POLITIQUE
30/03/2019 13:09 EDT | Actualisé 30/03/2019 16:02 EDT

Québec solidaire renonce à interdire les signes religieux

QS défendait auparavant le consensus Bouchard-Taylor.

PC/Graham Hughes
Manon Massé

Québec solidaire prône désormais la liberté totale pour les employés de l'État en matière de signes religieux, même si ceux-ci couvrent le visage.

Avec un gouvernement solidaire, aucune restriction ne serait imposée aux employés de l'État, incluant ceux ayant un pouvoir coercitif, comme les policiers, les procureurs ou les gardiens de prison.

Les femmes musulmanes à l'emploi de l'État pourraient quant à elles, sauf dans des circonstances particulières, exercer leurs fonctions le visage caché par un niqab ou le corps entièrement dissimulé par une burqa, et ce, même si elles sont en contact avec la clientèle.

Le parti féministe de gauche, réuni en conseil national tout le week-end, se démarque donc à la fois de la position adoptée jeudi par le gouvernement Legault et de sa propre position des dernières années.

"Je ne porte pas de jugement sur le vêtement religieux comme tel, a commenté la porte-parole solidaire, Manon Massé, en conférence de presse. La féministe en moi ne va pas dire à une femme quoi porter ou ne pas porter".

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Réunis au cégep Limoilou, à Québec, quelque 400 délégués solidaires ont voté massivement, samedi midi, pour le libre choix à peu près inconditionnel en matière de signes religieux pour les employés de l'État, quelles que soient leurs fonctions.

Sur la question de fond, les militants étaient en fait invités à choisir entre deux options: la position Bouchard-Taylor (option A), soit l'interdiction de porter des signes religieux imposée aux employés de l'État ayant une autorité coercitive (policiers, juges, procureurs de la couronne et gardiens de prison) ou la position selon laquelle on levait toute interdiction (option B) de signes religieux.

Jusqu'à samedi, l'option Bouchard-Taylor était celle que favorisait Québec solidaire, mais elle mécontentait de nombreux membres, d'où la tenue d'un conseil national pour amener le parti à se prononcer à nouveau.

Le caucus solidaire, constitué de 10 députés, était lui-même divisé sur la question.

Québec solidaire (QS) rejoint donc le Parti libéral du Québec (PLQ) sur ce point, en choisissant de n'imposer aucune restriction aux droits fondamentaux et à la liberté religieuse. Les deux partis se démarquent cependant sur la question du visage découvert.

Durant la plénière précédant le vote, il était clair que l'option B remporterait l'adhésion d'une vaste majorité de délégués.

Que cette avenue soit populaire ou non importe peu, ont fait valoir plusieurs militants, préoccupés de voir leur parti demeurer radical, animé par une vision et des principes, tournant le dos à l'appétit du pouvoir.

De nombreux délégués ont insisté pour dire que QS devait être le parti de l'inclusion, de la diversité et de la défense des minorités.

Visage couvert permis

Des quatre partis représentés à l'Assemblée nationale, Québec solidaire devient celui qui affiche la posture la moins interventionniste, la plus axée sur le laissez-faire en ce qui a trait aux signes religieux.

Avec des résolutions adoptées samedi, QS exclut toute barrière, s'opposant même à l'idée d'imposer d'offrir ou recevoir un service de l'État à visage découvert, une limite légale défendue par l'ancien gouvernement libéral et reprise par le gouvernement Legault dans son projet de loi 21.

Seul bémol, un gouvernement solidaire confierait le soin aux représentants de l'employeur _ qu'on pense à un directeur de succursale de la Société de l'assurance automobile (SAAQ), par exemple _ le soin de décider si un employé doit, dans des circonstances précises, être obligé de dévoiler son visage.

Quatre critères devraient alors être pris en considération: la sécurité, le devoir de réserve, le prosélytisme et les conditions d'exercice de la profession. Le critère du service à la clientèle n'a pas été retenu.

QS est donc "contre l'interdiction mur à mur" du visage couvert, mais convient qu'il pourrait être "possible et souhaitable de l'interdire dans certaines circonstances", a cherché à nuancer l'autre porte-parole, Gabriel Nadeau-Dubois.

En conférence de presse, M. Nadeau-Dubois et Mme Massé ont eu de la difficulté à préciser l'impact concret de leur proposition à ce sujet. Un deuxième point de presse a été convoqué par M. Nadeau-Dubois pour préciser sa pensée, admettant d'emblée qu'une certaine confusion s'était installée.

Il a cherché à minimiser l'importance de la proposition. Selon lui, les cas où une employée de l'État pourrait exercer ses fonctions le visage caché seraient exceptionnels.

N'empêche, sur le fond, le principe est le suivant: avec Québec solidaire, le visage couvert ne serait pas interdit.

Les solidaires ont aussi proposé de mettre un terme au financement public des écoles privées et des organismes religieux.

Jeudi, le gouvernement Legault a déposé son projet de loi 21, qui vise à interdire à toute une liste d'employés de l'État ayant une fonction d'autorité ou un pouvoir coercitif de porter des signes religieux, dont les enseignants, directeurs d'école, procureurs, policiers, gardiens de prison, de même que le président de l'Assemblée nationale.