BIEN-ÊTRE
20/03/2019 16:30 EDT | Actualisé 21/03/2019 10:37 EDT

Une entreprise québécoise offre des poupées sexuelles en location

On ira la porter et la chercher chez vous dans le grand Montréal.

Pour se lancer en affaires, on dit souvent qu'il faut se différencier avec un produit unique ou un service original pour espérer réussir. C'est avec cette idée en tête qu'un jeune couple de la région montréalaise a décidé de fonder une entreprise de location de poupées sexuelles - qui ne manquera pas de faire réagir.

Le HuffPost Québec a rencontré Émilie K.* et Charles C.*, un jeune couple dans la vingtaine qui a décidé de lancer l'entreprise Ultimate Dolls, le premier service de location de poupées sexuelles dans le grand Montréal.

En entrevue, Charles confie que c'est en discutant avec un ami de retour d'un long voyage en Asie qu'il a eu l'idée de se lancer dans cette aventure qui sort de l'ordinaire. «Quand il est revenu, il nous a raconté comment les poupées érotiques étaient devenues un phénomène là-bas. Il en parlait en bien, et de tous les bienfaits dont il avait entendu parler. C'est là qu'on s'est demandé s'il y avait quelqu'un qui faisait ça au Québec. On a fait des recherches pour découvrir qu'il n'y avait personne ici, et une entreprise à Vancouver», raconte-t-il.

Entre l'idée du concept et sa réalisation, le couple s'est toutefois rendu compte que ce ne serait pas simple. Charles et Émilie ont épluché la vingtaine de fabricants (tous chinois) pour évaluer la qualité de fabrication et les processus d'entretien, question d'avoir le meilleur produit à offrir aux éventuels clients. «Une fois qu'on a trouvé un fournisseur qui correspondait à nos attentes, on a estimé que cette entreprise était quelque chose à essayer. On s'est assis et on s'est dit "go, on y va!"», relate-t-il.

Ont-ils eu des mauvais commentaires de leurs proches face à leur projet? «Mes parents ne le savent pas encore! Mais quand ils vont le savoir, ça va être vraiment drôle! Même que je pourrais la filmer pour voir sa réaction. Nous, on s'est dit: "on le fait" et on fonce», résume Émilie.

Pour eux, c'était très important de trouver la meilleure façon de servir leurs clients - et d'éviter le fiasco du «bordel» de poupées sexuelles de Toronto. Les poupées sont donc livrées à domicile ou à l'hôtel et sont disponibles 24h/24. «On a regardé l'option d'avoir des locaux, mais on a jugé que la vie privée des clients était très importante. C'est le genre d'activité que tu veux faire chez vous, dans le confort ta maison, à l'abri de tout regard, à l'abri de toute attention.»

Poupée ou escorte?

Pourquoi quelqu'un choisirait d'appeler un service de poupées sexuelles plutôt qu'un service d'escortes ou encore d'aller directement solliciter des travailleurs du sexe, a-t-on demandé à Charles.

«La clientèle qu'on vise est plus large, que ce soit un couple qui veut pimenter sa vie sexuelle, une personne avec une déficience physique ou mentale, ou encore des gens qui veulent s'épanouir sexuellement, mais qui ont de la difficulté à s'ouvrir à un autre humain, ou plus simplement quelqu'un qui souhaite réaliser un fantasme, par exemple», répond-il dans un premier temps avant d'ajouter que «nous, à 120$/h, on a estimé que c'était moins cher en général que les services d'une vraie personne.»

En plus du tarif à l'heure, Ultimate Dolls propose un tarif à 220 $ pour trois heures, et 350 $ pour une nuit de 12 heures. À noter qu'un dépôt de 500 $ est exigé.

Entretien méticuleux

Charles et Émilie assurent avoir étudié les façons de rendre «propres» leurs poupées et disent avoir développé une technique pour s'assurer de fournir un produit salubre. «Garantir que le produit est utilisable est primordial pour nous, c'est la pierre angulaire. Nous avons communiqué avec les fournisseurs pour savoir comment s'assurer de remettre le produit "comme neuf" après chaque utilisation. On a établi notre processus de lavage et stérilisation par la suite», explique-t-il.

La location d'une poupée viendra avec lubrifiant à base d'eau et condoms: l'objectif est de protéger le client, mais également la poupée. «Il doit s'agir d'un préservatif sans latex pour ne pas abimer les poupées», explique Charles.

Les étapes de nettoyage d'une poupée:

  1. Rinçage à l'eau.
  2. Trempage pendant environ 45 minutes dans un produit désinfectant.
  3. Frottage.
  4. Assainissement avec un produit visant à tuer les bactéries.
  5. Séchage pendant environ une heure, dont les orifices au fusil à chaleur.
  6. Habillage

D'ailleurs, le client devra obligatoirement porter le condom - il y va de sa santé. «On ne pourra jamais dire "c'est sûr à 100% qu'il n'y a plus de particule de rien". On peut le garantir à 99,9%. C'est la même chose que quand tu sors un soir dans un bar et que tu trouves quelqu'un de ton goût, si t'as des rapports sexuels avec la personne, il faut que tu te protèges. C'est le même principe.»

Pas de robots sexuels... pour l'instant

Tranquillement, des poupées munies d'intelligence artificielle font leur apparition sur le marché. Ces robots sexuels peuvent donc interagir avec leur propriétaire et permettent ainsi le jeu de rôle. Toutefois, Ultimate Dolls n'offrira pas ce service - du moins pour l'instant.

Les poupées d'Ultimate Dolls

  • Tifanny
    • Blanche
    • Yeux bleus
    • Gros seins
  • Tori
    • Asiatique
    • Petits seins
  • Patricia (bientôt disponible)
    • Noire
    • Gros seins
    • Grosses fesses
  • Jay (bientôt disponible)
    • Homme blanc
    • Musclé
    • Mince

«On va s'adapter à ce que demande notre clientèle. Sauf qu'au niveau des coûts, celles qui sont disponibles en ce moment sont super dispendieuses, super fragiles, et nous pour l'instant on ne s'enligne pas vers ça. Mais c'est un domaine en grande évolution, alors on ne ferme pas la porte à en avoir peut-être un jour», estime Charles.

Un phénomène qui reste à étudier

Quels pourraient être les impacts de cette nouvelle pratique? Peu d'études se sont penchées sur le phénomène dans les dernières années et la recherche manque de données probantes, indique l'étudiant au doctorat en psychologie et chercheur au Centre de recherche en neurobiologie comportementale à l'Université Concordia, Simon Dubé.

«Il serait irresponsable de ma part de dire qu'on sait déjà si cela va avoir des avantages ou des désavantages. Il y a certains avantages qu'on anticipe, comme par exemple concernant l'accès à l'intimité plus facile ou simplement pour les personnes qui veulent avoir des relations avec les poupées sexuelles. Aussi, certains chercheurs avancent que ça pourrait créer de l'isolement. Pour l'instant, on n'a aucune certitude. On peut seulement émettre des hypothèses et les tester en laboratoire.»

M. Dubé a toutefois constaté que la stigmatisation des utilisateurs était présente sur des forums de discussion sur le sujet en ligne.

Il y a encore des tabous importants dans notre société en lien avec la sexualité, et les personnes qui aiment ces poupées-là n'y échappent pas.Simon Dubé, chercheur au Centre de recherche en neurobiologie comportementale à l'Université Concordia

Mais, selon le chercheur, il est encore beaucoup trop tôt pour estimer que les poupées sexuelles peuvent représenter un «danger» pour leur utilisateur sur le plan psychologique ou affectif. «Personnellement, je crois qu'il pourrait y avoir plusieurs avantages, surtout pour les poupées qui offrent un service un peu différent que des relations avec des humains par le simple fait qu'elles ne bougent pas. Ça semble attirer une clientèle qui désire ça, donc ça leur donnerait accès à un stimulus sexuel qui les intéresse. Je ne vois pas pour l'instant le problème avec ça, mais ça doit être confirmé par des données empiriques», avance-t-il.

Philip Jai Johnson, psychologue et chercheur au Toronto Sexuality Centre, a déjà expliqué à nos collègues du HuffPost Canada qu'il peut être tout à fait normal de se sentir mal à l'aise ou même de ressentir du dégoût devant une telle poupée. «À un certain niveau, il s'agit d'une sorte de point de vue moral, l'idée que tout ce qui s'écarte de la réalité n'est pas approprié.»

Pour ce qui est des utilisateurs, leur principale motivation serait le rejet et la peur, et non pas la solitude, comme on pourrait le croire. «Pour les hommes ayant des difficultés de fonctionnement sexuel, ils ont des rendez-vous, et s'ils ne performent pas, ils seront très souvent rejetés. Cela met certains hommes dans une position de catch-22. Et pour cette raison, je pense que les poupées sexuelles pourraient être - et je ne peux pas le dire avec certitude - une bonne approche thérapeutique», indique le Dr Johnson en se fiant aux études qu'il a pu consulter sur le sujet.

Pour Michelle Shnaidman, PDG du site de sexualité et porno féministe Bellesa, la poupée sexuelle n'est pas si différente des autres objets qui peuvent être utilisés. «La lutte contre la honte suscitée par l'utilisation - voire par la nécessité de les utiliser - de jouets sexuels pour trouver sa satisfaction sexuelle est une bataille permanente», a-t-elle déclaré au HuffPost Canada. Leur ressemblance humanoïde, pour nous les non-utilisateurs de poupées sexuelles, nous surprend. Mais le fait que ces poupées aient un visage ne les rend pas plus menaçantes que les vibrateurs de nos tables de nuit.»

*Émilie et Charles ont préféré ne pas révéler leurs noms pour ne pas porter ombrage à leurs employeurs actuels.

Que pensez-vous des robots sexuels?

Simon Dubé, dans le cadre de ses fonctions au Centre de recherche en neurobiologie comportementale à l'Université Concordia, mène actuellement une étude sur les perceptions et croyances de la population face aux robots sexuels. Pour y participer, contactez le sexrobotsstudy1@gmail.com. Il présentera une conférence sur le sujet intitulée «Penser l'érobotique: regard transdisciplinaire sur la robotique sexuelle» les 30-31 mai à Gatineau dans le cadre du 87e congrès de l'ACFAS.