POLITIQUE
22/03/2019 16:51 EDT | Actualisé 22/03/2019 16:52 EDT

Sous le radar: les événements passés inaperçus à l’Assemblée nationale cette semaine

Dans le brouhaha politique, il est facile d’en manquer des bouts. Voici donc trois événements passés inaperçus - ou presque - sur la scène politique à Québec.

On ne s'attendait pas à cette drôle d'alliance entre le PQ, le PLQ et la Fédération canadienne des contribuables.
Capture d'écran
On ne s'attendait pas à cette drôle d'alliance entre le PQ, le PLQ et la Fédération canadienne des contribuables.

QUÉBEC - On mange de la politique au HuffPost Québec, mais il est souvent difficile d'écrire sur tout ce qui se passe à l'Assemblée nationale dans une journée.

Nous vous proposons donc un récapitulatif de trois moments, qui n'ont pas nécessairement fait les manchettes en cette semaine de budget, afin d'apprécier la beauté de notre démocratie... ou pas!

L'incohérence des règles patrimoniales de l'île d'Orléans

La Presse canadienne
Le fameux pont de l'Île-d'Orléans qui a besoin d'une grande dose d'amour.

La députée solidaire Catherine Dorion a pris de court la ministre de la Culture, Nathalie Roy, en dressant un lien entre les règles strictes relatives au patrimoine de l'île d'Orléans et la «cicatrice en asphalte» que représentera le troisième lien routier entre Québec et Lévis qui divisera l'île.

Lors de la période de questions de mercredi, l'élue de Taschereau a démontré le ridicule de la situation des citoyens de l'île d'Orléans qui doivent demander un permis pour peindre leur maison en blanc ou pour changer leur toiture, alors que le gouvernement compte modifier l'île patrimoniale de façon importante.

«Alors, je ne sais pas où Mme la députée a pris le tracé, là, parce que, pour le moment, il n'y a rien de fait. Moi, j'attends de voir ce qu'il va se passer à cet égard-là», a répondu la ministre Roy, non sans avoir blâmé les libéraux pour le flou entourant la Loi sur le patrimoine culturel de 2012.

Le lendemain, jour du budget, le gouvernement a fait passer le projet de troisième lien en vitesse supérieure. Pas moins de 325 M$ seront consacrés pour des études et des plans et devis, alors que le bureau chargé d'étudier la pertinence du projet n'a pas encore terminé ses travaux.

Le ministre des Transports, François Bonnardel, s'est défendu de vouloir mettre la charrue devant les boeufs avec une telle dépense.

La députée Dorion a réagi à cette nouvelle avec le langage coloré qu'on lui connait: «Vieux gouvernement de l'ancien temps qui promet des routes contre des votes et qui punit les électeurs de Québec qui n'ont pas voté pour lui.»

Une alliance... surprenante!

Capture d'écran - Assemblée nationale du Québec
Comme dit l'adage, les ennemis de mes ennemis sont mes amis.

La scène avait quelque chose de surréaliste: la président de la Fédération canadienne des contribuables, Renaud Brossard, a tenu un point de presse conjoint avec le péquiste Sylvain Gaudreault et le libéral Gaétan Barrette pour demander le remboursement des trop-perçus d'Hydro-Québec.

Les trois hommes aux croyances politiques divergentes ont signé une déclaration commune pour demander au premier ministre François Legault de tenir parole.

M. Gaudreault s'est tout de suite amusé de cette situation: «Je vous avoue que, si vous m'aviez demandé, il y a quelques années : "Est-ce que, M. Gaudreault, vous allez faire un point de presse avec Gaétan Barrette?", j'aurais été très surpris.»

«Moi aussi!» a renchéri M. Barrette.

«Ce n'est pas une question d'être libéral, caquiste ou péquiste. Ce n'est pas une question d'être à gauche ou à droite, a expliqué M. Brossard. C'est une question de confiance et c'est une question de tort ou de raison. François Legault doit nous montrer qu'il est un homme de parole.»

Voyant la grogne de la population, le premier ministre du Québec a demandé à Hydro-Québec d'évaluer la possibilité de réduire l'augmentation des tarifs d'électricité et même de les diminuer... l'an prochain.

Les partis d'opposition ont été unanimes pour dénoncer cette réaction qui va augmenter le cynisme au sein de la population, à leur avis.

Le président de la Fédération canadienne des contribuables, lui, n'a pas l'intention de retirer sa pétition pour réclamer le remboursement des trop-perçus «tant qu'il n'y a rien sur papier, tant qu'il n'y a rien de précis et de concret».

«On dit souvent : Les paroles s'envolent, les écrits restent. On voit ça d'un bon oeil parce qu'on parle d'un gouvernement qui, il y a quelques semaines, refusait de bouger sur ce point-là, qui est en train de commencer à bouger un peu.»

François Bonnardel souhaite un «Téo Taxi 2»

La Presse canadienne
Téo Taxi a mis fin à ses activités au mois de janvier 2019.

Le projet de loi sur la modernisation de l'industrie du taxi a fait grand bruit cette semaine, en raison de l'indemnisation donnée aux détenteurs de permis, mais aussi en raison de la déréglementation qui doit ouvrir la porte à des concurrents d'Uber.

Le ministre des Transports, François Bonnardel, s'est désolé de voir que c'était trop peu, trop tard pour Téo Taxi, qui a mis la clé dans la porte.

«Je suis persuadé que, si on avait donné des outils à Téo Taxi, aujourd'hui, comme je le fais, Téo Taxi serait encore au monde», a-t-il déclaré.

Mais le ministre Bonnardel ne perd pas totalement espoir: des investisseurs ont déjà démontré un intérêt pour racheter les actifs de Taxelco et ainsi sauver la technologie imaginée par l'homme d'affaires Alexandre Taillefer.

Je suis persuadé qu'avec ce qu'on met sur la table aujourd'hui, il pourrait renaître un Téo Taxi 2.François Bonnardel, ministre des Transports

Le dépôt du projet de loi a suscité la colère des chauffeurs de taxi, qui crient à la trahison et comptent manifester pour faire valoir leurs droits. Ils espéraient des compensations plus importantes que ce qui a été annoncé.

Fait cocasse: lorsque M. Bonnardel a annoncé la fin des projets pilotes et le dépôt d'un projet de loi prochainement dans l'industrie du taxi, le député libéral Gaétan Barrette l'avait nargué en disant que la législation était le fruit du travail des libéraux.

«Ce qui fait, M. le Président, qu'on le connaît, son projet de loi, on le connaît. On sait ce qu'il y a dedans parce que c'est le résultat de nos travaux!» s'est exclamé M. Barrette dans une déclaration enflammée le 20 février.

Un mois plus tard, lorsqu'on lui a remis cette contradiction sous le nez, M. Barrette s'est justifié en disant que la CAQ était allée plus loin que ce qui avait été prévu par l'ancien gouvernement...