POLITIQUE
19/03/2019 17:56 EDT | Actualisé 19/03/2019 19:00 EDT

Les conservateurs font un boucan pour enterrer le discours du budget

Ils criaient «Point of order!», «Cover up» et «Let Her Speak!», un mantra en référence à la demande d'entendre un nouveau témoignage de l'ex-ministre Jody Wilson-Raybould.

Le ministre des Finances Bill Morneau tentant de livrer son discours du budget face au chahut des conservateurs.
PC/Sean Kilpatrick
Le ministre des Finances Bill Morneau tentant de livrer son discours du budget face au chahut des conservateurs.

OTTAWA — Le dépôt du budget libéral s'est fait dans le désordre le plus total à la Chambre des communes, mardi, les conservateurs ayant muselé le ministre des Finances en faisant un tapage qui rendait son discours inaudible. Ils ont fini par boycotter l'exercice.

L'opposition avait promis de perturber le discours pour châtier le gouvernement, après que les députés libéraux du comité permanent de la justice eurent mis fin à l'étude de l'affaire SNC-Lavalin et refusé d'entendre un second témoignage de Jody Wilson-Raybould.

Les troupes d'Andrew Scheer ont tenu promesse, et cela a donné lieu à une scène surréaliste.

Le budget 2019 a été déposé en Chambre à l'heure prévue, soit à 16 h, heure de fermeture des marchés, mais l'opposition a forcé la tenue d'un vote - ce qui a eu pour effet de retarder le discours du ministre Morneau.

Les conservateurs ont ensuite multiplié les manoeuvres dilatoires, les députés se levant les uns après les autres pour faire des rappels au règlement et s'excuser d'avoir "accidentellement" voté deux fois.

Lorsque le ministre Morneau a finalement pris la parole, il était 17 h.

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Il s'est aussitôt fait chahuter. Dans les banquettes de l'opposition, on a enterré son discours en tapant des mains et en hurlant "Cover up" et "Let Her Speak!" (le nouveau mantra conservateur en lien avec le musèlement allégué de la ministre démissionnaire).

Le grand argentier a poursuivi malgré le niveau élevé de décibels. Après quelques tentatives d'interruptions et deux interventions du président de la Chambre, les élus conservateurs ont finalement quitté en bloc.

"(Justin) Trudeau cache sa corruption reliée à SNC-Lavalin à (coup) de 41 milliards de nouvelles dépenses financées par des hausses d'impôt s'il est réélu. C'est le camouflage le plus cher de l'histoire des camouflages", a dénoncé le chef Scheer en arrivant au foyer.

Flanqué de dizaines de membres de sa députation, le leader conservateur a accusé le gouvernement Trudeau d'enregistrer des "déficits budgétaires pour cacher le scandale avant l'élection" d'octobre prochain.

Les manoeuvres conservatrices n'ont pas impressionné le premier ministre.

"C'est un budget extraordinaire (...) C'est vraiment dommage que les conservateurs ne sachent pas ce qui est dedans. Ils ont choisi de ne pas écouter le contenu du budget, ils ne veulent pas parler d'économie, ils ne veulent que faire de la politique", a-t-il réagi.

"Nous, on reste concentré sur la classe moyenne", a tranché Justin Trudeau en mêlée de presse à sa sortie des Communes.

L'opposition néo-démocrate a aussi signalé sa désapprobation face à ce qui s'est produit.

"Je ne pense pas que ce soit la façon de soulever des préoccupations auprès du gouvernement. Il y a bien d'autres moyens de le faire", a argué le chef Jagmeet Singh en point de presse dans le foyer de la Chambre.

L'ancien rival d'Andrew Scheer a lui quant à lui réprouvé le comportement de ses ex-collègues.

"C'est ridicule! Il y a d'autres moyens. La démocratie existe dans ce pays, et les conservateurs essaient d'utiliser des moyens pour empêcher le ministre de déposer son budget. C'est un moment important dans notre vie démocratique, ce budget-là", a pesté Maxime Bernier.

Au Bloc québécois, le chef Yves-François Blanchet a émis un son de cloche un peu différent.

"Je pense que l'exercice auquel se prêtent les conservateurs est très humiliant pour le gouvernement Trudeau, et à la limite, ça, on pourrait dire que c'est mérité", a-t-il exposé en point de presse.

"En revanche, je n'ai vu aucun conservateur se lever en colère au début de cet exercice-là pour demander qu'on fasse quelque chose pour protéger 3500 emplois (chez SNC-Lavalin) à Montréal", a-t-il poursuivi.

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