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09/03/2019 10:45 EST | Actualisé 11/03/2019 07:41 EDT

Les principaux corps policiers du Québec traversent une tourmente

Le DG de la SQ été suspendu dans l'attente des résultats d'une enquête portant sur des allégations criminelles pesant contre lui.

PC/Jacques Boissinot

MONTRÉAL — Trois des principaux corps policiers du Québec ont connu bien des déboires au cours des deux dernières années. Les agents ont travaillé dans un climat de suspicion, de scandale. Les ennuis se sont récemment poursuivis, atteignant même les plus hauts niveaux.

Des rivalités internes ont divisé la police de Montréal. Des policiers provinciaux ont fait l'objet d'allégations voulant qu'ils aient maltraité des femmes autochtones à Val-d'Or, en Abitibi, mais le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) n'a porté aucune accusation dans ce dossier. Et l'unité anticorruption, connue sous le nom d'UPAC, souffre d'un moral bas, de difficultés de recrutement et d'une série de fuites embarrassantes et dommageables dans la presse.

Et cette semaine, c'est au tour du directeur général de la Sûreté du Québec, Martin Prud'homme, de traverser la tourmente. Il a été suspendu dans l'attente des résultats d'une enquête portant sur des allégations criminelles pesant contre lui.

Selon la criminologue Maria Mourani - une ancienne députée du Bloc québécois -, il est difficile de dire si les Québécois ont commencé à perdre confiance envers leurs forces policières.

"Chaque organisation a ses problèmes", a-t-elle dit au cours d'une récente entrevue.

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Mais le fait que la population soit consciente des nombreux problèmes est un signe que la démocratie fonctionne, ajoute Mme Mourani. "S'il y avait une crise policière majeure, je ne suis pas sûre que nous en aurions même connaissance, car elle serait endémique. Un code de silence serait maintenu."

M. Prud'homme a été nommé chef de la SQ en 2014 avant d'être d'envoyer en décembre 2017 à la rescousse du Service de police de la Ville de Montréal à titre d'administrateur provisoire. Sa mission était de redresser la situation au SPVM à la suite de la suspension imposée au directeur Philippe Pichet à qui était notamment reproché d'avoir fait preuve de laxisme sur les problèmes de l'Unité des enquêtes internes.

Vendredi, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a déclaré aux journalistes que si M. Prud'homme était blanchi des allégations portées contre lui, il pourra reprendre ses fonctions. Toutefois, elle n'a donné aucune précision sur ce qui lui était reproché.

Pour François Doré, un ancien de la SQ qui collaborait aussi avec l'Interpol, les attentes de la population envers les forces policières sont plus élevées aujourd'hui qu'à l'époque où il a commencé à travailler à la fin des années 1970.

Il n'y a pas un manque de confiance, a-t-il soutenu. Ce qui me rassure, c'est que les gens posent plus de questions. Ils veulent savoir ce qui se passe.François Doré

S'ils posent beaucoup plus de questions que par le passé, les réponses, elles se font toujours aussi rares. L'atmosphère de suspicion actuelle remonte en grande partie aux fuites dans les médias de documents liés à une enquête de l'UPAC sur l'ancien premier ministre Jean Charest et l'ex-trésorier du Parti libéral du Québec, Marc Bibeau.

M. Doré s'interroge si les auteurs de la fuite documents divulgués voulaient faire avancer l'enquête ou, au contraire, cherchaient à protéger MM. Charest et Bibeau. En 2017, l'ancien grand patron de l'UPAC, Robert Lafrenière, s'était engagé à mettre la main au collet du "bandit" responsable de la fuite.

En octobre 2017, le député de Chomedey, Guy Ouellette, a été arrêté par l'UPAC qui le soupçonnait d'avoir participé à la divulgation des renseignements au sujet de cette enquête. M. Ouellette, lui-même un ancien policier de la SQ, a nié ces accusations et n'a jamais été inculpé.

Un an plus tard, le jour même des élections provinciales au Québec qui ont mené à un changement de gouvernement, M. Lafrenière démissionnait sans qu'il ne donne aucune explication.

En dépit de la tourmente qui afflige les trois principales forces policières de la province, le travail sur le terrain se poursuit, a rappelé Mme Mourani. "Je ne dirais pas qu'il y a une crise. On peut dire que la police est professionnelle."