NOUVELLES
04/04/2019 06:00 EDT | Actualisé 04/04/2019 07:52 EDT

Pénurie de main-d'oeuvre: pourquoi les travailleurs n'ont pas le gros bout du bâton?

Les taux horaires des Canadiens et des Québécois n'ont pas beaucoup crû en 2018, constate l'Institut économique de Montréal.

Caiaimage/Agnieszka Olek via Getty Images

«Lorsqu'on manque de patates, leur prix augmente. Mais ce n'est pas ce qu'on observe actuellement au Canada. Les salaires tardent à suivre le rythme et leur augmentation est à peine supérieure à l'inflation», résume Mathieu Bédard, économiste à l'Institut économique de Montréal (IEDM).

L'auteur de la publication intitulée «Pénurie de main-d'oeuvre: quel est l'effet de la réglementation?», parue aujourd'hui sur le site de l'IEDM, croit que les politiques publiques, plus particulièrement celles du Québec, sont un frein à l'application de la loi de l'offre et de la demande. Le taux de chômage a atteint un creux historique au pays, entraînant une situation de plein emploi qui se fait sentir dans à peu près toutes les régions. Et pourtant, la hausse du salaire moyen est à peine plus haute que l'inflation, selon les données de l'Enquête sur la population active publiée par Statistique Canada en décembre dernier, sur lesquelles se base M. Bédard pour cette publication.

Institut économique de Montréal
Les augmentations de salaires dépassent à peine l'inflation au pays, alors que le taux de chômage n'a jamais été aussi bas.

Pour l'économiste, les barrières au commerce interprovincial et le fardeau fiscal sont deux aspects qui minent la productivité des travailleurs, et par conséquence, limitent leurs augmentations de salaire.

«D'une province à l'autre, la réglementation change, ce qui fait qu'il est difficile pour une entreprise d'être présente dans plus d'une province, affirme Mathieu Bédard, en entrevue au HuffPost Québec. Et au Québec, nous avons un fardeau fiscal qui est plus élevé que dans d'autres provinces, ce qui fait que nous sommes désavantagés sur les deux plans.»

«Lorsqu'on augmente les impôts, ça devient plus difficile pour les entreprises d'investir, ajoute-t-il. Et l'investissement, c'est ce qui permet un meilleure rentabilité pour pouvoir par la suite augmenter le salaire des employés.»

Des données fiables?

Des conclusions que l'économiste Pierre Fortin considère farfelues.

«C'est un peu ridicule de tirer des conclusions comme celles-là à partir de données ponctuelles», affirme le professeur émérite de sciences économiques à l'UQAM.

M. Fortin souligne que la Banque du Canada a jugé que les données de l'Enquête sur la population active de Statistique Canada, sur lesquelles se base l'IEDM pour sa publication, n'étaient pas fiables.

Les autres données qui sont actuellement disponibles sont celles de l'Enquête sur l'emploi, la rémunération et les heures. Elles sont considérées comme plus fiables par la Banque du Canada. Selon cette autre mesure, la hausse du salaire moyen de 2017 à 2018 aurait été de 3,2% au Québec, comparativement à 2,2% au Canada.

«On ne peut plus utiliser cet argument-là: que les salaires ont augmenté moins vite au Québec que dans le reste du Canada parce que l'État est plus lourd», note-t-il.

Selon lui, le lien que fait l'IEDM entre l'État qui taxe plus et les salaires moins élevés est aussi contredit par le fait que dans les pays scandinaves, où l'État est encore plus lourd, la croissance des salaires et de l'économie est néanmoins meilleure, en moyenne.

Mathieu Bédard soutient de son côté qu'il considère l'Enquête sur la population active sérieuse, et ajoute que l'Institut de la statistique du Québec se base aussi sur ces données.

Il espère que le constat de sa publication va mener à une réflexion autour du fardeau fiscal et de la réglementation par rapport au commerce, dans le contexte de pénurie de main-d'oeuvre, pour ultimement améliorer le sort des travailleurs.

LIRE AUSSI:

» Emplois: l'Institut du Québec lance un cri d'alarme
» Le «gros défi» de la CAQ: réaliser ses promesses en pleine pénurie de main-d'oeuvre
» Le taux de chômage continue de chuter