POLITIQUE
04/04/2019 16:11 EDT | Actualisé 04/04/2019 16:49 EDT

STM: plus de pouvoirs et plus d'imputabilité demandés pour les agents de sécurité

La STM veut que ses agents deviennent des constables spéciaux, les rendant imputables devant le Comité de déontologie policière.

HuffPost Quebec
Une vidéo d'une intervention potentiellement dangereuse à la station de métro Villa-Maria soulève des questions sur les interventions de la STM auprès des personnes racisées.

La Société de transport de Montréal (STM) souhaite que ses agents de sécurité deviennent des constables spéciaux, ce qui leur donnerait des pouvoirs et des responsabilités semblables aux policiers. La mesure fait suite à une intervention musclée qui a provoqué des demandes de surveillance externe des agents.

Plusieurs groupes de citoyens dénoncent un manque d'imputabilité des agents de la STM, à la suite d'une intervention qui a défrayé la manchette. Le mois dernier, des agents ont tenté d'immobiliser un jeune homme noir, Juliano Gray, pour une question de titre non payé.

Un train du métro est passé près de la tête de M. Gray, alors que celui-ci se trouvait au sol.

L'homme, appuyé du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), a demandé une enquête indépendante sur l'événement. Actuellement, les agents sont imputables uniquement devant leur employeur, la STM. L'enquête interne montrerait que les deux agents ont respecté les protocoles applicables, selon le transporteur.

L'intervention musclée dans le métro:

Mercredi, à la suite des critiques, la STM a annoncé qu'elle demandera un changement législatif pour que ses agents deviennent des constables spéciaux. C'est le titre que détiennent les gardes postés dans les palais de justice.

Les constables spéciaux ont des pouvoirs d'enquête et d'arrestation semblables à ceux des policiers. Ils peuvent notamment porter des armes à feu et des armes intermédiaires comme le «taser» ou le poivre de cayenne.

Ils peuvent aussi émettre des constats d'infraction et ordonner le remorquage d'un véhicule, ce qui faciliterait le dégagement des voies réservées et des débarcadères obstrués.

En contrepartie, les constables sont aussi imputables devant le Comité de déontologie policière. Leurs agissements peuvent donc faire l'objet d'une plainte devant un organisme indépendant et les arguments sont débattus en public.

«La démarche que nous accélérons ce soir est le fruit d'une réflexion de la part des membres du Conseil d'administration et s'inscrit dans la logique de notre Plan stratégique organisationnel 2025 visant l'amélioration de l'expérience client»- Philippe Schnobb, président de la STM

Craintes d'un métro «militarisé»

Marvin Rotrand, un conseiller indépendant à l'hôtel de ville qui a souvent pris position sur les questions touchant la diversité montréalaise, craint toutefois une «militarisation» du réseau de transports publics. Il déplore la possibilité que les agents soient munis d'armes à feu ou d'armes intermédiaires.

«L'ajout de force en contrepartie d'être imputables devant le Comité de déontologie policière, ce n'est pas l'échange que la communauté avait en tête lorsqu'elle a demandé une enquête indépendante sur l'événement à la station de métro Villa Maria», lance-t-il.

M. Rotrand ajoute qu'on pourrait voir encore davantage d'interventions comme celle sur M. Gray si on modifie les pouvoirs des agents.

«C'est une solution qui cherche un problème», lance-t-il.

Balarama Holness, ex-candidat ayant lancé une pétition sur le racisme systémique, estime que la STM n'a pas la «crédibilité» nécessaire pour demander des pouvoirs accrus.

Selon Alain Legault, directeur des communications de la STM, le transporteur n'a aucune intention d'armer ses agents, ni avec des armes à feu, ni avec des «tasers», ni avec du poivre de cayenne.

Il ne croit pas non plus à une augmentation des interventions musclées. Selon lui, la mesure demandée par la STM permettrait surtout de sévir contre les automobilistes gênant la circulation des bus.

«C'est le seul moyen de pouvoir intervenir sur la voie publique», souligne-t-il.

Il ajoute que les constables spéciaux pourraient intervenir lorsqu'ils aperçoivent un adolescent en fugue, par exemple, ce qui n'est pas le cas actuellement.