POLITIQUE
18/03/2019 18:21 EDT | Actualisé 18/03/2019 18:44 EDT

La lune de miel est terminée entre Danielle McCann et les cadres en santé

L'étude du projet de loi 7, mercredi, risque de se faire dans un climat de tension.

PC/Jacques Boissinot

QUÉBEC — La lune de miel est bel et bien terminée entre la ministre de la Santé, Danielle McCann, et les cadres du réseau.

L'étude du projet de loi 7, mercredi, risque d'ailleurs de se faire dans un climat de tension, voire de confrontation.

Il s'agira alors du tout premier face-à-face entre Mme McCann et les représentants des trois associations de cadres en santé depuis sa nomination il y a cinq mois.

Même son prédécesseur, Gaétan Barrette, qui était «assez sauvage» avait rencontré les gestionnaires, selon Anne-Marie Chiquette, avocate principale de l'Association du personnel d'encadrement du réseau de la santé et des services sociaux (APER).

Le projet de loi 7, un copier-coller du défunt projet de loi 160 de M. Barrette, réduirait de 24 à 12 mois l'indemnité de départ des gestionnaires en santé.

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Mme McCann — elle-même cadre du réseau de la santé jusqu'en 2014 — veut ainsi éviter de payer une année de salaire aux 1300 cadres licenciés en 2015, et économiser des «dizaines de millions» de dollars qu'elle redistribuerait dans le réseau.

Elle prétend qu'il y a urgence d'agir, d'où son projet de loi déclaratoire, qui s'appliquerait «malgré toute décision judiciaire».

Le projet de loi 7 fait l'effet d'une douche froide, a affirmé en entrevue Chantal Marchand, présidente de l'Association des gestionnaires des établissements de santé et de services sociaux (AGESSS).

Elle promet de prendre tous les moyens nécessaires pour faire protéger les droits de ses membres.

«On ne peut pas croire que c'est une ancienne gestionnaire qui nous envoie un projet de loi comme ça, a-t-elle déploré. C'est une déception. (...) On vient de finir la lune de miel.»

En voulant «frapper l'imaginaire des gens», le gouvernement Legault s'attaque au principe du respect des conditions de travail, renchérit-elle. «Si c'était arrivé à un syndicat, oh boy!»

Or, selon Mme McCann, la loi actuelle donne tous les pouvoirs à la ministre d'établir les conditions de travail des cadres. Elle a refusé notre demande d'entrevue lundi.

Facile de s'en prendre aux cadres

Il est plus «facile» de casser du sucre sur le dos des cadres, déplore l'APER, car ils sont mal perçus dans la population.

«C'est sûr qu'on ne va pas chercher les larmes de personne, a reconnu Mme Chiquette. Ce sont des gratte-papier, ils sont assis à leur bureau: ce n'est pas vrai! Pourquoi lundi matin je suis infirmière, et mardi matin je suis cadre-infirmier, je deviens de la merde?»

Dans la réalité, le cadre accompagne l'infirmière qui sort du cégep, agit en cas de bris d'équipement, coordonne matériel, professionnels et patients au bloc opératoire, illustre-t-on.

Le premier message que Mme McCann envoie à ses cadres-terrain, c'est que leurs conditions de travail, c'est pas grave, on s'en fout. C'est ça sa priorité? (...) On est des partenaires!Anne-Marie Chiquette

C'est inacceptable de ne pas rencontrer ses principaux partenaires, acquiesce le porte-parole péquiste en matière de santé, Sylvain Gaudreault, qui est pourtant plutôt favorable à la réduction de l'indemnité de départ.

«C'est ça qui n'a pas d'allure, elle-même était cadre», a-t-il souligné à son tour.

Par ailleurs, le projet de loi 7 pourrait compliquer davantage le recrutement de cadres en santé et services sociaux, selon l'APER, qui argue que ce qui est demandé par les cadres est au final bien moins que ce qui est accordé en primes aux médecins.

Rappelons qu'en juillet 2017, lorsque les libéraux étaient au pouvoir, la Cour supérieure avait invalidé le règlement de la loi 10 qui aurait réduit de moitié l'indemnité de départ des cadres.

Le ministre Barrette avait riposté avec le projet de loi 160 pour contrecarrer la décision du tribunal qui lui était défavorable à titre d'employeur. Son projet de loi était mort au feuilleton, mais le gouvernement a porté la cause en appel.