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15/03/2019 12:29 EDT | Actualisé 15/03/2019 17:27 EDT

Attentat de Christchurch: la communauté musulmane de Québec sous le choc

«Je m'adresse à ces minorités qui n'aiment pas les autres: venez vous asseoir avec nous, vous allez voir qu'on est des individus comme vous» - Boufeldja Benabdallah

Jacques Boissinot/PC
Le président du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah, évoque une douleur indescriptible.

"Très choqué, très triste et très inquiet", a déclaré un musulman de Québec, Hassan Douahi, quelques heures après les fusillades qui ont fait 49 morts et de nombreux blessés dans deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande.

"Qu'est-ce qu'on a de plus ou de moins que les chrétiens, les juifs, les athées et les bouddhistes? a-t-il demandé. Qu'est-ce qu'on a de plus pour nous attaquer de cette façon-là?"

M. Douahi était venu se recueillir, vendredi, à la grande mosquée de Québec, l'endroit même où Alexandre Bissonnette a tué six fidèles en plus d'en blesser plusieurs autres le 29 janvier 2017.

L'attaque de Christchurch éveille en effet de douloureux souvenirs pour le président du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah, qui se dit "estomaqué par la similarité".

"Toutes les images sont revenues chez moi comme si c'était hier. Et ça c'est très difficile", a-t-il déclaré.

"Ça nous attriste énormément que le drame de Québec, au lieu de servir pour dire: "Ah la raison doit dominer le drame", et bien voilà, c'est copié pour faire un autre drame. C'est vraiment très dur", a-t-il ajouté.

Alpha Barry, un cousin éloigné d'Ibrahima Barry et de Mamadou Tanou Barry, tous deux tombés sous les balles de Bissonnette, a parlé d'une tristesse "non mesurable, qui nous pousse à nous demander à tous les jours pourquoi est-ce que ça nous arrive à nous les musulmans".

"Pas encore", a quant à lui soupiré Christian Schreiner, doyen de la cathédrale anglicane Holy Trinity, venu appuyer ses confrères et consoeurs musulmans.

De son côté, Abdel, visiblement craintif, a déclaré aux journalistes avoir longtemps hésité avant de se présenter à la prière du vendredi. Le fait que la police de Québec ait augmenté sa présence aux abords de la mosquée l'a finalement convaincu.

"Quand j'ai écouté les nouvelles, qu'il y aurait de la police, j'ai dit: "Au moins il va y avoir de la surveillance", parce qu'il y a des fous qui font des copies", a-t-il affirmé.

Comprenant avoir pris une décision controversée, Ahmed Elrefai, lui, a choisi d'abord de visionner la vidéo de la tuerie de la Nouvelle-Zélande et de la partager sur Facebook.

"Tous les gens doivent savoir et connaître comment ces criminels ont agi contre les musulmans, des gens innocents qui font leurs prières", a-t-il plaidé, en soulignant avoir été derrière l'idée d'ouvrir toutes grandes les portes ensanglantées de la mosquée de Québec aux médias le 1er février 2017, trois jours seulement après la tuerie.

"Quand on entend parler de 40 ou 50 personnes qui ont été tuées, ce n'est pas comme le voir soi-même", a-t-il expliqué, en suggérant que l'expérience pouvait être sensibilisatrice.

«Se remettre au travail»

Selon lui, il faudra «se remettre au travail» afin d'expliquer aux extrémistes «de tous bords» que le monde ne peut pas continuer comme ça.

Et si les gouvernements ont mis en place des moyens de lutter contre le terrorisme, il est grand temps qu'ils fassent la même chose pour lutter contre les suprémacistes.

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Selon Boufeldja Benabdallah, il faut "se remettre au travail" afin d'expliquer aux extrémistes "de tous bords" que le monde ne peut pas continuer comme ça.

Et si les gouvernements ont mis en place des moyens de lutter contre le terrorisme, il est grand temps qu'ils fassent la même chose pour lutter contre les suprémacistes.

Il a également déploré le rôle que jouent les réseaux sociaux dans la propagation d'information haineuse. "Il y a des outils qui sont utilisés par ces gens et qui ne font qu'animer l'animosité", a lancé M. Benabdallah.

Il invite d'ailleurs ces gens à venir rencontrer les musulmans afin de voir par eux-mêmes qu'ils sont des gens comme tout le monde.

"Je m'adresse à ces minorités qui n'aiment pas les autres: venez vous asseoir avec nous, vous allez voir qu'on est des individus comme vous, qui n'aspirons qu'à une chose, c'est de vivre en paix, avec vous et avec nos voisins."

L'ancien président du Centre culturel islamique de Québec, Mohamed Labidi, a de son côté regretté que l'humanité n'ait pas appris sa leçon après l'attaque survenue à Québec.

Il a également mentionné que la communauté musulmane de la Vieille Capitale voudra sans aucun doute faire quelque chose pour appuyer les victimes néo-zélandaises et leurs proches.

La Ville de Québec a de son côté réagi sur Twitter, se disant "sous le choc à la suite du drame survenu" dans les mosquées.

«Toutes nos pensées vont vers les victimes et leurs familles, et l'ensemble de la communauté de Christchurch et le peuple Néo-Zélandais», peut-on lire sur le compte Twitter de la ville.

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