BIEN-ÊTRE
10/04/2019 15:15 EDT | Actualisé 10/04/2019 15:15 EDT

Une ancienne employée de Claire's dénonce une politique «cruelle» de perçage des oreilles

«Si un enfant résiste pendant plus de 15 minutes, personnellement, c'est un peu ma limite.»

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Une ancienne employée d'une boutique Claire's à Edmonton a écrit une lettre ouverte qui a incité la compagnie à s'engager à changer sa politique de perçage des oreilles.

La compagnie Claire's, un joueur important dans la vente au détail, assure qu'elle changera sa politique entourant le perçage d'oreilles, après la publication d'une lettre ouverte devenue virale sur Facebook dans laquelle une ancienne employée décrit la pratique comme étant «cruelle».

Raylene Marks, 32 ans, a commencé à travailler dans un magasin Claire's d'Edmonton tout juste avant Noël. Un emploi standard dans le domaine du détail, selon elle: elle vendait des accessoires, plaçait la marchandise et perçait les oreilles des enfants. Elle aimait bien son travail dans l'ensemble - jusqu'à la semaine dernière.

Puisque ce sont souvent des mineurs qui se font percer les oreilles, le consentement revient aux parents. Raylene Marks affirme qu'elle a constaté les limites de cette directive lorsqu'une femme est arrivée dans la boutique avec sa fille de sept ans, qui exprimait très clairement qu'elle ne voulait pas se faire percer les oreilles.

Certains enfants sont excités, mais aussi un peu craintifs face à la douleur qu'ils pourraient ressentir, mais cette-fois-là, c'était différent, selon l'ancienne employée.

«Des fois, ça prend un bon 15 minutes pour expliquer la procédure à l'enfant, et qu'il ou elle choisisse ses boucles d'oreille, avant de se calmer», a-t-elle expliqué au HuffPost Canada.

Mais lorsqu'un enfant résiste pendant plus de 15 minutes, «personnellement, c'est un peu ma limite», a-t-elle ajouté.

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Des boucles d'oreilles disposées dans une boutique Claire's de San Rafael, en Californie

«Ç'a été un calvaire pendant 30 minutes, pendant lesquelles la fillette pleurait, refusait, disait: ''Maman, je ne veux pas que ces personnes me touchent, elles sont trop près de moi, je ne veux pas qu'elles touchent mes oreilles, je ne veux pas de cet outil sur mes oreilles.»

«Le message que cette enfant nous envoyait était clair pour moi: ''Ne touchez pas à mon corps, ne percez pas mes oreilles, je ne veux pas être ici''», a écrit Raylene Marks dans sa lettre ouverte.

«J'ai tendance à respecter le droit d'un enfant de dire ''NON'' à un adulte qui veut lui imposer un contact non médical», précise-t-elle.

Elle a emmené son assistante-gérante un peu plus loin pour lui dire qu'elle ne croyait pas que c'était une bonne idée de procéder au perçage.

La politique du magasin est qu'une fois que la procédure de perçage est en cours, le parent est dans l'obligation de payer pour le forfait, qui comprend le perçage et les boucles d'oreille. La jeune femme affirme qu'elle a offert de payer elle-même ces frais, pour lui éviter d'avoir à continuer en ce sens.

Elle ne se souvient pas exactement du prix de ce forfait en particulier, mais sait qu'il s'agissait d'un modèle de boucles d'oreilles en or, dont le prix varie entre 67 et 132$.

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Certains enfants choisissent de se faire percer les oreilles, mais pour d'autres, ce sont leurs parents qui le leur imposent.

La mère et sa fille ont finalement quitté la boutique, les oreilles de la fillette intactes, sans avoir à payer la facture. Raylene Marks a expliqué au HuffPost Canada que son assistante-gérante lui a précisé qu'elle n'aurait pas à payer ces frais. La jeune femme s'est ensuite demandé si sa gérante lui reprocherait, le lendemain, de ne pas avoir exigé un paiement.

Mais ce n'est pas ce qui lui a valu des ennuis, finalement. Sa gérante lui a dit qu'en tant qu'employée, elle devait procéder au perçage si c'est ce que le parent souhaite, en dépit de la résistance de l'enfant.

«Nous répondons au consentement parental, lui aurait dit sa gérante. Tu ne peux pas interférer avec la décision d'un parent.»

Lorsque Raylene Marks lui a demandé ce qu'elle devrait faire, dans le cas hypothétique où un parent retiendrait physiquement son enfant qui pleure, crie et supplie de ne pas lui percer les oreilles... sa patronne lui a répondu que oui, elle devrait tout de même procéder au perçage.

«J'étais sous le choc, confie Raylene Marks. Je ne m'attendais pas à ça de la part de ma gérante.»

Elle ne savait pas trop quoi dire. «Nous étions en train de développer des produits, donc je pouvais faire semblant d'être occupée», raconte-t-elle.

Raylene Marks a finalement demandé à sa gérante si elle voulait recevoir sa démission sous forme de lettre.

«Je ne vais pas outrepasser le droit d'un enfant», a-t-elle expliqué au HuffPost Canada.

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Dans sa lettre, Raylene Marks exprime son inconfort par rapport au fait que dans le magasin où elle travaillait, les enfants peuvent être traînés et percés de force, sans avoir droit à leur opinion dans tout le processus. «La personne qui procède au perçage n'a pas le droit de refuser d'envoyer du métal dans les oreilles d'un enfant qui la supplie de ne pas le toucher.»

Elle a d'abord donné deux semaines d'avis, mais sa gérante lui a par la suite proposé de quitter son emploi tout de suite, si c'est ce qu'elle souhaitait. «Je ne sais pas si elle se souciait de comment je me sentais, ou si elle avait peur que je lui cause des problèmes», a confié la jeune femme.

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Claire's a affirmé que la compagnie modifierait sa politique.

Raylene Marks a contacté plusieurs organismes qui veillent au bien-être des enfants et d'autres qui défendent les travailleurs. Bien qu'ils se soient dit en accord avec son point de vue, tous ont spécifié que cela se situait en dehors de leurs champs de compétence. Elle a finalement décidé de s'exprimer sur Facebook, samedi soir.

«J'aurais été impressionnée de voir 15 partages», dit-elle.

Mais quelques jours plus tard, sa lettre avait été partagée plus de 1600 fois et vue par plus près de 7000 personnes.

Claire's a finalement appuyé la décision de son ancienne employée.

«Nous croyons qu'elle a agi de façon appropriée en conformité à notre politique en refusant de procéder au perçage», a écrit la compagnie dans une déclaration envoyée par courriel au HuffPost Canada.

«Selon notre politique, si un enfant est en détresse ou s'il résiste, les employés ont le droit de refuser de continuer la procédure. Nous évaluons présentement les procédures spécifiques au magasin mentionné, et nous prendrons les mesures appropriées pour corriger la situation.»

Sur Facebook, Claire's a affirmé à son ancienne employée que la compagnie prévoyait «revoir» et «actualiser la formulation» de la politique, selon Raylene Marks.

Mardi, un porte-parole de Claire's a affirmé au HuffPost Canada que la compagnie allait modifier sa politique «cette semaine». «Les mises à jour céderont à l'enfant le droit de refuser la procédure, s'il est en détresse ou s'il résiste», dit Claire's.

Raylene Marks a ajouté qu'elle espérait que le simple fait qu'un enfant dise «non» soit perçu comme de la résistance, et la compagnie s'est engagée à accepter cette demande.

L'ancienne employée a dit qu'elle appréciait, mais elle attend de voir concrètement des changements avant de célébrer.

«Ce n'est pas un emploi épouvantable, mais la politique est faible et elle autorise des choses horribles, croit-elle. Je serai soulagée et étonnée si Claire's émet un communiqué qui prouve que la politique a été modifiée pour respecter le droit d'un enfant de dire non, et pour protéger les employés qui respectent ce droit.»

Ce texte initialement publié sur le HuffPost Canada a été traduit de l'anglais.