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16/03/2019 11:40 EDT | Actualisé 16/03/2019 11:44 EDT

Gilets jaunes: heurts et pillages à Paris

Ça a brassé sur les Champs-Élysées.

Boutiques vandalisées et pillées, barricades en feu sur l'avenue des Champs-Élysées, jets de pavés sur les forces de l'ordre ont émaillé samedi à Paris la 18e journée d'action des "gilets jaunes", en révolte contre la politique sociale et fiscale d'Emmanuel Macron depuis quatre mois.

Parti d'une banque située au rez-de-chaussée, un incendie a obligé les pompiers à évacuer un immeuble situé à proximité de la célèbre artère parisienne. "Deux personnes ont été sauvées des flammes. Une femme et son bébé étaient coincés au deuxième étage", ont indiqué les pompiers à l'AFP. Le sinistre a fait 11 blessés légers parmi lesquels deux policiers, ont-ils précisé.

"Les individus qui ont commis cet acte ne sont ni des manifestants, ni des casseurs: ce sont des assassins", a dénoncé sur twitter le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner.

GEOFFROY VAN DER HASSELT via Getty Images

Sur les très touristiques Champs-Élysées, des manifestants ont mis le feu à plusieurs kiosques à journaux mais aussi à des panneaux de bois ou des barrières de chantiers qui servaient de barricade, rappelant les scènes de violences dont les images avaient fait le tour du monde en décembre et janvier.

Scandant des slogans anticapitalistes et anti-policiers, des groupes de personnes cagoulées s'en sont notamment pris à des magasins de luxe (Hugo Boss, Lacoste, Nespresso...) dont les vitrines ont volé en éclats.

"Ils croyaient nous dompter mais on est indomptables. Les gilets jaunes ne lâcheront rien, il faut qu'ils le comprennent", a dit à l'AFP un manifestant masqué.

Malgré les protections, le très chic restaurant Fouquet's, prisé des célébrités, a été vandalisé, les vitrines brisées, les tables renversées.

"Il y a un certain nombre de gens qui ne sont venus que pour casser", a déploré Christophe Castaner, selon lequel quelque 1 500 militants "ultra-violents" se sont infiltrés parmi les quelque "7 000 à 8 000" manifestants à Paris.

Selon les autorités, 14 500 personnes manifestaient dans toute la France à 13H00 GMT.

Quelque 82 personnes ont été interpellées, selon un bilan communiqué à 12H30 GMT par la préfecture. Et 30 personnes placées en garde à vue, a annoncé le parquet de Paris.

Le grand débat, une «mascarade»

Désireux de montrer une détermination intacte, quatre mois presque jour pour jour après le début le 17 novembre de leur mouvement - qui se veut apolitique et s'organise sur les réseaux sociaux - plusieurs figures de la fronde avaient promis un "regain de mobilisation", alors que le nombre de manifestants est en baisse constante ces dernières semaines

Selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, contestés par les "gilets jaunes", ils étaient 28 600 manifestants en France samedi dernier, soit dix fois moins qu'au début du mouvement.

Annonçant un "ultimatum" au gouvernement, les meneurs avaient invité leurs sympathisants à converger vers Paris.

"On attend les Toulousains avec impatience, les Bordelais, les Marseillais, les Rouennais...", a lancé Eric Drouet, un chauffeur routier de la région parisienne, évoquant même le renfort de sympathisants venus d'Italie, Belgique, Pays-Bas, Pologne.

ALAIN JOCARD via Getty Images

Maxime Nicolle, autre tête connue des "Gilets jaunes", a promis une journée "mémorable", "un week-end parmi les plus importants depuis le début de cette mobilisation".

Cette nouvelle journée de manifestations intervient à l'issue de deux mois de débats organisés dans toute la France à l'initiative des autorités et qui ont rassemblé près d'un demi-million de personnes. Le gouvernement souhaitait ainsi canaliser la colère et faire émerger des propositions, sans parvenir à convaincre les "Gilets jaunes" les plus farouches.

"Le grand débat, c'est une mascarade", a estimé Jean-François Bernard, qui travaille dans l'entretien des espaces verts.

Pour tenter d'endiguer violences et déprédations, un dispositif policier resserré a été mis en place.

ALAIN JOCARD via Getty Images

Quelque 5 000 hommes et six véhicules blindés de la gendarmerie étaient mobilisés dans la capitale française où sont également prévues plusieurs autres manifestations, notamment une "Marche du siècle" pour le climat.

Des manifestations de "gilets jaunes" sont aussi prévues en province, de Bordeaux (sud-ouest) à Lyon (centre-est) en passant par Montpellier (sud).

Sur les réseaux sociaux, un même objectif affiché: "faire le siège de l'Elysée", la résidence d'Emmannuel Macron, parti en week-end de ski dans les Pyrénées pour se "ressourcer".