POLITIQUE
07/03/2019 08:26 EST | Actualisé 07/03/2019 12:22 EST

SNC-Lavalin: Jody Wilson-Raybould a fait preuve de fermeture, affirme Justin Trudeau

Il souligne aussi que la confiance entre son bureau et celui de Wilson-Raybould s'était érodée.

OTTAWA — Justin Trudeau dit constater aujourd'hui que son ancienne ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould a fait preuve de fermeture dans sa gestion du dossier SNC-Lavalin. En revanche, il a pris le blâme pour l'"érosion de confiance" qui a corrodé le lien entre elle et son bureau.

"Tout au long de l'automne, nous pensions qu'elle était ouverte à écouter d'autres points de vue et à continuer à réfléchir sur cette décision, parce qu'effectivement, c'était dans la loi que cette décision pouvait continuer de se prendre à n'importe quel moment", a-t-il exposé jeudi.

"Ce qu'on voit maintenant, c'est qu'elle n'était pas ouverte à changer d'avis", a-t-il ensuite laissé tomber, tout en maintenant que jamais lui ou son entourage n'avaient pour autant exercé des "pressions inappropriées" sur la ministre démissionnaire.

Il a toutefois affirmé qu'il serait "inapproprié pour (lui) de partager (son) opinion" sur l'attitude ou le travail de Mme Wilson-Raybould dans ce dossier, puisque celui-ci se trouve actuellement devant les tribunaux.

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La semaine dernière, celle qui est au coeur de cette tempête a révélé en comité qu'elle avait pris sa décision finale le 16 septembre, soit quelques jours après que la directrice des poursuites pénales a décidé de ne pas donner suite à un accord de réparation, le 4 septembre.

La sous-ministre de la Justice et procureure générale, Nathalie Drouin, a déclaré jeudi que sa patronne de l'époque l'avait prévenue le 19 septembre qu'elle ne voulait plus en discuter, et qu'ensuite, à la fin octobre, elle avait bloqué la transmission d'un projet d'avis juridique.

"Semaines difficiles"

Le premier ministre prenait la parole un mois jour pour jour après que l'affaire SNC-Lavalin a éclaté avec la parution d'un article du Globe and Mail. Il n'est pas allé jusqu'à présenter des excuses, mais il a convenu que certaines erreurs avaient été commises.

Les dernières semaines ont été difficiles. (...) Évidemment, je réfléchis aux leçons que nous en tirons.Justin Trudeau

Parmi les réflexions qui s'imposent figure celle de réfléchir au double rôle de ministre de la Justice et de procureure générale au sein du gouvernement.

Des "avis d'experts externes" seront sollicités sur cette question ainsi que sur "les politiques et pratiques opérationnelles du conseil des ministres, de la fonction publique et du personnel politique sur des questions juridiques, et de façon plus générale", a-t-il annoncé.

Confiance érodée

Le chef libéral a par ailleurs reconnu qu'il aurait dû savoir qu'une rupture de confiance était survenue l'automne dernier entre son bureau - en particulier son ancien secrétaire principal Gerald Butts - et l'ancienne ministre.

"Je n'étais pas au courant de cette érosion de confiance (...) J'aurais dû l'être", a-t-il lâché.

Il a également reconnu, dans cette déclaration qui a duré environ une dizaine de minutes, qu'il aurait aussi dû être au courant que sa ministre vivait des insatisfactions - et qu'il aurait aimé en être informé.

"L'un des éléments centraux de mon leadership est de cultiver un environnement dans lequel mes ministres, le caucus et les employés sont à l'aise de venir me voir quand ils ont des préoccupations. En fait, je m'attends à ce qu'ils le fassent", a-t-il exposé.

"Dans le cas de Mme Wilson-Raybould, elle n'est pas venue me voir. Et j'aurais aimé qu'elle le fasse", a laissé tomber le premier ministre.

Il a par ailleurs aussi confirmé qu'il avait soulevé le dossier de l'entreprise montréalaise lors d'une rencontre avec l'ex-ministre le 17 septembre dernier, et qu'à cette même occasion, il avait effectivement mentionné qu'il était un député québécois.

Mais "ce commentaire n'était pas de nature partisane, a-t-il assuré au lutrin de l'amphithéâtre national de la presse, plaidant que "c'est notre travail, comme parlementaires, de défendre les intérêts des communautés que nous avons été élus pour représenter".

Avenir au caucus

Le premier ministre s'adressait aux Canadiens alors que son gouvernement est plongé dans la tourmente depuis un mois.

L'affaire SNC-Lavalin a provoqué la démission de trois joueurs de premier plan de l'équipe Trudeau: la ministre Jody Wilson-Raybould (le 12 février), son ancien secrétaire principal Gerald Butts (18 février) et la ministre Jane Philpott (4 mars) ont tous jeté l'éponge.

Les deux ministres sont cependant toujours membres du caucus libéral. Et elles y conserveront leur chaise tant et aussi longtemps qu'elles souhaiteront, selon ce qu'a laissé entendre jeudi le premier ministre.

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"Mme Wilson-Raybould et la docteure Philpott ont toutes deux indiqué qu'elles désiraient continuer d'être membres du caucus libéral, ce qui veut dire qu'elles croient encore fondamentalement dans notre agenda", a-t-il offert.

Différentes perceptions

Avec ses propos de jeudi, Justin Trudeau est venu corroborer des éléments mis de l'avant la veille par son bras droit Gerald Butts devant le comité parlementaire de la justice et des droits de la personne.

Il a lui aussi évoqué que la perception des événements n'avait pas été la même.

"Nous, on considérait que Mme Wilson-Raybould était toujours ouverte à considérer de nouveaux facteurs dans cette décision, et elle (...) considérait qu'à chaque fois qu'on lui en parlait, c'était inapproprié", a-t-il soutenu.

"Mais pour moi et pour mon équipe, continuer à parler d'un enjeu si important, ça fait partie de notre job", a argué Justin Trudeau lorsqu'on lui a demandé si cette saga était, au fond, un malentendu entre son bureau et celui de la ministre.

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