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25/03/2019 01:57 EDT | Actualisé 25/03/2019 07:40 EDT

«Tout le monde en parle»: le vibrant témoignage de Donald Duguay, la présumée victime d'Éric Salvail

«Je n’ai plus peur de lui. Je relève la tête et j’ai hâte au procès. J’ai très hâte au procès...»

Karine Dufour via Radio-Canada
Donald Duguay songerait aussi à intenter une poursuite au civil contre Éric Salvail.

Après avoir accordé quelques entrevues à d'autres médias la semaine dernière, Donald Duguay, la présumée victime d'Éric Salvail, était à Tout le monde en parle, ce dimanche 24 mars. Ce dernier s'est ouvert avec beaucoup d'éloquence sur ses récentes sorties publiques, et son désir «d'avancer à visière levée».

Donald Duguay est l'unique plaignant retenu par le DPCP dans une poursuite contre l'animateur Éric Salvail pour agression sexuelle, harcèlement et séquestration.

Les faits se seraient produits sur une période de six mois, entre novembre 1992 et avril 1993, alors que Donald Duguay et Éric Salvail travaillaient au service du courrier de Radio-Canada.

Le principal intéressé a d'abord confié avoir songé à porter plainte à la police à l'époque, mais qu'il n'était pas parvenu à aller jusqu'au bout de ses intentions.

«J'ai pensé aller à la police. J'étais en route pour y aller le lundi suivant, mais la peur, la honte... On ne sait pas si on va être cru... Le trouble intérieur est tellement bien ancré qu'on est déjà déstabilisé au point où, souvent, fermer le couvercle semble la meilleure solution», a-t-il expliqué.

«Dans ma tête, j'avais échappé au pire. On se dit: il n'y a pas de conséquence. Probablement que les conséquences d'un viol complet sont beaucoup plus grandes, mais les conséquences de l'agression sexuelle restent aussi grandes, parce que ça vient contrevenir à toutes les règles de société qu'on s'est données.»

Karine Dufour via Radio-Canada

Donald Duguay a d'ailleurs expliqué avoir eu beaucoup de difficulté à s'accepter en tant que victime, et même qu'il en était venu à parler de cet événement sombre de sa vie d'une manière presque banale.

«À force de le raconter de cette manière-là, on pense que ça n'a aucune incidence dans notre vie, alors que psychologiquement, on est comme un avion qui, tranquillement, se désagrège. On perd les moteurs, les boulons se défont, et on plane pendant un certain temps, mais à un moment donné, on n'arrive plus à planer.»

L'homme dit aussi être conscient des risques entourant sa démarche, alors que chacune de ses paroles sera assurément scrutée au peigne fin par les avocats de la défense.

«On entend beaucoup que c'est la parole de l'un contre l'autre, mais c'est rarement vrai, a-t-il déclaré. C'est souvent la parole de la victime qu'on va charcuter sur la place publique, et la personne qui est accusée n'est même pas obligée de témoigner à son propre procès. Ça paraît mal, mais si on arrive à tirer sur tous les fils qu'on peut sur la victime, elle va s'effondrer d'elle-même, et le jeu est complet.»

Aujourd'hui, je me rends compte de ce qui a été semé en moi en 1993. Je prends toute cette récolte-là, qui ne m'appartient pas, qui est complètement pourrie, et je lui redonne.Donald Duguay

Donald Duguay a également confié avoir tenté de mettre fin à ses jours au début de l'année, lorsqu'il a pris conscience que tout reposait désormais sur ses épaules.

«C'était une lourde responsabilité. J'entendais toutes sortes de commentaires sur mon cas, de gens qui ne me connaissent pas du tout. Et je me noyais en moi-même, et je me disais à ce moment-là qu'on a peut-être les agresseurs qu'on mérite en tant que société. Et rendu là, pour moi, ç'a été un point de non-retour. Tant qu'à continuer de vivre dans une société comme ça, qui préfère fermer les yeux, je préférais partir.»

Donald Duguay dit également comprendre, d'une certaine façon, les gens qui affirment s'ennuyer d'Éric Salvail et qui aimeraient le revoir un jour à la télévision, mais en insistant sur le fait que la justice a aussi un travail à faire.

«D'une certaine manière, ils ont raison, c'était un bon animateur, il avait du talent. [...] S'il est reconnu non coupable, ce sera à l'industrie de décider si elle veut le réintégrer. Mais s'il est coupable, est-ce qu'on est prêts à réintégrer des gens qui agressent et à en faire des vedettes, des modèles pour nos enfants? C'est un peu ça, la question», a-t-il lancé.

Ce dernier s'est également adressé aux victimes qui voudraient porter plainte à la police en leur conseillant d'appeler avant de se rendre au poste afin d'être pris en charge par un enquêteur spécialisé.

«Si on se pointe au poste de police comme ça, on tombe sur quelqu'un qui n'est peut-être pas bien formé pour recevoir cette parole-là, et c'est là où, déjà, ça peut crisper la victime, a-t-il expliqué. Tandis que si vous appelez, on va vous donner un rendez-vous avec un enquêteur spécialisé, soit en violence conjugale, soit en agression sexuelle.»

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