POLITIQUE
21/03/2019 12:06 EDT | Actualisé 21/03/2019 14:46 EDT

Jane Philpott jette de l'huile sur le feu

L'ancienne ministre a dit qu'il y avait encore beaucoup de choses à raconter sur ce qui s'est passé dans l'affaire SNC-Lavalin.

OTTAWA — L'ancienne présidente du Conseil du trésor, Jane Philpott, est sortie de son mutisme. Et elle l'a fait pour signaler qu'il y avait encore beaucoup de choses à raconter sur ce qui s'est passé dans l'affaire SNC-Lavalin.

La députée libérale y est allée de cette déclaration qui plonge le gouvernement de Justin Trudeau encore davantage dans l'embarras dans une longue entrevue qu'elle a accordée au magazine "Maclean's".

Il y a encore beaucoup de choses qui devraient être dites à propos de cette histoire. Je crois que l'ancienne procureure générale a des éléments à ajouter. Il y a des enjeux qui me tracassent moi aussi et que je ne suis pas libre de partager.Jane Philpott

Jane Philpott a démissionné du cabinet le 4 mars dernier parce qu'elle était en désaccord avec la façon dont le gouvernement a traité le dossier SNC-Lavalin. Elle a claqué la porte environ trois semaines après la défection de son amie, l'ex-ministre Jody Wilson-Raybould.

Dans l'entretien qu'elle a accordé au magazine, elle dit trouver "insultant" que l'on invoque cette amitié pour expliquer son départ du conseil des ministres, comme l'a notamment fait son ex-collègue, le ministre des Finances, Bill Morneau.

"Je ne prends pas de décisions sur des politiques - et assurément pas sur des questions de principe - en me basant sur l'amitié. J'ai pris la décision très difficile de quitter parce que ma conscience me le dictait", a tranché Mme Philpott.

La publication de l'article du "Maclean's" a eu l'effet d'une bombe sur la colline, alors que les députés fédéraux étaient toujours engagés dans un véritable marathon de votes jeudi à la Chambre des communes.

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Les troupes conservatrices en ont rapidement fait leurs choux gras.

"Je pense que les Canadiens et les Canadiennes ont le droit de savoir toute la vérité dans ce dossier-là, et vous pouvez être assurés que le Parti conservateur ne lâchera pas le morceau", a prévenu le député conservateur Alain Rayes dans le foyer des Communes.

Il a tenu ces propos alors que les élus poursuivaient leur enfilade de votes.

L'opposition a eu recours à cette tactique d'obstruction pour punir les libéraux d'avoir voté contre une motion qui demandait au premier ministre de lever complètement le secret professionnel qui lie l'ex-ministre Wilson-Raybould.

La manoeuvre dilatoire durait depuis environ 18 heures sans interruption au moment de publier ces lignes, vers 14 h.

Le député bloquiste Rhéal Fortin a exprimé toute son exaspération face à cette situation.

Justin Tang/La Presse canadienne
Les députés ont passé la nuit dans la Chambre des communes pour voter sur les motions des conservateurs.

"Justin Trudeau, il doit entendre raison, là! C'est fini, là. Il doit, un moment donné, prendre ses responsabilités. Il a agi en amateur depuis le début, depuis l'automne dernier là-dedans", s'est-il exclamé en point de presse.

"Il doit rendre des comptes; qu'il laisse témoigner Jody Wilson-Raybould, qu'il laisse témoigner, Mme Philpott qu'on en finisse avec cette histoire-là", a-t-il tranché.

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a réclamé la même chose et réitéré la demande de la tenue d'une enquête publique sur l'affaire SNC-Lavalin. "Les Canadiens méritent de connaître la vérité avant l'élection", a-t-il plaidé.

Trudeau minimise

En conférence de presse à Mississauga, en Ontario, le premier ministre Justin Trudeau a plaidé que lever le secret professionnel qui liait le gouvernement à l'ancienne procureure générale pour la période où celle-ci a dit avoir subi des pressions suffisait.

Car les faits allégués ne concernent pas la période ayant suivi la rétrogradation de Jody Wilson-Raybould au ministère des Anciens Combattants, a argué Justin Trudeau. "L'enjeu, c'est la pression. Et elle a pu parler librement de cela", a-t-il déclaré.

Il faisait référence au témoignage livré par l'ex-ministre devant le comité permanent de la justice et des droits de la personne, le 27 février dernier. À l'issue de l'exercice, Mme Wilson-Raybould avait toutefois souligné qu'elle avait plus à dire.

Le premier ministre a par ailleurs maintenu que la présence de ses ministres démissionnaires au sein du caucus libéral montrait à quel point le parti était ouvert à la "diversité", et que sur les grands enjeux, les députés libéraux étaient sur la même longueur d'onde.

Ils s'entendent notamment sur le fait qu'ils voient d'un bien mauvais oeil Andrew Scheer être élu premier ministre, a-t-il lancé.

Collègues solidaires

La ministre Philpott n'avait pas participé à la rencontre du caucus national, mercredi, mais elle avait pris part à la réunion du caucus ontarien. Selon certaines informations qui ont filtré dans les médias, cette séance a donné lieu à des discussions "franches et émotives".

Sa collègue ontarienne Julie Dzerowicz a assuré que sa présence au caucus était hautement souhaitable. "Je l'estime comme collègue de caucus, je l'estime comme députée, et je la considère comme une mentore", a-t-elle dit entre deux votes, jeudi.

Le député Sean Casey a lui aussi été très élogieux à l'endroit de Jane Philpott. "Oui (elle doit rester). Elle apporte une contribution significative, elle croit aux valeurs du parti. Elle est une bonne collègue", a-t-il lancé en mêlée de presse dans le foyer de la Chambre.

Et "non, non, non", l'ancienne ministre - qui était largement considérée comme l'une des plus compétentes et efficaces du cabinet Trudeau - ne cause pas de dommages au Parti libéral alors que l'élection approche à grands pas à l'horizon, a-t-il tranché.

"Elle apporte beaucoup plus", a lancé M. Casey avant de retourner voter.

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