POLITIQUE
18/03/2019 08:08 EDT | Actualisé 18/03/2019 14:18 EDT

«Tout le monde en parle»: Brian Mulroney revient sur l’échec de l’accord du lac Meech

L’ancien premier ministre du Canada règle ses comptes avec Clyde Wells et Lucien Bouchard.

Karine Dufour/Tout le monde en parle

Près de 29 ans plus tard, l'ancien premier ministre Brian Mulroney fulmine encore lorsqu'il pense à l'échec de l'accord du lac Meech.

«On avait négocié l'entente et ça avait été signé de façon unanime par les premiers ministres provinciaux à trois occasions», rappelle-t-il. Mais le nouveau premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Clyde Wells, voulait soumettre cette question à un référendum ou à un vote à l'Assemblée législative de la province.

Le vote n'aura finalement pas lieu. M. Wells, qui était ouvertement contre l'accord, a profité d'un délai imposé par le Manitoba pour éviter de mettre la question aux voix. Sa décision a eu pour effet de faire échouer l'accord du lac Meech de façon définitive.

«Pour la première fois dans l'histoire d'un pays libre, les députés ont été privés d'un vote libre sur un engagement constitutionnel de cette importance, déplore M. Mulroney. Moi, je voulais réintégrer le Québec dans le giron constitutionnel canadien... dans l'honneur et l'enthousiasme, comme on se disait.»

Ça prenait simplement le vote des députés de Terre-Neuve. Il a annulé ça!Brian Mulroney

Encore aujourd'hui, M. Mulroney soutient que M. Wells agissait comme «émissaire» de certains libéraux fédéraux comme Pierre Elliott Trudeau.

L'ex-politicien, qui soufflera ses 80 bougies cette semaine, était de passage sur le plateau de l'émission Tout le monde en parle pour revenir sur des événements marquants de sa vie de premier ministre et pour réagir à des sujets d'actualité.

L'animateur Guy A. Lepage n'a pas passé sous silence le départ fracassant de Lucien Bouchard, alors ministre du gouvernement Mulroney, après l'échec de l'accord du lac Meech.

«Il n'a pas quitté mon gouvernement. Je l'ai congédié», a répliqué M. Mulroney.

Ron Poling/La Presse canadienne
Lucien Bouchard s'était joint au gouvernement conservateur de Brian Mulroney en 1988.

M. Bouchard a toujours soutenu qu'il a claqué la porte par principe, frustré de voir les concessions faites dans l'accord du lac Meech par le responsable du Comité parlementaire spécial piloté par le député conservateur Jean Charest.

Tout cela est de la «foutaise», répond M. Mulroney.

«[Lucien Bouchard] dit qu'on a changé l'accord du lac Meech. Je vous invite [à prendre] une copie [de l'accord] du lac Meech que nous avions signée le 9 juin [1990] et prenez l'accord du lac Meech aujourd'hui. C'est identique. Il n'y a pas une virgule changée là-dedans.»

Je regrette ça amèrement parce que nous étions de grands amis. Je l'aimais bien.Brian Mulroney

M. Mulroney lui en veut-il encore? «Non, écoutez, il a fait ce qu'il avait à faire. On sait maintenant, avec la publication de certains livres d'histoire, que toute cette affaire-là était organisée avec le gars des vues. Donc, il a quitté pour les raisons qu'il a données, mais...»

«Je n'irai pas plus loin que ça. J'ai écrit là-dessus, lui écrira sans doute là-dessus. Je regrette ça amèrement parce que nous étions de grands amis. Je l'aimais bien.»

À la défense de sa fille Caroline

Sans surprise, M. Mulroney a volé au secours de sa fille Caroline Mulroney, Procureure générale et ministre des Affaires francophones au sein du gouvernement de Doug Ford en Ontario, qui est critiquée en raison des compressions imposées aux Franco-Ontariens.

«Écoutez, j'ai été de toutes les luttes depuis 50 ans pour la minorité francophone au Canada. Je n'en ai pas manqué une. Ma fille se loge exactement au même endroit que moi, a-t-il affirmé. Elle est membre d'un gouvernement, ce n'est pas elle qui décide.»

«Elle est la meilleure voix que les francophones de l'Ontario ne pourraient jamais avoir, croyez-moi. C'est elle qui défend les francophones. La p'tite fille qui a démissionné [Amanda Simard, l'ex-adjointe parlementaire de Mme Mulroney] est partie. C'est fini, ça. Mais Caroline est toujours là pour défendre les intérêts des francophones de l'Ontario.»

La Presse canadienne
Caroline Mulroney est la fille aînée de Brian Mulroney.

L'ancien politicien blâme le précédent gouvernement libéral en Ontario pour les importants déficits qu'il a laissés. Le gouvernement Ford doit maintenant réparer les «pots cassés» avec des compressions qui affectent tout le monde «y compris les Franco-Ontariens», dit-il.

«Mais ça fait à peine un an que Caroline est là, dit-il. Vous allez voir, dans le temps, comment elle travaille bien avec ses collègues pour réparer ces pots cassés et pour rebâtir la confiance entre les minorités françaises de l'Ontario et le gouvernement Ford.»

Trump, un «gars exceptionnel»

M. Mulroney, qui a dit de Donald Trump qu'il était un «gentleman» par le passé, semble maintenant peser ses mots sur sa relation avec l'imprévisible président américain.

En réponse à une première question du fou du roi - «Qu'est-ce que vous pensez de son règne?» - M. Mulroney a feint de ne pas avoir entendu avant de s'esclaffer. Il n'a pas eu le choix de répondre lorsque Guy A. Lepage l'a relancé à ce sujet.

Il faut s'entendre avec lui parce que le président des États-Unis en mène large. C'est important pour le Canada.Brian Mulroney

«Donald Trump, c'est un gars exceptionnel. Il est le président des États-Unis. Il faut s'entendre avec lui parce que le président des États-Unis en mène large. C'est important pour le Canada», a affirmé l'ancien premier ministre, qui avait d'excellentes relations avec Ronald Reagan et George Bush père.

M. Mulroney dit cependant ne pas comprendre pourquoi le président Trump se met des «alliés loyaux, fidèles» - comme le Canada - à dos et «se colle sur ses ennemis» - comme la Corée du Nord, par exemple.

«Il se crée des problèmes humains, énormément, et je pense qu'il se nuit pour des raisons que je ne comprends pas, ajoute-t-il. Dans ce contexte-ci, le plus grand ennemi de Donald Trump, c'est Donald Trump!»

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