POLITIQUE
04/03/2019 15:15 EST | Actualisé 05/03/2019 07:15 EST

Autre démission libérale: la présidente du Conseil du trésor, Jane Philpott, quitte son poste

Elle quitte le cabinet Trudeau, mais conserve son poste de députée.

La présidente du Conseil du trésor, Jane Philpott, a annoncé lundi sa démission comme ministre, disant avoir perdu confiance envers le gouvernement libéral à la suite de l'affaire SNC-Lavalin.

Après avoir "examiné les événements qui ont secoué le gouvernement fédéral au cours des dernières semaines", elle dit avoir conclu "après mûre réflexion" qu'elle doit démissionner de son poste de membre du cabinet.

Selon elle, les membres doivent être en mesure de défendre toutes les décisions du cabinet.

Or, elle dit avoir perdu confiance "dans la manière dont le gouvernement a traité cette question et dans sa réponse aux problèmes soulevés".

La démission de Mme Philpott survient moins d'un mois après celle de l'ancienne procureure générale Jody Wilson-Raybould au coeur d'allégations selon lesquelles le bureau du premier ministre a exercé des pressions répétées sur Mme Wilson-Raybould pour qu'elle évite un procès pour corruption à la société montréalaise d'ingénierie SNC-Lavalin.

Mme Philpott est une bonne amie de Mme Wilson-Raybould, qui a livré un témoignage explosif la semaine dernière devant un comité parlementaire, accusant des responsables de pressions incessantes, et même de menaces voilées à son endroit.

Pendant près de quatre heures, en s'appuyant sur une chronologie détaillée de rencontres, échanges de textos ou discussions téléphoniques, Mme Wilson-Raybould a fait état d'une campagne de pressions "inappropriées" s'étant échelonnée sur quatre mois entre septembre et décembre 2018.

"Malheureusement, les éléments de preuve des efforts déployés par des politiciens et/ou des responsables pour faire pression sur l'ancienne procureure générale afin qu'elle intervienne dans l'affaire au criminel impliquant SNC-Lavalin (...) m'ont vivement préoccupée. Ces préoccupations ont été renforcées par les opinions exprimées par mes électeurs et par d'autres Canadiens", écrit Mme Philpott dans la lettre envoyée au premier ministre Justin Trudeau.

"Les principes solennels en jeu sont l'indépendance et l'intégrité de notre système de justice", a-t-elle ajouté.

Le chef de l'opposition Andrew Scheer a soutenu sur Twitter que le gouvernement Trudeau est en "plein chaos".

"Il n'a pas laissé l'ancienne procureure générale parler librement et nous ne connaissons pas toute l'histoire. La version de Trudeau change tous les jours et il n'est pas honnête avec les Canadiens. Il doit coopérer avec la GRC et démissionner", a écrit M. Scheer, réitérant son appel au départ du chef libéral et premier ministre.

Tandis que le premier ministre répétait jeudi dernier qu'il était "tout à fait en désaccord" avec la version de son ex-ministre, M. Scheer demandait à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) d'enquêter.

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Le bureau du premier ministre a affirmé que M. Trudeau s'était entretenu avec Mme Philpott, qui l'avait informé lundi qu'elle démissionnait du conseil des ministres.

Dans une brève déclaration par courriel, il est indiqué que le premier ministre "a accepté sa démission et a remercié Mme Philpott de ses années de service et de son dévouement".

La ministre Carla Qualtrough prend immédiatement les fonctions de présidente du Conseil du trésor.

Selon le bureau du premier ministre, M. Trudeau "en dira plus à ce sujet lors d'un événement à Toronto (lundi) soir".

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, a réclamé une enquête publique indépendante, sans appeler pour sa part à la démission de M. Trudeau.

"Il est clair que les Canadiens et Canadiennes ont plus que jamais besoin d'une enquête publique. La démission de Jane Philpott est non seulement une preuve supplémentaire de l'ingérence du bureau du premier ministre, mais cela souligne aussi la nécessité de renoncer au secret professionnel de l'avocat pour entendre ce qui s'est passé entre le premier ministre, son bureau, Jody Wilson-Raybould et le cabinet après qu'elle fut renvoyée", a dit M. Singh par communiqué.

"De plus, le premier ministre et tous ceux qui ont été mentionnés dans le témoignage de Jody Wilson-Raybould doivent témoigner sous serment", a-t-il ajouté.

Une figure de premier plan

Tout comme Mme Wilson-Raybould, Mme Philpott a exprimé sa volonté de demeurer députée libérale - dans la circonscription de Markham-Stouffville, en Ontario.

Mme Philpott a été déplacée au Conseil du trésor à la mi-janvier dans le même remaniement ayant vu Mme Wilson-Raybould perdre le portefeuille de la justice pour passer au ministère des Anciens Combattants.

Mme Philpott était largement perçue comme l'une des ministres les plus compétentes du gouvernement Trudeau. En tant que ministre de la Santé, elle a conclu des accords de financement de la santé avec des gouvernements provinciaux, les uns après les autres, après que le gouvernement fédéral eut été incapable de parvenir à un accord pancanadien. À titre de ministre des Services aux Autochtones, elle a supervisé la réduction importante du nombre d'avis à long terme sur la qualité de l'eau potable dans les réserves des Premières Nations.

Le Conseil du trésor est un ministère moins visible qui se préoccupe des détails des opérations du gouvernement, mais il est également propice à des scandales s'il ne s'acquitte pas de sa responsabilité en matière de supervision des dépenses fédérales. Le premier ministre Justin Trudeau a nommé Mme Philpott au Conseil du trésor à la mi-janvier, après le départ de Scott Brison et son retrait de la vie politique.

À Victoria, le ministre de la Sécurité frontalière, Bill Blair, s'est dit "très attristé" par la démission de Mme Philpott.

Jane Philpott a fait un travail remarquable dans tous ses portefeuilles et a exceptionnellement bien servi les Canadiens.Bill Blair

Il n'est toutefois pas certain qu'elle y demeurera. M. Trudeau ajoutera sans doute l'ex-présidente du Conseil du trésor à ses réflexions, lui qui se demande déjà si Mme Wilson-Raybould devrait rester au caucus et se présenter comme candidate libérale aux élections fédérales de cet automne.

M. Blair a refusé de spéculer lorsqu'on lui a demandé s'il pensait que d'autres ministres pourraient encore démissionner. Mais il a réitéré son propre soutien à M. Trudeau et au gouvernement qu'il dirige.

"J'ai une grande confiance dans l'équipe et dans la direction du premier ministre", a-t-il argué.

La députée libérale d'arrière-ban Celina Caesar-Chavannes, qui a annoncé samedi qu'elle ne se représenterait pas, a exprimé son soutien à Mme Philpott sur Twitter, comme elle l'a fait à maintes reprises pour Mme Wilson-Raybould depuis l'éclatement de la controverse sur SNC-Lavalin il y a un mois.

"Lorsque vous ajoutez des femmes, ne vous attendez pas au statu quo. Attendez-vous à ce que nous prenions les bonnes décisions, à ce que nous défendions ce qui est juste et à ce que nous quittions lorsque les valeurs sont compromises. Merci ?janephilpott pour avoir si bien expliqué cela", a écrit Mme Caesar-Chavannes.

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