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08/03/2019 15:34 EST | Actualisé 08/03/2019 15:41 EST

Procès de Michel Cadotte: pas un meurtre par compassion, croient les fils de la victime

«J'aurais bien pu passer par-dessus tout ça si tu avais commis ces gestes par compassion, pour ma mère, pour la libérer, mais je sais très bien que tu ne l'as fait que pour toi (...).»

Ryan Remiorz
Michel Cadotte a été reconnu coupable d'homicide involontaire.

MONTRÉAL — La décision de Michel Cadotte de mettre fin à la vie de son épouse malade était un acte d'égoïsme plutôt que de compassion, estiment les fils de la victime, qui ont témoigné vendredi à l'audience de détermination de la peine.

Un jury a déclaré Michel Cadotte, âgé de 57 ans, coupable d'homicide involontaire, le 23 février, dans le décès par suffocation de son épouse, Jocelyne Lizotte, âgée de 60 ans. Celle-ci résidait alors dans un établissement de soins de longue durée.

Plusieurs personnes présentes dans la salle d'audience, y compris le juge, ont pleuré lorsque les membres de la famille ont décrit l'impact de la maladie et du décès de Mme Lizotte sur ses proches.

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Le fils de Jocelyne Lizotte, Danick Desautels, a confié avoir perdu sa mère trois fois: une fois lorsque son père est décédé et qu'elle est devenue plus distante, une fois lorsqu'elle a reçu un diagnostic de la maladie d'Alzheimer, et enfin une troisième fois lorsque Michel Cadotte a mis un terme à sa vie.

«Malgré tout ce que tu as pu faire de bon pour ma mère avant, pour moi tu resteras celui qui l'a empêchée d'avoir une mort douce, paisible et naturelle, donc son meurtrier», a-t-il déclaré, lisant la lettre qu'il a écrite à Michel Cadotte.

Les avocats de la défense ont affirmé que leur client était dans un état d'esprit perturbé et avait agi de manière impulsive le 20 février 2017, cherchant à mettre fin aux souffrances de son épouse, avec qui il était depuis 19 ans.

Le crime avait été présenté dans les médias comme un meurtre par compassion — une infraction qui n'existe pas dans le Code criminel. Le procès, qui s'est amorcé le 14 janvier, a permis d'apprendre que Michel Cadotte avait demandé l'aide médicale à mourir pour Jocelyne Lizotte un an avant son assassinat.

Mais M. Desautels a déclaré au tribunal qu'il pensait que Michel Cadotte avait agi dans son propre intérêt, pour mettre fin à ses propres souffrances plutôt qu'à celles de Mme Lizotte.

«J'aurais bien pu passer par-dessus tout ça si tu avais commis ces gestes par compassion, pour ma mère, pour la libérer, mais je sais très bien que tu ne l'as fait que pour toi, pour te libérer toi, a-t-il déclaré. Dans ta tête, ma mère était à toi, était ta possession.»

L'autre fils de Jocelyne Lizotte, David Desautels, a déclaré qu'il avait dû faire deux deuils: celui de sa mère et celui de Michel Cadotte, qu'il a décrit comme ayant été «le seul père que j'ai eu pour le passage à ma vie adulte».

David Desautels a déclaré que Michel Cadotte lui avait appris à cuisiner, qu'il était assis à ses côtés lorsqu'il s'est réveillé après une opération et qu'il avait rendu sa mère heureuse. Il a ajouté que ces souvenirs agréables étaient désormais «entachés par l'image indélébile que j'ai de lui tenant un oreiller sur ma mère claustrophobe pour l'étouffer», a-t-il témoigné.

Il a convenu avec son frère que Michel Cadotte avait agi pour mettre fin à «sa souffrance de sa conviction que ma mère souffrait».

Plusieurs membres de la famille ont décrit leurs sentiments d'impuissance et de culpabilité lorsqu'ils ont vu l'état de santé de Mme Lizotte se détériorer à un point tel qu'elle ne pouvait plus s'occuper d'elle-même ni reconnaître ses proches.

Témoignant pour la défense, la sœur de Mme Lizotte a décrit son angoisse de voir sa sœur claustrophobe obligée d'être constamment attachée à un lit ou à une chaise et a admis qu'elle avait elle-même espéré la mort de sa sœur.

«J'espérais que le bon Dieu viendrait la chercher, a affirmé Johanne Lizotte. J'espérais qu'elle ne vivrait pas comme ça pendant longtemps.»

Johanne Lizotte a souligné que, même si elle n'accepte pas l'acte de Michel Cadotte, elle le comprend. «Je comprends que cela s'est passé dans un moment de désespoir», a-t-elle déclaré.

Il n'y a pas de peine minimale pour l'homicide involontaire, sauf dans les cas où une arme à feu a été utilisée.

La juge Helene Di Salvo de la Cour supérieure du Québec, qui a essuyé les larmes à la fin du témoignage de membres de la famille convoqués par la Couronne, a reconnu que le processus était émouvant.

Elle a prévenu la famille que sa décision ne ferait probablement pas l'unanimité, mais elle a promis de tenir compte de l'impact du crime sur elle pour déterminer une peine.

L'audience se poursuivait vendredi après-midi.

Morgan Lowrie, La Presse canadienne