'on fait des tournées dans les écoles.»

Il est d'autant plus important d'adopter ce genre de politique dans des associations sportives, puisque c'est un milieu «qui n'est pas toujours très inclusif», ajoute-t-il.

L'épineuse question des toilettes et des vestiaires peut être très anxiogène pour un enfant dont le genre qui lui a été attribué à la naissance ne correspond pas à celui auquel il s'identifie. Certains d'entre eux qui fréquentent une école ne comportant pas de toilettes neutres peuvent d'ailleurs se retenir toute la journée, et développer des infections urinaires, précise Antoine Beaudoin Gentes.

«Tout ce qui est écrit est vraiment bien, mais après, je suis curieux de la façon dont ça se passe sur le terrain. Est-ce que les enfants ont accès partout à des toilettes neutres?» s'interroge-t-il.

Il croit aussi que des formations seraient nécessaires pour tout le personnel qui travaille au sein de Patinage Canada pour qu'il soutienne mieux les enfants, «parce que beaucoup de gens ne comprennent pas encore ces enjeux-là».

Des demandes des parents

La PDG de Patinage Canada, Debra Armstrong, assure que son organisme travaille depuis plusieurs années à l'élaboration d'une telle politique. Mais au cours des deux dernières saisons, des demandes d'accommodements de la part de parents de trois enfants lui ont confirmé que c'était la bonne voie à suivre.

Des parents ont par exemple demandé à l'organisme que leur enfant puisse exécuter son épreuve en pantalons, alors que selon le précédent règlement, un enfant identifié comme une fille devait obligatoirement porter une jupe ou une robe.

«C'était tout à fait approprié comme demande, et nous avons changé le règlement pour que l'enfant puisse porter le costume de son choix», affirme Mme Armstrong.

La PDG affirme ne pas avoir reçu de plaintes ou de commentaires négatifs sur cette politique à ce jour, et ne craint pas d'en recevoir, notamment sur le fait que les patineurs puissent performer dans la catégorie de genre de leur choix.

«Notre but est de créer un environnement inclusif et sécuritaire pour tous. Honnêtement, je ne crois pas que personne ne soit avantagé ou désavantagé, à notre niveau de compétition.»

Elle espère que la politique de Patinage Canada inspirera d'autres associations sportives, à tous les niveaux. «Ce serait bien que nous ayons tous la même politique, ultimement.»

C'est aussi ce que souhaiterait le Centre canadien pour l'éthique dans le sport (CCES). Actuellement, il n'existe pas de cadre réglementaire au Québec ni au Canada sur la question de l'inclusion des jeunes trans ou non binaires dans les sports. Les fédérations ou associations sportives mettent sur pied leurs propres politiques, si elles le veulent bien. Le CCES fait ses recommandations sur la question, basées sur les conseils d'experts et les exigences canadiennes en matière de droits de la personne. L'une d'entre elles est justement de laisser le jeune choisir la catégorie de genre dans laquelle il veut jouer ou compétitionner, sans exiger quelque preuve que ce soit. Les derniers Jeux du Canada, qui ont eu lieu en février à Red Deer, en Alberta, se sont d'ailleurs déroulés selon cette philosophie.

Dans le cas des Jeux olympiques, les athlètes trans doivent encore prouver qu'ils ont entamé une transition et subir plusieurs tests hormonaux. Les femmes transgenres (nées «hommes»), doivent notamment bloquer leur testostérone pendant un an pour compétitionner chez les femmes.

Le CCES reconnaît que cet aspect est au coeur de nombreux débats sur l'inclusion des transgenres dans le sport. «Cependant, nous pensons que les organisations sportives devraient être obligées de prouver qu'il existe un avantage injuste avant d'imposer des règles et des exigences aux athlètes transgenres», a indiqué Megan Cumming, gestionnaire des communautés corporatives à l'organisme.