POLITIQUE
26/03/2019 16:37 EDT | Actualisé 26/03/2019 16:50 EDT

STM: l’homme arrêté violemment dans le métro livre sa version des faits

Juliano Gray, un jeune homme noir, dit souffrir de stress post-traumatique depuis l’événement.

Le Montréalais filmé pendant une intervention violente des agents de sécurité sur les quais du métro livre sa version des faits, plus de deux semaines après l'événement. Il dit avoir reçu un diagnostic de stress post-traumatique.

Juliano Gray vit d'importants problèmes depuis qu'il a été interpellé par des agents de sécurité de la Société de transport de Montréal (STM), le 7 mars. Ce jour-là, il est devenu malgré lui la vedette d'une vidéo virale montrant une intervention musclée où sa tête s'est retrouvée à un pas d'un train de métro.

«Ça aurait pu mal se terminer... J'ai des rêves depuis ce jour. De très mauvais rêves»- Juliano Gray

M. Gray affirme avoir consulté un psychiatre la semaine dernière. Le médecin lui aurait prescrit 30 jours de repos à cause d'un stress post-traumatique. Ce temps d'arrêt lui a coûté ses deux emplois.

Des versions contradictoires

Toutes les parties impliquées s'entendent sur la raison de l'intervention. M. Gray se promenait dans le métro avec son ballon de soccer, faisant des passes aux autres passagers.

«Je suis comme ça. C'est ma façon de transmettre ma bonne humeur», dit-il.

Les deux agents de sécurité lui ont alors demandé de ranger le ballon. Ils ont aussi demandé son titre de transport, qu'il n'avait pas: il avait sauté la clôture.

C'est là que les versions divergent.

Olivier Robichaud
Juliano Gray, un jeune noir interpellé violemment dans métro de Montréal par des agents de sécurité de la STM le 7 mars 2019.

Selon la STM, M. Gray aurait accepté de débarquer à la station Snowdon pour que les agents lui remettent un constat d'infraction. Il aurait toutefois pris la fuite à la station Villa-Maria. Les agents auraient tenté de le maintenir sur place, d'où l'utilisation de la force.

M. Gray a une tout autre interprétation de l'événement. Selon lui, il s'agirait d'un simple problème de communication. Il croyait devoir descendre à Villa-Maria.

«Tout de suite, les agents m'ont plaqué contre un mur. Ensuite, j'ai reçu trois coups de coude», dit-il.

Les choses ont rapidement dégénéré. Une vidéo captée par un témoin a fait le tour des réseaux sociaux et des médias en quelques jours. On voit les agents tenter de maîtriser M. Gray, qui se débat sans toutefois frapper les policiers.

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«Je me sentais attaqué. Je ne pensais qu'à une chose: comment me défaire des agents, sans les toucher?», raconte-t-il.

L'homme se retrouve rapidement sur le sol, près du bord du quai. Quelques instants plus tard, un train du métro passe à quelques pouces de sa tête.

Intervention brutale et non sécuritaire, selon le CRARR

M. Gray a obtenu l'aide du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR) pour la suite des choses.

Selon Alain Babineau, ex-policier et conseiller au CRARR, la violence de l'intervention n'était pas proportionnelle à la menace posée par M. Gray, qui n'a montré aucune agressivité. Il souligne aussi que les agents doivent prendre en considération l'environnement dans lequel ils agissent avant d'intervenir.

«M. Gray aurait pu mourir! Les agents eux-mêmes auraient pu mourir! L'un d'eux aurait facilement pu trébucher et se retrouver sur les rails.»- Alain Babineau

Enquête indépendante réclamée

M. Gray affirme croit que la couleur de sa peau a influencé les actions des deux agents de la STM.

«J'ai senti qu'ils avaient peur de moi», dit-il.

La semaine dernière, divers groupes de la communauté noire se sont mobilisés pour souligner, entre autres choses, que ce genre d'intervention n'est pas rare contre des individus racisés.

«Ce sont les communautés ethno-culturelles qui subissent ça. C'est une véritable peur pour les personnes qui utilisent le transport public», a dit alors Tiffany Callender, représentante de l'Association de la communauté noire de Côte-des-Neiges.

À l'instar de ces groupes, M. Gray demande une enquête indépendante sur l'événement à la station Villa-Maria. Il déplore que la STM soit la seule responsable d'enquêter sur les agissements de ses agents de sécurité. Ceux-ci reçoivent une formation à l'École nationale de police, mais ils ne peuvent pas faire l'objet d'une enquête du Commissaire à la déontologie policière.

Selon la STM, l'enquête interne a démontré que les agents ont agi selon le protocole approprié.

Philippe Schnobb, président du conseil d'administration de la STM, s'est toutefois montré ouvert à une modification de la loi pour que ce genre d'enquête se fasse par un corps externe. Cette position est partagée par la mairesse de Montréal, Valérie Plante.