BIEN-ÊTRE
02/04/2019 16:00 EDT | Actualisé 04/04/2019 09:03 EDT

Comment déceler les premiers signes d'autisme chez son enfant

Le taux de prévalence de l'autisme augmente d'environ 20% chaque année, au Québec.

Westend61 via Getty Images

Il se peut que vous voyiez beaucoup de personnes habillées en bleu, aujourd'hui. C'est un moyen d'afficher sa solidarité envers les personnes autistes, en cette Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Cela fait 11 ans que l'ONU a décrété ainsi la journée du 2 avril, mais au Québec, cela fait 35 ans que le mois d'avril est le mois de sensibilisation à l'autisme.

Pourtant, il a fallu attendre 2003, lorsque Québec a déposé son premier plan d'action national sur le trouble du spectre de l'autisme, pour que les familles aient de véritables services dédiés au trouble du spectre de l'autisme. Et depuis, la province a développé une expertise en la matière, ainsi qu'un modèle d'intervention reconnu comme étant très efficace pour beaucoup de personnes autistes. La clé: déceler ce trouble le plus tôt possible, pour atténuer les symptômes et permettre à l'enfant de s'intégrer à sa communauté. Au Québec, les médecins et les psychologues peuvent faire un diagnostic d'autisme chez un enfant à partir de deux ans. Malheureusement, les listes d'attente pour y arriver s'allongent chaque année. Le HuffPost Québec a discuté avec la directrice générale de la Fédération québécoise de l'autisme, Jo-Ann Lauzon, pour aider les parents à reconnaître certains signes chez leur enfant.

Les premiers signes de l'autisme

Évidemment, il importe de rappeler que le spectre de l'autisme, comme son nom le dit, est large. Il se manifeste de façon différente chez les personnes autistes, tout dépendant du degré dont elles en sont atteintes. Ces manifestations ne sont pas nécessairement toutes présentes chez les enfants autistes, mais si vous remarquez quelques caractéristiques parmi les suivantes chez votre enfant âgé entre un et deux ans, il vaudrait peut-être mieux consulter un professionnel de la santé.

  1. Votre enfant ne babille pas, ne pointe pas, ne cherche pas à imiter les autres.
  2. Il ne répond pas à son nom, et on ne semble pas être capable d'attirer son attention, comme s'il était sourd.
  3. Il établit rarement un contact visuel.
  4. Il ne sourit pas, ou sourit peu.
  5. Il ne montre pas les objets aux autres.
  6. Il perd des habiletés langagières ou sociales qu'il avait déjà acquises dans le passé.

Les caractéristiques communes

Les personnes autistes ont à peu près toutes ces caractéristiques en commun, à l'enfance ou à l'âge adulte, bien qu'elles se manifestent différemment.

  1. Difficulté à communiquer. La personne autiste a souvent des habiletés sociales plus ou moins déficientes.
  2. Intérêts spécifiques. Une personne autiste a souvent un intérêt très marqué pour une activité ou un domaine en particulier.
  3. Difficulté à gérer le changement. Une personne autiste peut vivre beaucoup d'anxiété par rapport à des changements dans sa routine.

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Une hausse fulgurante

Le taux de prévalence de l'autisme croît de façon fulgurante partout dans le monde. Au Québec, il augmente d'environ 20% chaque année. C'est en partie une bonne nouvelle, puisque ça démontre que les personnes autistes sont mieux diagnostiquées... mais cela crée aussi des listes d'attente décourageantes pour toutes les catégories de services offerts au Québec, selon Jo-Ann Lauzon.

La directrice de la Fédération québécoise de l'autisme avoue que personne n'est capable d'expliquer cette hausse fulgurante, pour le moment. Certains parlent d'une substitution des diagnostics, puisque avant, on pouvait attribuer de façon erronée un diagnostic de déficience intellectuelle ou d'un trouble de santé mentale à une personne autiste, par exemple. Mais Jo-Ann Lauzon précise que cela ne semble pas être l'explication, puisque la prévalence de ces autres troubles n'a pas diminué.

Certaines autres personnes évoquent la possibilité de sur-diagnostic. Mais Mme Lauzon ne croit pas que des diagnostics soient faits à la légère. Beaucoup de chercheurs travaillent sur le sujet. Pour l'instant, il semble clair que des facteurs génétiques expliquent en partie l'autisme, mais également des facteurs environnementaux.

Ensuite, on fait quoi?

Si vous remarquez plusieurs de ces signes précédemment mentionnés chez votre enfant, il vous faudrait probablement l'avis d'un spécialiste, qui pourrait éventuellement mener à un diagnostic. Voici la marche à suivre.

  1. La première chose à faire est de consulter le médecin de famille ou le pédiatre de votre enfant. S'il n'en a pas, vous pouvez vous diriger vers le CLSC de votre quartier.
  2. Le médecin ou l'infirmière que vous aurez consulté vous redirigera ensuite vers un pédopsychiatre ou un centre de développement ou d'évaluation diagnostique, selon votre région.
  3. Après avoir obtenu un diagnostic, votre enfant pourra ensuite recevoir des services au sein du régime public. Mais la liste d'attente est longue: entre six mois et deux ans, selon Jo-Ann Lauzon. Vous pouvez aussi décider de consulter un psychologue au privé, qui va procéder à l'évaluation de l'enfant, mais évidemment, cela engendrera des coûts substantiels, soit environ 1500$.
  4. Après avoir reçu son diagnostic, votre enfant pourra commencer des ateliers de stimulation spécialisés qu'on appelle «intervention comportementale intensive». Des psychoéducateurs font travailler l'enfant âgé entre 2 et 5 ans pour qu'il développe des comportements adéquats, pour faciliter son entrée à l'école et son intégration dans sa communauté. Toutefois, à cause des listes d'attente qui s'allongent continuellement, il arrive que des enfants atteignent l'âge de 5 ans sans avoir reçu de services. Certains parents choisissent de se tourner vers le privé, mais ce n'est vraiment pas à la portée de tous - cela coûte plusieurs dizaines de milliers de dollars. «Il y a déjà une maman qui m'a dit qu'elle devrait ré-hypothéquer sa maison, alors que son deuxième enfant était lui aussi en attente d'un diagnostic», se désole Jo-Ann Lauzon.

Correction: Une version précédente de cet article parlait de «l'intervention comportementale intrusive». Il aurait plutôt fallu lire «intervention comportementale intensive». Nos excuses.

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