POLITIQUE
13/03/2019 00:56 EDT | Actualisé 13/03/2019 07:24 EDT

Anjou: le maire Luis Miranda aurait orchestré l’intimidation d’une opposante

Michelle Zammit, ex-conseillère ayant quitté le parti de Miranda, aurait été victime d’insultes publiques à répétition à la demande du maire.

Luis Miranda, maire de l'arrondissement Anjou, à Montréal. Photo d'archives.
THE CANADIAN PRESS IMAGES/Mario Beauregard
Luis Miranda, maire de l'arrondissement Anjou, à Montréal. Photo d'archives.

Le maire de l'arrondissement d'Anjou, Luis Miranda, aurait orchestré une série d'attaques verbales publiques contre une conseillère municipale ayant quitté son équipe, selon des témoignages reçus par le HuffPost Québec. Celle-ci aurait même été victime d'intimidation pendant la dernière campagne électorale.

M. Miranda est dans la tourmente depuis quelques mois, notamment pour une affaire d'agression sexuelle alléguée par une ancienne bénévole. Le maire d'arrondissement a d'ailleurs déposé une poursuite en diffamation de 75 000$ contre la femme en question.

Les témoignages recueillis par le HuffPost Québec montreraient un aspect sombre du style politique de M. Miranda, qui est maire d'Anjou depuis 1997, soit avant que l'ancienne ville ne devienne un arrondissement de Montréal.

À plusieurs reprises, son parti a remporté l'entièreté des sièges du conseil. Or, en 2015, la conseillère Michelle Zammit a quitté Équipe Anjou en plein milieu de son mandat pour rejoindre le parti de l'ex-maire Denis Coderre. M. Miranda s'est donc retrouvé avec une opposante au conseil d'arrondissement pour la première fois depuis 2009.

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L'atmosphère s'est rapidement corsée à Anjou. Selon le quotidien Métro, la voiture de Mme Zammit a été vandalisée quelques mois plus tard. Les pneus de Luis Miranda auraient aussi été crevés à la même époque.

Selon plusieurs sources consultées par le HuffPost, la situation aurait aussi évolué pendant les séances du conseil d'arrondissement. M. Miranda aurait demandé à des bénévoles de son parti de se présenter à répétition aux séances du conseil d'arrondissement. Le but: critiquer et insulter Mme Zammit en public.

«Ça n'arrêtait pas, c'était vraiment de l'acharnement», affirme une source, qui dit avoir assisté à la plupart des séances du conseil d'arrondissement en 2017, année électorale.

Anjou est le seul arrondissement de Montréal qui ne diffuse pas les séances publiques du conseil. Deux personnes affirment toutefois que plusieurs des individus ayant critiqué Mme Zammit à répétition étaient de l'entourage de M. Miranda.

Capture d'écran / ville.montreal.qc.ca
Michelle Zammit (gauche) a d'abord été élue sous la bannière d'Équipe Anjou avec le maire Luis Miranda. Elle a ensuite rejoint Équipe Denis Coderre avant de perdre son siège en 2017.

Une des personnes qui se seraient prêtées au jeu de M. Miranda est Kristine Marsolais. Mme Marsolais s'est ensuite présentée contre Michelle Zammit aux élections de 2017 et lui a ravi son poste.

Une personne ayant oeuvré comme bénévole pour M. Miranda à cette époque a confirmé au HuffPost Québec que le maire d'Anjou lui a demandé personnellement d'aller insulter Mme Zammit en conseil d'arrondissement en 2017, dans le cadre de ce stratagème.

M. Miranda a refusé notre demande d'entrevue. Mme Marsolais n'a pas retourné nos appels.

Le HuffPost a tenté d'obtenir la version de Mme Zammit, mais celle-ci ne souhaite pas commenter publiquement les événements.

«Régime de terreur»

L'ensemble des intervenants contactés par le HuffPost ont demandé l'anonymat, par peur de représailles. Plusieurs estiment que M. Miranda se maintient au pouvoir en intimidant ceux et celles qui voudraient le dénoncer.

Il fait peur au monde. Écoute, c'est un régime de terreur à Anjou, je ne vous le cacherai pas.Témoin ayant demandé l'anonymat

M. Miranda contrôle un budget d'environ 27 M$ pour son arrondissement, ce qui semble bien peu en comparaison avec les 5,7 G$ dépensés annuellement par l'ensemble de la Ville de Montréal. Mais les arrondissements contrôlent les opérations qui affectent le plus directement les citoyens, comme le déneigement, les chantiers des rues locales et le financement des organismes communautaires.

En janvier dernier, lors d'une séance publique du conseil d'arrondissement à laquelle assistait le HuffPost, une citoyenne s'est plainte qu'un chantier près d'une école n'avait pas été correctement sécurisé. Son enfant s'y serait blessé. Elle accuse l'arrondissement de faire traîner le traitement de sa plainte parce que son mari s'est présenté contre M. Miranda aux dernières élections.

L'arrondissement allègue que la blessure n'a pas eu lieu près du chantier.

Lors de la même séance, M. Miranda a expulsé la personne qui l'accuse d'agression sexuelle, Sandra Boursiquot, alors que celle-ci manifestait silencieusement.

Intimidée pendant les élections

Selon nos sources ainsi que divers reportages diffusés en 2017, Mme Zammit a aussi été victime d'une tentative d'intimidation pendant la dernière campagne électorale.

Lors du vote anticipé, Mme Zammit et des bénévoles d'Équipe Denis Coderre se sont présentés au bureau de scrutin, à l'école Wilfrid-Pelletier. Un homme costaud, inconnu de Mme Zammit, se serait mis à l'intimider.

Capture d'écran - Facebook
Une photo d'un homme qui aurait tenté d'intimider la conseillère municipale Michelle Zammit pendant les élections municipales de 2017, à Montréal, a circulé sur les réseaux sociaux.

«Je sais qu'il s'est adressé à elle, mais je n'étais pas assez proche pour entendre ce qui s'est dit. Par contre, oui il était intimidant face à elle, face aux gens qui accompagnaient Mme Zammit», affirme une résidente qui a vu l'échange.

Le même individu serait ensuite allé dire à un des bénévoles de Mme Zammit qu'il avait «affaire à lui». Une brève altercation physique aurait mené à une plainte à la police. Des photos de l'événement ont aussi été partagées sur les réseaux sociaux.

Le Service de police de la Ville de Montréal a refusé de confirmer l'existence d'une enquête dans cette affaire. Un reportage de TVA Nouvelles diffusé à l'époque indique toutefois que la police a été appelée à intervenir à l'école Wilfrid-Pelletier.

Selon nos sources, l'individu en question a été aperçu quittant les lieux dans la même voiture qu'Andrée Hénault, candidate du maire Miranda. Les deux auraient aussi partagé un véhicule le jour du vote, le 5 novembre.

Mme Hénault n'a pas retourné les appels du HuffPost.

Pressions sur des organismes communautaires

En décembre, le HuffPost Québec a révélé que des groupes communautaires se plaignent de pressions indues de la part de Luis Miranda, lorsqu'ils ne partagent pas les opinions du maire. Il aurait notamment réclamé la tête de Daniel Duranleau, directeur général de Concertation Anjou, parce que l'organisme s'est prononcé contre le développement commercial ou industriel sur le golf d'Anjou.

HuffPost Quebec
Le Golf métropolitain d'Anjou

Depuis, d'autres groupes et individus ont décrit le même phénomène.

Lors d'une assemblée générale de ses membres, le 21 février, le conseil d'administration de Concertation Anjou a confirmé que l'arrondissement a envoyé une lettre aux bailleurs de fonds de l'organisme annonçant le retrait de l'arrondissement du partenariat de financement. La lettre mentionnerait spécifiquement le poste de M. Duranleau.

Ce dernier a été licencié le 22 février. Plusieurs membres présents à l'assemblée ont accusé le maire d'ingérence dans cette affaire. Le conseil d'administration de Concertation Anjou a toutefois refusé de répondre aux questions à ce sujet.

Un autre ancien directeur de Concertation Anjou, René Obregon-Ida, affirme avoir été congédié parce qu'il s'est présenté contre M. Miranda aux élections municipales de 2013.

En entrevue au HuffPost, M. Obregon-Ida affirme, lettre à l'appui, qu'il a demandé et obtenu un congé sans solde pour la période électorale. Mais, à son retour au bureau, il a reçu une nouvelle lettre affirmant qu'il était congédié. La seule raison invoquée dans le document est «bris de confiance».

Un ancien bénévole de Concertation Anjou rencontré par le HuffPost Québec affirme que l'organisme avait tenté, sans succès, de congédier M. Obregon-Ida deux années plus tôt. La raison, encore une fois, était les divergences politiques entre M. Miranda et lui.

Si tu parles contre Miranda, fais attention à toi.Un ancien bénévole de Concertation Anjou

Lors de l'assemblée générale du 21 février, de nombreux membres de Concertation Anjou ont souligné la relation difficile avec l'arrondissement. Plusieurs ont affirmé qu'il ne fallait pas agir comme «opposition officielle».

La section Saint-Conrad des Chevaliers de Colomb affirme également avoir des difficultés avec l'arrondissement d'Anjou. Le Grand Chevalier de la section, Mario Robert, dit être tombé des bonnes grâces de M. Miranda après avoir invité le maire de Montréal, Denis Coderre, à un événement organisé par les Chevaliers en 2016.

«Ils nous ont retiré la vente de hot-dogs pendant les fêtes de quartier. Ça nous rapportait 2000$ ou 3000$ par année», déplore-t-il.

Les documents publics montrent effectivement que l'arrondissement a cessé de renouveler l'entente permettant aux Chevaliers de Colomb d'organiser cet événement à partir de 2016. Cette entente représentait environ 10% du budget de l'organisme.

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