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02/04/2019 18:16 EDT | Actualisé 02/04/2019 22:41 EDT

Les Colocs: les héritiers d'André «Dédé» Fortin traînent en cour deux membres du groupe

Le frère du chanteur veut empêcher Michael Sawatzky d'utiliser le nom des Colocs dans ses spectacles.

La Presse Canadienne/Jacques Boissinot
Michael Sawatzky (à gauche) et André Fortin lors de la réception d'un prix Félix au gala de l'ADISQ, en 1999.

Les couteaux sont tirés entre le frère d'André «Dédé» Fortin et d'anciens membres du groupe mythique Les Colocs. Réal Fortin s'adresse à la Cour supérieure pour empêcher le guitariste et le tromboniste d'utiliser le nom du groupe dans leurs spectacles.

Le conflit date de plusieurs années entre M. Fortin et Michael Sawatzky, guitariste, compositeur et auteur de plusieurs chansons du célèbre groupe des années 1990. M. Sawatzky s'est même adressé à la cour en 2011 pour régler un conflit sur les droits d'auteurs et l'utilisation de la marque de commerce «Les Colocs».

L'affaire s'est conclue par une entente hors cour selon laquelle la succession d'André Fortin, propriétaire de la marque «Les Colocs», a octroyé une licence à M. Sawatzky pour que celui-ci puisse utiliser le nom lors de spectacles hommages, moyennant certaines conditions.

Depuis plusieurs années, la propriété des droits et de la marque est passée à Gestion Solodarmo, une entreprise possédée par les frères et soeurs de «Dédé» et présidée par Réal Fortin. M. Fortin accuse M. Sawatzky et le tromboniste Benoit Gagné, qui agit maintenant comme producteur de spectacles, de ne pas avoir respecté les termes de l'entente lors d'une quinzaine d'événements organisés entre 2014 et 2019. Il affirme avoir révoqué la licence octroyée en 2011.

PC/Graham Hughes
Le guitariste des Colocs Michael Sawatzky (droite) tient un prix Jutra après la sortie du film «Dédé, à travers les brumes», qui raconte l'histoire d'André Fortin et de son célèbre groupe musical. À gauche, le réalisateur de la bande sonore du film, Éloi Painchaud.

«Sawatzky et ses représentants ont continué la vente de spectacles Les Colocs, ont sciemment ignoré les avis de Solodarmo et fait de fausses déclarations et garanties auprès de tiers quant à leurs droits à l'égard de la marque», affirme-t-il dans une demande d'injonction déposée à la Cour supérieure le 28 mars.

La demande d'injonction réclame que la Cour reconnaisse que la licence accordée à M. Sawatzky est effectivement révoquée. M. Fortin demande aussi à la Cour d'empêcher le musicien d'utiliser le nom des Colocs, à moins de négocier une nouvelle entente de licence.

Sawatzky dénonce du harcèlement

Contacté par le HuffPost Québec, Michael Sawatzky affirme avoir respecté à la lettre les conditions de l'entente. Il accuse Réal Fortin de le harceler et de profiter du succès de son frère.

«Il harcèle tout le monde qui faisait partie des Colocs. [...] Quand il a vu qu'il pouvait faire de l'argent avec ça, il est allé chercher les droits d'auteur», dit-il.

M. Sawatzky entend se défendre vigoureusement pour garder la licence qu'il a obtenue en 2011. Il accuse M. Fortin de chercher une nouvelle entente sous de faux prétextes.

«Il en veut toujours plus. Il pense que c'est lui, les Colocs», ajoute le musicien.

À qui appartiennent les droits des Colocs?

Les droits d'auteur d'André Fortin et l'utilisation du nom des Colocs ont fait l'objet de multiples débats. Réal Fortin a fait enregistrer la marque de commerce en 2009, plusieurs années après la mort de son frère. Selon l'Office de propriété intellectuelle du Canada, la marque appartient de plein droit à son entreprise, Gestion Solodarmo.

La licence accordée à Michael Sawatzky par Solodarmo lui permet d'utiliser le nom des Colocs pendant ses spectacles. Il doit toutefois verser une redevance de 2% des ventes de billets à la Fondation Dédé Fortin, créée par Réal Fortin.

Solodarmo a aussi hérité des droits d'auteur pour les chansons de «Dédé». L'entreprise a ensuite acquis les droits détenus par les autres membres des Colocs.

Rôle minimisé

Michael Sawatzky était l'un des membres les plus importants des Colocs. Mis à part André lui-même, il est le seul musicien à avoir participé à tous les albums.

Il a notamment participé à la musique et aux paroles de certaines des pièces les plus marquantes du groupe, comme Juste une p'tite nuite, Mauvais caractère et Pis si ô moins. Il a aussi rédigé et chanté des pièces en anglais, moins connues.

La demande d'injonction de M. Fortin le décrit simplement comme «le huitième musicien à se joindre au groupe».

En 2016, M. Fortin a créé une polémique en s'attaquant aux anciens membres des Colocs dans une sortie publique. Il les accusait de «s'approprier» l'oeuvre d'André sans mentionner son nom.

Plus récemment, il a affirmé au quotidien Le Droit que Les Colocs n'étaient rien d'autre que «les musiciens qu'André Fortin choisissait». Il répondait à une entrevue accordée à M. Sawatzky.