POLITIQUE
20/03/2019 11:16 EDT | Actualisé 20/03/2019 14:09 EDT

Le Parti québécois relégué au troisième rang des partis d'opposition

Québec solidaire monte en grade.

Jacques Boissinot/La Presse canadienne

QUÉBEC — Une nouvelle tuile s'abat sur le Parti québécois (PQ), qui perd son statut de deuxième opposition à l'Assemblée nationale au profit de Québec solidaire (QS).

Le groupe d'élus péquistes est donc relégué au troisième et dernier rang des partis d'opposition reconnus à l'Assemblée nationale.

Le président de l'Assemblée nationale, François Paradis, a rendu sa décision mercredi matin, à la suite d'une requête présentée la veille par Québec solidaire.

La décision était rendue nécessaire par le départ de la députée de Marie-Victorin, Catherine Fournier, qui a claqué la porte du caucus péquiste la semaine dernière, persuadée que le parti de René Lévesque n'était plus le véhicule approprié pour réaliser la souveraineté du Québec.

Depuis, Québec solidaire, troisième groupe d'opposition, voyait grand, préparant son offensive pour monter en grade, convaincu que la deuxième place lui revenait désormais de plein droit.

Avec le départ de Mme Fournier, le caucus du PQ est passé de 10 à neuf députés, alors QS en compte 10. Par ailleurs, lors du scrutin du 1er octobre, le PQ avait raflé 17 pour cent du vote, soit un pour cent de plus que ce qu'a récolté QS, et espérait que cette donnée soit prise en compte.

Il serait difficilement justifiable qu'un parti qui compte désormais neuf députés occupe un rang supérieur à celui qui en compte 10.François Paradis

Mais le président s'est rendu aux arguments de Québec solidaire, donnant préséance au groupe ayant le plus grand nombre de sièges.

"Il serait difficilement justifiable qu'un parti qui compte désormais neuf députés occupe un rang supérieur à celui qui en compte 10", a-t-il conclu.

La députée de Marie-Victorin, qui siège désormais comme indépendante, refuse quant à elle d'assumer la responsabilité de la rétrogradation parlementaire de son ancien parti, qui découle directement de son départ.

"Ce qui devrait préoccuper les souverainistes n'est pas l'ordre des oppositions, mais notre capacité à tous nous rassembler pour gagner. Que le statut d'un parti tienne à une seule députée démontre tout le problème", selon la députée, qui s'est exprimée sur Twitter, refusant une demande d'entrevue.

Le leader parlementaire de l'opposition péquiste, Martin Ouellet, a accusé le coup sans broncher. Selon lui, l'humeur du caucus restera au beau fixe, malgré ces temps difficiles.

"Est-ce que ça sape le moral des troupes? Assurément pas!", a-t-il commenté en point de presse. Il a refusé de blâmer Catherine Fournier pour la tournure fâcheuse des événements.

QS jubile

"Québec Solidaire n'est plus une curiosité politique. C'est maintenant la deuxième opposition à l'Assemblée nationale", a observé en point de presse le leader parlementaire de la formation politique de gauche, le député Gabriel Nadeau-Dubois, qui avait piloté le dossier.

Tout en se disant fier de voir Québec solidaire ne plus devoir jouer le rôle du "dernier au fond de la classe", il a exprimé son intention de se garder de "pavoiser" ou de "fanfaronner".

M. Nadeau-Dubois a qualifié la décision du président de "très étoffée, très sérieuse".

À ses yeux, elle était tout simplement inévitable, "d'une logique élémentaire". "C'était pour nous une question d'arithmétique. Dix est plus grand que neuf", a-t-il résumé.

Moins de moyens au PQ

Sur le plan politique, pour les troupes péquistes, le changement de statut aura surtout une forte charge symbolique: personne n'aime se classer au dernier rang.

Au jour le jour, dans la conduite des travaux parlementaires, le PQ devra s'habituer aux changements suivants: occuper des sièges moins bien situés au Salon bleu, être autorisé à poser moins de questions, accepter de poser ses questions après tout le monde et voir son temps de parole limité.

Il n'est pas clair, par ailleurs, s'il perdra une partie de son budget de fonctionnement et s'il devra déménager dans les bureaux actuels de Québec solidaire.

"Une législature n'est pas figée pour quatre ans", a énoncé le président de l'Assemblée nationale, écartant l'argumentaire de l'opposition péquiste, qui tenait à ce que l'entente conclue entre les partis l'automne dernier soit maintenue durant toute la présente législature.

"La présidence doit régulièrement ajuster la répartition prévue dans l'entente en fonction de la composition de l'Assemblée", a conclu le président, en rendant publique sa décision.

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