BIEN-ÊTRE
14/03/2019 16:22 EDT | Actualisé 14/03/2019 16:22 EDT

Angela Price prône la vaccination «alternative»

Les pédiatres ne recommandent pas du tout ce calendrier de vaccination, qui rendrait les jeunes enfants vulnérables à plusieurs infections.

Les temps sont durs pour les vaccins. Après la croyance répandue (et complètement erronée) que le vaccin contre la rougeole, la rubéole et les oreillons (RRO) pourrait rendre un enfant autiste, il semble qu'une autre tendance se dessine: le calendrier de vaccination «alternatif».

La blogueuse Angela Price a fait la promotion de cette méthode de vaccination sur son compte Instagram. Dans une publication vidéo faite mardi, l'épouse du gardien de but du Canadien Carey Price partage sa vision de la vaccination en suggérant le livre The Vaccine Book à ses 124 000 abonnés.

À la fin d'une vidéo dans laquelle elle recommande des ouvrages portant sur les bébés, elle dit avoir «adoré» ce livre, écrit par Robert Sears, un pédiatre américain dont le permis d'exercice a été mis sous probation l'an dernier, après qu'il eut exempté un enfant de vaccin, selon Forbes.

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Angela Price précise que ses deux filles - dont la plus jeune a deux mois - sont vaccinées, mais selon certaines conditions.

«Mes filles reçoivent la plupart des vaccins, pas tous, et nous suivons un horaire alternatif», explique-t-elle dans sa vidéo.

«Alors aujourd'hui, Millie va recevoir seulement deux vaccins, parce que je fais seulement un vaccin vivant à la fois, poursuit-elle. Désolée, c'est un peu mélangeant... mais je ne suis pas ouverte au débat. Je ne veux pas voir aucun commentaire à ce propos, mais je me fais souvent demander mon avis là-dessus, alors je voulais vous le partager. Alors, je recommande de s'éduquer (à propos des vaccins).»

  • Jeudi, Angela Price a publié un billet sur son blogue pour préciser sa pensée, en réaction aux commentaires reçus après avoir publié cette vidéo. La blogueuse affirme avoir reçu des messages dans lesquels on lui souhaitait que ses enfants meurent.
  • «Je donne tous les vaccins (à mes enfants), j'utilise seulement un calendrier alternatif», écrit-elle.
  • «Lorsque j'ai dit que je ne donnais pas à mes enfants tous les vaccins, j'aurais dû préciser que je ne les faisais pas tous en ce moment, poursuit-elle. Mais je leur donne tous les vaccins recommandés. Par exemple, je reporte le vaccin sur l'hépatite B jusqu'à ce que mes enfants soient plus vieux. Mais oui, je leur donne le vaccin RRO à l'âge recommandé.»

Le Dr Robert Sears propose un calendrier de vaccination plus étendu, pour éviter de donner trop de doses à un bébé en une seule occasion. Mais plusieurs pédiatres et experts en santé publique déconseillent fortement aux parents de suivre cette alternative, puisque cela met à risque leur enfant.

N'essayez pas ceci à la maison...

Le Dr Michael Dickinson, un pédiatre qui pratique à Miramichi, au Nouveau-Brunswick, et qui a déjà dirigé la Société canadienne de pédiatrie, est catégorique. Dans une entrevue accordée au HuffPost Canada, il insiste pour dire que les parents doivent suivre le calendrier établi par les autorités de santé publiques canadiennes.

«Cela a été conçu pour offrir un maximum de protection aux enfants, pendant une période où ils sont le plus vulnérables, affirme-t-il. Alors si vous déviez de ce calendrier pour une raison ou pour une autre, vous introduisez presque toujours un risque de rendre votre enfant vulnérable à ces infections, au moment où ils sont le plus à risque de les contracter»

«Tenez-vous-en au calendrier initial», ajoute-t-il.

Le pédiatre se dit particulièrement inquiet de voir que des personnes influentes, comme Angela Price, font la promotion d'idées qui vont à l'encontre des avis du corps médical.

En 2009, la revue Pediatrics a publié un article dans lequel les auteurs, dont le directeur du centre de vaccination de l'Hôpital pour enfants de Philadelphie, dénoncent que le livre du Dr Seras (publié en 2008), fait de la désinformation envers les parents.

Mercredi, l'administratrice en chef de la santé publique du Canada, Theresa Tam, faisait part de sa vive inquiétude face à la réapparition au Canada de la rougeole, notamment, une maladie grave et contagieuse qui peut être évitée par la vaccination. Elle déplorait la désinformation sur la vaccination ciblant les parents sur les médias sociaux.

Une croyance tenace

Cela fait maintenant plus de 20 ans qu'une étude (erronée) publiée dans la prestigieuse revue The Lancet établissait un lien entre le vaccin RRO et l'autisme. Cette étude a beau avoir été maintes fois contredite, depuis, elle continue d'être citée pour justifier de ne pas faire vacciner ses enfants. L'étude ne portait que sur 12 enfants, et de nombreuses autres faites après n'ont jamais confirmé ce lien de cause à effet.

Mais pire encore: un journaliste a découvert que l'auteur de l'étude, Andrew Wakefield, avait été payé par un cabinet d'avocats pour monter une preuve scientifique contre le vaccin RRO, dans le cadre d'une poursuite de plusieurs millions de dollars contre une compagnie pharmaceutique. Le médecin a perdu son droit de pratique, et The Lancet a dû retirer l'article en question.