POLITIQUE
18/03/2019 14:13 EDT | Actualisé 19/03/2019 07:21 EDT

Michael Wernick qui a témoigné dans l'affaire SNC-Lavalin prend sa retraite

Ce dernier avait témoigné à deux reprises devant le comité permanent de la justice.

Adrian Wyld/La Presse canadienne
Michael Wernick

OTTAWA — La tempête SNC-Lavalin n'en finit plus de faire rouler des têtes à Ottawa. Après les démissions des ministres Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott et celle du secrétaire principal Gerald Butts, c'était au tour du greffier du Conseil privé, Michael Wernick, de quitter le navire, lundi.

Le plus haut fonctionnaire du gouvernement - que l'opposition accusait de partisanerie en raison de son témoignage en comité parlementaire - a choisi de prendre sa retraite après environ 38 années passées au sein de la fonction publique fédérale.

"Les événements des dernières semaines m'ont amené à conclure que je ne pourrai agir en tant que greffier du Conseil privé et secrétaire du cabinet durant la prochaine campagne électorale", a écrit Michael Wernick dans une lettre adressée au premier ministre Justin Trudeau.

"Il est maintenant apparent qu'il m'est impossible d'avoir une relation de confiance et de respect mutuels avec les chefs de partis d'opposition", a-t-il ajouté, disant avoir l'intention de tirer sa révérence "bien avant que le bref d'élection soit émis".

L'actuel sous-ministre des Affaires étrangères, Ian Shugart, a été désigné pour succéder à Michael Wernick. Il assumera ses nouvelles fonctions au cours des prochaines semaines, a indiqué Justin Trudeau par voie de communiqué.

Le premier ministre a refusé de spécifier s'il avait demandé au greffier de partir.

"Je reconnais que depuis trois ans et demi on a accompli beaucoup en tant que gouvernement. C'est en grande partie à cause de Michael et du service public extraordinaire qui nous a aidés, nous a entourés", a-t-il déclaré avant de s'engouffrer en Chambre pour la période des questions.

Le haut fonctionnaire était sur la sellette depuis environ un mois. L'opposition réclamait sa démission en raison des propos qu'il a tenus dans ses deux témoignages au comité permanent de la justice et des droits de la personne, qui se penche sur l'affaire SNC-Lavalin.

Lors de sa comparution devant ce comité, l'ex-ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould l'avait accusé d'avoir fait pression sur elle de façon inappropriée pour qu'elle aide la firme à éviter un procès criminel, allant même jusqu'à lui faire des "menaces voilées".

Ces allégations avaient été niées par Michael Wernick, dont les apparitions avaient été marquées par des échanges tendus, souvent acerbes, avec les députés de l'opposition qui siègent au comité.

Le 21 février, dans son premier témoignage, il avait étonné en disant craindre "que quelqu'un puisse se faire abattre au pays durant la campagne politique cette année" en raison du discours politique actuel, faisant référence à des propos tenus par un sénateur conservateur.

Les quelques ministres croisés alors que la nouvelle venait de tomber, lundi, ont réagi avec prudence. François-Philippe Champagne a invité à ne pas verser dans la "spéculation" entre ce départ à la retraite et les récriminations de l'opposition.

Il est essentiel que durant la période électorale, le greffier soit considéré par tous les partis politiques comme étant impartial, surtout dans un contexte où de l'interférence étrangère aurait eu lieu.Michael Wernick, dans sa lettre à Justin Trudeau

La ministre des Institutions démocratiques, Karina Gould, n'a quant à elle jamais voulu dire si Michael Wernick avait toujours sa confiance - celui-ci devait diriger l'équipe de fonctionnaires chargée de superviser les tentatives d'ingérence pendant la campagne électorale.

Elle s'est contentée de noter que le protocole "non partisan" annoncé fin janvier - avant que l'affaire SNC-Lavalin n'éclate - demeurait le même et que la responsabilité de le piloter incomberait au futur greffier, Ian Shugart.

Dans sa lettre de départ, Michael Wernick y fait référence, arguant qu'il est "essentiel que durant la période électorale, le greffier soit considéré par tous les partis politiques comme étant impartial, surtout dans un contexte où de l'interférence étrangère aurait eu lieu.

Selon le conservateur Luc Berthold, ce qui est présenté comme un départ à la retraite est "de toute évidence une démission". Et elle montre qu'il "se passe vraiment quelque chose de gros au cabinet du premier ministre actuellement", a-t-il soutenu en mêlée de presse.

La cascade de départs a débuté le 12 février, alors que Jody Wilson-Raybould a claqué la porte du cabinet après la publication d'allégations de pressions inappropriées dans le Globe and Mail. Elle a été suivie du secrétaire principal du premier ministre, Gerald Butts, le 18 février.

Ce fut ensuite au tour de Jane Philpott de quitter le conseil des ministres, le 4 mars.

Comité de la justice

Le comité de la justice, dominé par les libéraux, doit se réunir mardi pour évaluer les demandes de l'opposition pour un nouveau témoignage de Mme Wilson-Raybould.

Mais les cinq libéraux sur le comité ont ouvert leur jeu dans une lettre, lundi, à leur collègue et président du comité, Anthony Housefather.

"Le comité a entendu les principaux témoins dans cette affaire. Nous avons entendu 13 heures de témoignages exhaustifs de 10 témoins différents. Les Canadiens peuvent juger par eux-mêmes des faits, des perspectives et des principes juridiques pertinents. En tant que membres du comité, nous avons atteint nos objectifs en ce qui concerne ces réunions", écrivent-ils.

L'enquête distincte par le commissaire à l'éthique terminera de brosser le portrait de la situation, selon les libéraux sur le comité.

Anne McLellan conseillère

On avait peine à croire que c'était veille de dépôt du budget sur la colline du Parlement, lundi. Car pendant la période des questions, moins d'une heure après l'annonce du départ de Michael Wernick, le premier ministre y allait d'une nomination liée à l'affaire SNC-Lavalin.

"Les événements des dernières semaines ont soulevé d'importantes questions au sujet des relations entre le gouvernement fédéral et la ministre de la Justice et procureure générale", a plaidé Justin Trudeau.

"Donc j'annonce aujourd'hui que l'honorable Anne McLellan sera nommée conseillère spéciale pour examiner ces questions et offrir des recommandations indépendantes", a-t-il enchaîné en réponse à une question du chef conservateur Andrew Scheer.

L'annonce de la désignation de cette ancienne politicienne libérale a suscité rires et hauts cris dans les banquettes de l'opposition. Le président de la Chambre a dû intervenir pour faire taire ceux qui enterraient le premier ministre.

"Et voilà, monsieur le président, des libéraux vont enquêter sur les libéraux pour aller au fond de cette affaire", a ironisé Andrew Scheer.

L'ancienne ministre et vice-première libérale devra fournir des recommandations indépendantes au premier ministre d'ici le 30 juin prochain. Elle se penchera entre autres sur la question du double rôle de ministre de la Justice et de procureur général du Canada.

Le gouvernement Trudeau avait fait appel à Anne McLellan pour l'orienter dans le processus de légalisation du cannabis. Le rapport qu'elle a remis a grandement inspiré les libéraux dans l'élaboration du projet de loi C-45.

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