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26/03/2019 09:22 EDT | Actualisé 26/03/2019 10:11 EDT

«Une autre histoire»: la bonne étoile de la comédienne Marilou Morin

«Je suis l’exemple vivant qu’il n’est pas nécessaire d’être populaire; je travaille sans être une star, je ne suis pas connue...»

Radio-Canada

Qu'elle interprète l'intense Karla dans Une autre histoire ou la méchante Samantha dans L'Échappée, Marilou Morin donne l'impression d'être une femme menée par une confiance à toute épreuve. Celle qui a toujours su qu'elle voulait être comédienne se décrit pourtant comme quelqu'un de bien gêné « dans la vraie vie », née avec le syndrome de l'imposteur. Une insécurité qui, au contraire de la brimer, se transforme en moteur lui permettant de réaliser ses rêves tout en s'éloignant de ce qui lui fait le plus peur au monde : la routine et l'ennui.

Jouer avec un cœur d'enfant

Ce que Marilou Morin aime le plus au monde? Raconter des histoires, retrouver la liberté de l'enfance et jouer, tout simplement. «J'ai l'impression de toucher quelque chose de plus grand que moi, explique-t-elle. Quelqu'un te donne trois lumières, du cache-cernes, un texte, et tout d'un coup, il y a quelque chose qui se crée. C'est comme de la magie, c'est plus grand que nous.»

Des opportunités de retomber en enfance, la comédienne ne cesse de s'en voir offrir depuis sa sortie de l'école de théâtre en 2011. Elle a vu les rôles bonbons s'enchaîner, principalement auprès d'un public jeunesse avec les ultra-populaires émissions Cochon Dingue (dont on a annoncé une quatrième saison) et L'appart du 5e, puis sur scène dans des productions musicales comme Chantons sous la pluie dirigée par Denise Filiatrault (la comédienne est aussi chanteuse, danseuse, gratte la guitare et joue un peu de piano, notamment dans le film La Bolduc).

«Je crois avoir une bonne étoile dans la vie, car depuis ma sortie de l'école, plusieurs longs projets se sont parfaitement succédés, dit-elle. C'était même ma chanson d'audition : Ma bonne étoile

Son personnage de Karla dans la série Une autre histoire et de l'ultra-méchante dans L'Échappée sont de beaux cadeaux qui arrivent à point pour celle qui avait envie d'enfin de se mettre les pieds dans la fiction pour adultes.

Radio-Canada
Marilou Morin dans «Une autre histoire».

«J'adore le personnage de Karla, je me sens chanceuse et privilégiée de l'interpréter. J'ai quelque chose d'elle, mais elle possède un côté un peu plus givré. Comme elle, je suis très proche de mes sentiments, mais elle a un petit côté plus rock. C'est une bonne personne, très empathique qui, malheureusement ne prend pas toujours les bonnes décisions.»

Alors que l'on a appris, lors de la finale de lundi, que Karla était aussi porteuse de la maladie d'Alzheimer, la comédienne explique ne pouvoir en dire que bien peu sur ce qui s'en vient pour celle qu'on a laissé bouleversée.

«Karla va se mettre à voir plein de signes avant-coureurs, ce qui ne se peut pas vraiment à son jeune âge, dit-elle prudemment. L'annonce de la maladie va lui rentrer solidement dedans, mais comme ce n'est pas une personne rationnelle, je ne crois pas que cela va guider plus ses choix ni l'éclairer davantage.»

En jouant aux côtés d'artistes accomplies comme Marina Orsini et Danielle Proulx, elle affirme se rendre compte que les grands acteurs qu'elle admire et qui ont fait leurs preuves sont des gens qui travaillent toujours extrêmement fort.

«Ce sont deux grandes actrices qui ont beaucoup de métier. Souvent, on croit à tort que, parce que des comédiens sont bons, ils vont apprendre leurs textes deux secondes avant de jouer. Au contraire, ils sont très préparés, ont beaucoup de questions, sont très professionnels et donnent beaucoup. Même lorsque la caméra n'est pas sur Marina, lors d'un de mes plans par exemple, elle pleure. C'est un grand plaisir de jouer avec elles, c'est vraiment inspirant de côtoyer ces grandes actrices.»

La complexité de la popularité

La popularité, ce sujet délicat pour une Marilou plutôt timide, la comédienne y goûtent depuis ses débuts en télé jeunesse.

«Avec le public jeunesse, c'est comme si, tout à coup, tu étais une rock star. C'est foudroyant, tu te demandes ce que tu as fait pour mériter cela. L'amour des jeunes, c'est irréel. Mais cela vient avec des responsabilités aussi. Encore aujourd'hui, il y a des jeunes qui m'écrivent de grandes confidences; j'ai dû parfois en référer à des professionnels. Je pense que mon personnage de nerd qui n'avait pas beaucoup d'amis rejoignait aussi beaucoup de jeunes plus mal-aimés... C'est très touchant »

Courtoisie
Marilou Morin

Des jeunes venant directement vers elle pour lui parler ou lui demander de prendre une photo, elle entre aujourd'hui dans le monde des admirateurs adultes penchant plutôt pour la discrétion et les chuchotements.

«Lorsque je me fais reconnaître, je suis toujours prise entre deux sentiments, révèle-t-elle. Ça me touche et je suis tellement reconnaissance, mais je suis aussi mal à l'aise et j'ai peur d'avoir l'air bête, car je suis une personne extrêmement gênée dans la vie. Je trouve cela touchant, car je trouve les gens tellement gentils et respectueux. Me faire appeler par le nom d'un personnage me touche, je ne peux pas dire à quel point, car j'ai l'impression que le personnage qu'on essaie de créer existe réellement. Je trouve cela flatteur.»

Elle confie trouver intéressante la reconnaissance du public qui se trouve rarement proportionnelle au travail fourni. Elle prend pour exemple son conjoint que l'on voit dans des publicités et qui s'en fait parler «de façon folle» dans la rue, et d'elle, qui a fait beaucoup de variétés, «des comédies musicales représentant vraiment beaucoup de travail», passant parfaitement incognito.

«Moi, je n'ai pas envie d'être populaire, et ce n'est pas parce que je suis plus noble que quelqu'un d'autre, c'est parce que je suis un peu gênée et que je ne suis tout simplement pas ça. Mais je ne porte aucun jugement envers les influenceurs ou les gens qui poussent leur Instagram; je les suis, je les trouve belles. Mais je ne suis pas comme cela. Je n'aime pas montrer ma vie sur les réseaux sociaux.»

L'actrice déplore le fait que de nombreux castings se font désormais selon la popularité et non le talent des acteurs. «C'est vrai, c'est quelque chose qui existe. Cette espèce de course n'est pas juste pour se flatter l'ego et se faire reconnaître dans la rue. Ça permet d'avoir du boulot. C'est comme une roue difficile à gérer parce que oui, tu as plus de chances de travailler si tu es populaire... Je trouve que c'est un peu un raccourci, et c'est bien correct pour les gens qui aiment cela...»

«Par contre, je suis tout de même l'exemple vivant que ce n'est pas nécessaire non plus, car je travaille sans être une star, je ne suis pas connue», poursuit celle qui se considère chanceuse d'être celle qui travaille le plus de sa classe de 12 en théâtre jeu au Collège Lionel-Groulx.

Le cinéma, le théâtre, tout cela intéresse infiniment l'interprète de Karla, qui dit avoir eu peur d'être mise dans la boîte de la télé jeunesse ou de la comédie musicale. «La scène et le théâtre sont mes points sensibles, lance-t-elle. Je rêve de jouer au théâtre, une pièce intense au Théâtre La Licorne! La scène me manque énormément, c'est ce que j'aime le plus faire.»

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