POLITIQUE
01/03/2019 10:15 EST | Actualisé 01/03/2019 14:29 EST

Marie-Claude Bibeau devient ministre de l'Agriculture et de l'agroalimentaire

Elle était à la barre du Développement international depuis l'arrivée au pouvoir de Justin Trudeau.

OTTAWA — Trois ministres déjà en place, dont la Québécoise Marie-Claude Bibeau, ont échangé des portefeuilles, vendredi, dans un jeu de chaises musicales provoqué par la démission de Jody Wilson-Raybould.

La ministre Bibeau, qui était à la barre du Développement international depuis l'arrivée au pouvoir des libéraux en 2015, devient la première femme à se retrouver à la barre du ministère de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire.

Elle devra vendre auprès des agriculteurs des traités commerciaux conclus ces derniers mois, dont l'Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), qui ont ouvert brèche après brèche dans le système de gestion de l'offre.

La députée de Compton-Stanstead, en Estrie, a concédé en point de presse à Rideau Hall qu'elle était un peu "déchirée" de céder ses dossiers et de quitter son équipe "tissée serrée".

Mais elle a souligné qu'elle était "très enthousiaste" de prendre les rênes de son nouveau ministère. "Vous savez que mon comté est un comté rural, particulièrement laitier, alors il y a déjà une certaine portion des dossiers que je maîtrise assez bien", a-t-elle fait valoir au micro.

La ministre Bibeau remplace à ce poste Lawrence MacAulay, qui prend les commandes du ministère des Anciens Combattants.

C'est en quelque sorte un retour aux sources pour le vieux routier de la politique, puisqu'il a été secrétaire d'État aux Anciens Combattants sous le gouvernement de Jean Chrétien. Il occupera également le rôle de ministre associé de la Défense nationale.

Quant à l'autre ministre affectée par ce remaniement, Maryam Monsef, elle reprend du galon.

Celle qui avait été rétrogradée après l'abandon de la réforme électorale, un dossier qu'elle portait comme ministre, conserve son poste à la Condition féminine (rebaptisé ministère des Femmes et de l'Égalité des genres) et elle hérite, en plus, du portfolio du Développement international.

Le regroupement de ces deux ministères sous la responsabilité d'une même personne est en phase avec la philosophie du gouvernement libéral en matière de développement international, qui est grandement axée sur la promotion des droits des filles et des femmes à l'international.

C'est la seconde fois en l'espace de moins de deux mois que Justin Trudeau - qui, contrairement à son habitude, n'a pas répondu aux questions après la cérémonie à Rideau Hall - procède à un rebrassage de cartes. Celui de vendredi a été provoqué par la démission de Jody Wilson-Raybould du cabinet, le 12 février dernier.

Cette dernière avait été rétrogradée du ministère de la Justice à celui des Anciens Combattants lors du remaniement ministériel du 14 janvier dernier.

En comité, cette semaine, Mme Wilson-Raybould a établi un lien entre son congédiement de ce poste et son refus d'intervenir pour aider SNC-Lavalin à éviter un procès, ce que le premier Trudeau a nié, assurant que si l'ancien président du Conseil du trésor, Scott Brison, n'avait pas démissionné, il n'y aurait pas eu de remaniement, et Mme Wilson-Raybould n'aurait pas bougé.

Si la députée de la Colombie-Britannique ne siège plus au cabinet, elle est toujours membre du caucus libéral jusqu'à nouvel ordre.

À ce sujet, les ministres Bibeau, MacAulay et Monsef ont tous dit qu'ils se rallieraient au verdict du premier ministre, qui se disait toujours en réflexion, jeudi.

Un léger malaise s'est installé lorsqu'ils ont été invités à préciser s'ils étaient personnellement à l'aise avec la présence de celle qui a plongé le gouvernement Trudeau encore davantage dans la tourmente avec ses révélations explosives en comité - surtout qu'elle n'a pas réitéré sa confiance envers le premier ministre, cette semaine.

La ministre Monsef était au lutrin lorsqu'une journaliste a posé cette question en invitant tous à y répondre, et elle a esquivé. Ses deux collègues ont refusé de fournir une réponse.

"Prochaine question?", a lancé Marie-Claude Bibeau en arrivant au micro.

À la défense de SNC-Lavalin

La ministre québécoise a été plus loquace lorsqu'est venu le temps de se prononcer sur le régime d'accord de poursuite suspendue, que la firme SNC-Lavalin cherche à obtenir devant les tribunaux.

Le gouvernement a inclus dans son projet de loi omnibus sur le budget en 2018 cet amendement au Code criminel qui prévoit la suspension des poursuites pénales contre des organisations à qui une infraction à caractère économique est imputée.

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En échange, celles-ci acceptent de payer une pénalité financière salée et de coopérer avec les autorités.

"Je crois que oui, c'est une bonne loi. On a choisi de l'adopter", a soutenu Mme Bibeau.

"Ce n'est pas une partie gratuite, là. C'est une justice réparatrice, donc c'est vraiment une façon de punir autrement les individus qui sont responsables, l'entreprise, mais tout en protégeant les parties innocentes", a-t-elle souligné.

Seraient ainsi affectés des employés et des retraités de la firme québécoise, ainsi que des sous-traitants.

"Quand on inclut les sous-traitants dans l'équation, on parle de jusqu'à 100 000 personnes à travers le Canada qui pourraient être touchées", a insisté la ministre.

La firme québécoise est accusée de fraude et de corruption en lien avec des versements de pots-de-vin en Libye, sous le régime de Mouammar Kadhafi, entre 2001 et 2011.

Un verdict de culpabilité pour de telles infractions lui vaudrait une interdiction de soumissionner sur des contrats gouvernementaux au Canada pendant 10 ans.

Le ministre François-Philippe Champagne a lui aussi fait l'apologie de ces accords de réparation un peu plus tôt cette semaine.

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