POLITIQUE
06/03/2019 10:28 EST | Actualisé 06/03/2019 19:14 EST

SNC-Lavalin: Butts indique que Wilson-Raybould s'est plainte de pressions indues après sa rétrogradation

Il offre une version «très différente» des événements décrits par Jody Wilson-Raybould dans l'affaire SNC-Lavalin.

Gerald Butts a indiqué que la décision de rétrograder Jody Wilson-Raybould n'avait aucun lien avec l'affaire SNC-Lavalin.
Justin Tang/La Presse canadienne
Gerald Butts a indiqué que la décision de rétrograder Jody Wilson-Raybould n'avait aucun lien avec l'affaire SNC-Lavalin.

OTTAWA — Personne au bureau du premier ministre n'a exercé de pressions inappropriées auprès de Jody Wilson-Raybould - et jamais cette dernière ne s'était plainte d'en subir avant le remaniement ministériel qui lui a coûté son poste, a témoigné mercredi Gerald Butts.

L'ancien secrétaire principal du premier ministre est arrivé devant le comité permanent de la justice et des droits de la personne avec une "différente perspective" de la séquence des événements dans l'affaire SNC-Lavalin et il a tenté de détricoter le récit de la ministre démissionnaire.

L'ex-bras droit de Justin Trudeau s'est présenté muni d'une chronologie détaillée, qu'il a appuyée de transcriptions de textos et de comptes rendus de rencontres ou de conversations téléphoniques pour offrir sa version des événements.

Tout au long de sa comparution, qui a duré plus de deux heures, il a assuré que son ancienne équipe et lui avaient "en tout temps" respecté l'autorité de la procureure générale, et que tout au long des démarches, ils n'avaient qu'une chose en tête: les 9000 emplois en jeu.

Jamais des pressions "inappropriés" n'ont-elles été exercées à l'automne dernier, a tranché Gerald Butts, concédant que sa version des événements était donc "très différente" de celle de Mme Wilson-Raybould.

SUR LE MÊME SUJET:La déclaration écrite de Gerald Butts

Celle-ci a déclaré mercredi dernier, devant le même comité, qu'elle avait été soumise à des pressions incessantes et indues, ainsi qu'à des "menaces voilées" entre septembre et décembre 2018, afin qu'elle évite à SNC-Lavalin un procès criminel.

"Cela fait deux réunions et deux appels téléphoniques par mois pour la ministre et son bureau sur une question qui pourrait coûter les emplois d'au moins 9000 Canadiens", a cherché à relativisé Gerald Butts d'un ton calme et posé.

Et si, pendant ces quatre mois, la ministre avait senti "qu'une ligne avait été franchie, elle aurait dû le dire"; elle "avait à tout le moins l'obligation d'en informer le premier ministre" à titre de procureure générale, a dit l'ancien secrétaire principal.

"Si c'était reprochable comme il a été allégué, pourquoi avons-nous cette conversation maintenant, et non pas en septembre, en octobre ou en novembre", a argué Gerald Butts, qui était accompagné de sa femme pour sa comparution.

«Rien à voir»

L'ancienne ministre n'avait donc pas soulevé d'objections ou d'inconfort antérieurement au petit remaniement ministériel auquel a procédé le premier ministre le 14 janvier dernier, afin de combler le poste laissé vacant par le départ de Scott Brison.

Et ce rebrassage "n'avait absolument rien à voir" avec SNC-Lavalin, a insisté le conseiller de la première heure de Justin Trudeau. En fait, le 7 janvier, le premier ministre avait d'abord offert à Jody Wilson-Raybould les rênes du ministère des Services aux Autochtones.

"Il y a eu une longue pause au téléphone", la ministre s'est dite "un peu choquée", car elle occupait à ce moment son "emploi de rêve", puis a fait "quelque chose que je n'avais jamais vu quelqu'un faire auparavant" - refuser un portefeuille du cabinet, a relaté le témoin.

EN VIDÉO: le témoignage complet de Gerald Butts via APTN News

Le premier ministre ne pouvait alors faire davantage que lui proposer le ministère des Anciens Combattants. Mais dès lors, "j'ai su que la confiance s'était brisée entre notre bureau et la ministre", a raconté Gerald Butts.

"Cette rupture a teinté les événements non reliés de l'automne 2018 de façon négative pour bon nombre des personnes concernées", a-t-il regretté.

Avis externe

Avant que la ministre ne soit rétrogradée, puis qu'elle claque la porte du cabinet un mois plus tard, Gerald Butts et d'autres conseillers au bureau du premier ministre avaient tenté de persuader Mme Wilson-Raybould de solliciter un avis juridique indépendant sur la question.

"J'ai dit que nous devions fournir une justification (...) et je ne voyais pas en quoi le fait qu'une personne comme Beverley McLachlin (juge à la retraite de la Cour suprême) donne des conseils à la ministre constituerait une ingérence politique", a-t-il argué.

De toute manière, il lui avait été clairement expliqué qu'elle était libre d'ignorer leurs conseils et que, si elle acceptait de demander un avis externe, elle était également libre de l'ignorer, a insisté le témoin à la table du comité.

Décision rapide

L'ancienne éminence grise du bureau de Justin Trudeau s'est dit surpris d'avoir entendu "pour la première fois" la semaine passée, en écoutant Jody Wilson-Raybould témoigner en comité, qu'elle avait arrêté le 16 septembre sa décision quant au sort de SNC-Lavalin.

"Selon cette version des faits, elle a pris la décision finale après avoir évalué toutes les questions d'intérêt public en seulement 12 jours", a-t-il dit, rappelant que la directrice des poursuites pénales a décidé de ne pas donner suite à un accord de réparation le 4 septembre.

Pendant la ronde des questions, des députés de l'opposition ont tenté de faire dire à Gerald Butts qu'avec un témoignage aussi diamétralement opposé, il accusait essentiellement l'ex-ministre d'avoir menti en comité.

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Le stratège politique de longue date n'a pas mordu. "Ce n'est pas ce que j'ai dit. J'ai une version des faits très différente", a-t-il répliqué. Il a mentionné que deux personnes pouvaient avoir une "perspective différente" d'un même événement.

Wilson-Raybould prête à revenir

Les libéraux ont bloqué mercredi une motion visant à convoquer à nouveau celle qui est au coeur de cette affaire, au grand dam de l'opposition. Par voie de communiqué, Jody Wilson-Raybould a soutenu qu'elle était prête pour une nouvelle visite.

Elle a cependant rappelé qu'à son avis, le décret émis par le gouvernement n'avait pas toute la portée nécessaire pour qu'elle dise toute sa vérité. "Si cela changeait, n'hésitez pas à entrer en contact avec moi", a-t-elle déclaré.

"Je rappelle, comme je l'ai déjà dit, que ma déclaration au comité n'était pas un compte rendu complet des événements, mais seulement un résumé détaillé", a-t-elle ajouté dans cette déclaration écrite.

Bloomberg via Getty Images
En plus de son discours d'ouverture de 30 minutes, Gerald Butts a fourni une très longue déclaration écrite pour expliquer sa version de l'affaire SNC-Lavalin.

"La deuxième s'est produite vers la fin du mois d'octobre. (...) Le bureau du Conseil privé a demandé un avis à mon ministère sur les conséquences possibles pour SNC-Lavalin d'une condamnation au criminel", a indiqué la sous-ministre.

"Mon ministère avait élaboré un projet d'avis juridique. Cet avis n'a pas été fourni au bureau du Conseil privé, à la demande du bureau de la ministre", a poursuivi Nathalie Drouin.

Wernick persiste et signe

Le greffier a passé les premières minutes de sa déclaration préliminaire à défendre sa neutralité. Il s'est dit "profondément déçu" que des gens qui ne le connaissent pas le taxent de partisanerie, notamment sur les réseaux sociaux.

"Je maintiens totalement mon témoignage du 21 février", a-t-il tranché.

L'approche que l'on a préconisée dans ce dossier a été celle de la "non-ingérence/non-indifférence" _ et "plusieurs fois", on a assuré l'ex-ministre que la décision finale était la sienne dans le dossier de SNC-Lavalin, a-t-il soutenu.

Il a par ailleurs nié avoir proféré des "menaces voilées" à l'endroit de Jody Wilson-Raybould, contrairement à ce que celle-ci a affirmé devant le comité mercredi dernier, dans un témoignage qui a eu l'effet d'une bombe sur la colline.

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