POLITIQUE
20/03/2019 09:18 EDT | Actualisé 20/03/2019 15:17 EDT

Montréal: le crucifix sera retiré de la salle du conseil

L'administration Plante souligne l'importance d'avoir des institutions publiques laïques.

Olivier Robichaud
Le crucifix de l'hôtel de ville de Montréal.

Alors que le débat sur le crucifix de l'Assemblée nationale fait rage, la Ville de Montréal va de l'avant et retire son propre crucifix. L'administration de Valérie Plante ne réinstallera pas le symbole religieux qui se trouve dans la salle du conseil municipal de Montréal, une fois les travaux terminés à l'hôtel de ville.

La question des crucifix dans les espaces publics revient fréquemment lorsqu'il est question de laïcité et de neutralité de l'État. Au niveau provincial, alors que le gouvernement de la Coalition avenir Québec se prépare à déposer un projet de loi interdisant les symboles religieux chez certains fonctionnaires, les différents partis au pouvoir ont tour à tour décidé que le crucifix qui se trouve au-dessus du siège du président de l'Assemblée nationale doit être maintenu à cause de son caractère patrimonial.

À Montréal, l'administration Plante a une autre lecture de la neutralité. Le crucifix installé au-dessus de la porte de la salle du conseil, devant le siège de la présidente, sera retiré pendant les travaux de rénovation qui commenceront bientôt à l'hôtel de ville. Il ne sera pas réinstallé dans l'édifice Lucien-Saulnier, où siégeront les élus pendant les travaux, ni après le retour des élus à l'hôtel de ville.

«Il faut comprendre que le crucifix a été installé dans un contexte complètement différent de celui d'aujourd'hui. Il a été installé en 1937 pour rappeler aux élus le serment qu'ils ont prêté devant Dieu. Le contexte a changé, la société a évolué. Elle doit être représentée par des institutions démocratiques, laïques et ouverte», affirme Laurence Lavigne-Lalonde, responsable de la démocratie et de la gouvernance au sein du comité exécutif.

Olivier Robichaud
À Montréal, le crucifix trône au-dessus des élus dans la salle du conseil, devant le siège de la présidente.

Lorsque les travaux seront terminés, le crucifix sera exposé dans un nouvel espace muséal dont les détails seront connus après le retour des élus dans leurs bureaux habituels. Les archives de la Ville et les cadeaux reçus au fil des ans par les différents maires s'y retrouveront également.

Selon Mme Lavigne-Lalonde, la décision annoncée mercredi fait suite à une série d'actions prises depuis 1987. Cette année-là, la prière traditionnellement prononcée au début des séances publiques du conseil municipal a été remplacée par un moment de recueillement.

Le crucifix devait être retiré lors de travaux entamés en 1992, mais il a finalement été réinstallé. Une commission devait se pencher sur la question en 2002, mais celle-ci n'aurait jamais siégé.

Et le crucifix à l'Assemblée nationale?

La décision de Montréal a-t-elle influencé le gouvernement du Québec? Le premier ministre François Legault, qui a toujours répété que le crucifix était là pour rester au Salon bleu de l'Assemblée nationale, ne tient plus tout à fait le même discours.

Mercredi, M. Legault a laissé entendre que des discussions avaient lieu au sein de son caucus à ce sujet pour trouver un «compromis».

«Vous allez voir d'ici quelques semaines, je vous demande d'être un peu patients. On va déposer notre projet de loi sur la laïcité.»- François Legault, premier ministre du Québec

Depuis son élection, le gouvernement Legault a réitéré que le crucifix, qui trône au-dessus de la tête du président de l'Assemblée nationale, ne bougerait pas d'un iota. À son avis, il ne s'agit pas d'un symbole religieux, mais d'un symbole patrimonial.

Le premier ministre n'a laissé filtrer aucun détail sur les possibilités étudiées par les députés de la Coalition avenir Québec.

Dans son projet de loi sur la laïcité, le gouvernement tranchera également sur la question des droits acquis pour les enseignants, policiers, juges et autres personnes en situation d'autorité qui ne pourront plus porter de signes religieux.

Là encore, le premier ministre dit qu'il y a encore des discussions à avoir à ce sujet. Il se réserve toutefois le droit de prendre la décision finale.

- Avec les informations de Catherine Lévesque.