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22/03/2019 13:10 EDT | Actualisé 22/03/2019 13:10 EDT

Un groupe veut cartographier la haine au Canada

L'idée est de faire la lumière sur la façon dont la haine se propage.

Morgane Oger, fondatrice de la fondation du même nom qui veut bâtir l'Atlas canadien de l'extrémisme populiste
Jonathan Hayward/La Presse canadienne
Morgane Oger, fondatrice de la fondation du même nom qui veut bâtir l'Atlas canadien de l'extrémisme populiste

VANCOUVER — L'intention d'une organisation de cartographier la haine et la discrimination au Canada suscite des mises en garde de la part d'un groupe de défense des libertés civiles.

La Fondation Morgane Oger, basée à Vancouver, a lancé un appel à des volontaires pour aider à bâtir l'Atlas canadien de l'extrémisme populiste, connu sous le nom de CAPE.

La fondatrice, Morgane Oger, a expliqué que l'outil permettrait de relier les groupes extrémistes et les personnes qui leur sont associées, tout en cartographiant les incidents liés à la haine au Canada.

L'idée est de faire la lumière sur la façon dont la haine se propage, a-t-elle déclaré, tout en étant consciente que des allégations ne peuvent être lancées à tout vent.

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«Nous ne pouvons pas dire que quelqu'un est un meurtrier à moins que ce ne soit réellement un meurtrier, mais peut-être serait-il intéressant de voir que c'est toujours la même douzaine de personnes qui s'opposent aux droits des personnes trans (en Colombie-Britannique) ou que les groupes de suprématie blanche travaillent ensemble», a dit Mme Oger, une ancienne candidate provinciale du NPD dans la province et une membre de l'exécutif du parti.

Mme Oger a ajouté que le projet en est à ses balbutiements et que la fondation n'avait pas encore déterminé quels types d'actions, de groupes ou d'individus seraient documentés, mais elle estime que ces données pourraient être utiles aux universitaires, aux forces de l'ordre et autres.

Cela pourrait inclure un système de classement permettant de classer les incidents en fonction de leur gravité; par exemple, des meurtres motivés par la haine et des graffitis discriminatoires n'auraient pas le même grade.

D'autres projets similaires

D'autres groupes ont abordé des projets similaires. Le Réseau canadien anti-haine, basé à Toronto, affirme que son mandat est de surveiller, d'étudier et de combattre les groupes haineux en fournissant une éducation et des informations à leur sujet au public, aux médias, aux chercheurs, aux tribunaux, aux forces de l'ordre et aux groupes communautaires.

Aux États-Unis, le Southern Poverty Law Center dispose d'une «carte de la haine» qui répertorie 1020 groupes. Cela comprend 51 chapitres du Ku Klux Klan, 49 groupes anti-LGBT, 11 groupes catholiques traditionnels radicaux et 412 groupes nationalistes noirs et blancs.

Le centre ne répertorie pas les individus, mais uniquement les organisations, et utilise une définition semblable à celle du FBI. Le centre juridique définit un groupe de haine comme «une organisation qui — sur la base de ses déclarations ou principes officiels, des déclarations de ses dirigeants ou de ses activités — a des croyances ou des pratiques qui attaquent ou dénigrent une classe entière de personnes, généralement pour leurs caractéristiques immuables».

Problèmes de confidentialité

Micheal Vonn, de l'Association des libertés civiles de la Colombie-Britannique, croit que le projet CAPE pourrait être utile, légal et constituer un outil de recherche positif.

Mais elle a averti que la publication d'informations en ligne sur des personnes pourrait poser des problèmes de confidentialité et prévenu qu'il était important de faire la distinction entre la haine réelle et les opinions divergentes sur certains sujets.

«Toutes sortes de choses que les gens pensent haineuses constituent un véritable discours politique», a-t-elle déclaré, ajoutant que savoir que quelqu'un s'oppose à une politique d'immigration ne suffit pas pour en déduire qu'il est raciste, par exemple.

Tant que la fondation n'atteindra pas un modèle spécifique, il n'est pas clair qu'il y aurait des problèmes de droits, a-t-elle dit.

Mais elle a également déclaré qu'il vaut la peine de demander si une carte contribuerait à un discours politique sain et mis en garde contre une définition trop vague de «l'association». Dans une démocratie saine, les groupes ayant des points de vue opposés devraient pouvoir assister aux événements les uns des autres sans être catalogués, car cela pourrait aider à renforcer le dialogue et la compréhension.

Alors que les gouvernements et les acteurs gouvernementaux doivent être transparents, nous appliquons des normes différentes pour chaque citoyen, a-t-elle déclaré.

«Nous ne demandons pas aux citoyens d'être transparents parce que nous sommes souverains. C'est l'État qui est censé être transparent envers nous», a-t-elle dit.

Mme Oger a déclaré que le projet de cartographie en était encore à ses balbutiements et que l'organisation n'avait pas encore décidé quelle quantité d'informations rendre publique, mais elle ne veut pas encourager la violence sous quelque forme que ce soit.

Elle a cité les chiffres de Statistique Canada qui montrent une augmentation des crimes motivés par la haine déclarés par la police. Après des augmentations stables, mais relativement faibles depuis 2014, les crimes haineux déclarés par la police ont fortement augmenté en 2017 pour atteindre 2073, soit une hausse de 47 pour cent par rapport à l'année précédente, principalement en raison d'une augmentation des crimes contre la propriété liés à la haine, a déclaré l'agence fédérale.

Des chiffres plus élevés ont été observés dans la plupart des types de crimes motivés par la haine, les incidents ciblant les populations musulmanes, juives et noires étant à l'origine de la majeure partie de l'augmentation nationale. Les augmentations ont été observées principalement en Ontario et au Québec.

Les crimes haineux déclarés par la police font référence à des incidents criminels qui, selon les enquêtes policières, étaient motivés par la haine envers un groupe identifiable.

Selon un sondage mené en 2014 par Statistique Canada, les Canadiens se sont eux-mêmes déclarés victimes de plus de 330 000 affaires criminelles qu'ils ont perçues comme motivées par la haine, mais les deux tiers n'ont pas été signalées à la police.