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28/02/2019 15:56 EST | Actualisé 28/02/2019 15:56 EST

Quand le sociofinancement devient votre dernier recours

Pour se loger ou se soigner, les plateformes de sociofinancement se transforment souvent en planches de salut.

Le sociofinancement est en vogue, et les projets à financer ne manquent pas sur les plateformes comme GoFundMe, Indiegogo, Kickstarter, Haricot ou La Ruche...

Si l'entrepreneuriat est bien présent sur ces outils, force est de constater que les plateformes servent également de dernier recours à bien des personnes aux prises avec différentes problématiques. Ainsi, Nathalie, Evelyne et Martine demandent à leur tour l'aide du public. L'une cherche à se loger. La seconde doit se soigner. Et la dernière veut s'attaquer au phénomène du suicide.

Regard sur trois témoignages parmi tant d'autres qui illustrent comment le recours au sociofinancement peut parfois s'avérer crucial.

Aider une femme malade à vivre adéquatement

Capture d'écran gofundme.com

Nathalie Ébert, 50 ans, de la Rive-Sud de Montréal, vit actuellement dans une situation précaire, voire inquiétante. «Je vis dans mon auto avec mes deux petits chiens», lance-t-elle avant d'éclater en sanglots.

C'est la maladie qui est derrière cette descente aux enfers. En 2013, Nathalie Ébert doit combattre un cancer de l'utérus. En 2015, son estomac est foudroyé par un deuxième cancer. Aujourd'hui, elle n'a plus de trace de cancer dans son corps. En fait, depuis le 13 février dernier, elle a débuté ses cinq longues années avant de pouvoir dire qu'elle est en rémission.

Ce n'est pas facile de supplier les gens pour survivre, surtout que je suis une femme positive qui gagnait bien sa vie avant la maladie.Nathalie Ébert

«Je devrais être heureuse, mais non», livre-t-elle, toujours en pleurs.

«Je souffre encore physiquement et davantage intérieurement, car ce n'est pas facile de supplier les gens pour survivre, surtout que je suis une femme positive qui gagnait bien sa vie avant la maladie.»

Ancienne grande chef du prestigieux terrain de golf Le Mirage, ancienne chanteuse professionnelle et ancienne animatrice de radio, Nathalie Ébert s'est retrouvée à la rue après avoir été obligée de quitter ses emplois en raison des nombreuses opérations et de la difficile chimiothérapie. Elle ne reçoit donc qu'un maigre 700$ par mois de la Régie de l'assurance maladie du Québec.

«Un 3 ½ c'est 700$ à Montréal et c'est une chiotte à ce prix. Je suis faible, fatiguée et découragée», ajoute-t-elle.

Pour pallier ce manque monétaire, elle n'a eu d'autres choix que de vendre des objets d'une grande valeur sentimentale, des vêtements et ses instruments de musique, elle qui arrondissait ses fins de mois en montant sur scène.

«Les gens pensent parce que j' ai été fiancée au frère de Céline Dion ou parce que je formais un duo avec Ghislaine Dion que je suis riche. La campagne GoFundMe démontre plutôt le contraire, mais je sais que des jours meilleurs pointent à l'horizon.»

Pour l'instant, Nathalie Ébert s'est fixé un objectif de 1000$ sur sa page GoFundMe.

Elle admet, du bout des lèvres et visiblement mal à l'aise de devoir quêter pour se loger, qu'elle aurait besoin de quelques milliers de dollars.

SVP, aidez notre maman à guérir

Capture d'écran gofundme.com

Résidente de Chambly, Evelyne Le Blond, aussi lance un cri du coeur. Elle doit aller se faire soigner à l'extérieur du pays. Ce sont ses enfants, un garçon de 10 ans et une fille de 12 ans, qui ont lancé une page de financement sur le web.

«Mon garçon m'a dit: "Maman, je ne veux pas de cadeau à ma fête, garde tes sous pour guérir." Et ma fille souhaite confectionner des affiches pour les installer partout dans la ville pour dire que nous avons besoin d'aide. Ce sont mes amours (un long silence). Si je n'avais pas d'enfants, ça fait longtemps que je ne serais plus de ce monde», raconte avec la gorge nouée par les émotions cette mère monoparentale.

Un moment de désespoir qui contraste avec une brillante carrière à titre de professionnelle de la santé avant que la maladie ne frappe en 2009, pour l'anéantir en 2014.

«Je suis souvent alitée la semaine entière quand les enfants sont chez leur père, simplement m'asseoir est trop exigeant», explique-t-elle en reprenant son souffle.

L'entrevue d'une trentaine de minutes l'a complètement vidée.

«Je suis très étourdie, j'ai une vision floue et de grosses faiblesse musculaires. Je vais devoir m'étendre comme à chaque effort mental ou physique.»

Si je n'avais pas d'enfants, ça fait longtemps que je ne serais plus de ce monde.Evelyne Le Blond

C'est la maladie de Lyme qui est derrière son cauchemar. Piquée par une tique contagieuse lors d'un voyage à Cuba en 2009, sa vie a basculé. Dès 2010, les médecins préfèrent diagnostiquer de la sclérose en plaques, mais les résultats sont négatifs. On change donc le diagnostic pour de la fibromyalgie.

Notre battante n'abandonne pas. Avec une grande dose de courage, une forte médication et de relaxantes séances de méditation, elle reprend le travail en gestion des ressources humaines dans un centre hospitalier, en plus de son rôle d'aidante naturelle pour sa mère mourante, sa vocation des 21 dernières années.

Malgré toute sa volonté, la maladie est plus forte et poursuit ses ravages. En 2014, un nouveau diagnostic plutôt noir: encéphalomyélite myalgique. Des douleurs musculaires et des troubles neurologiques s'invitent même s'ils ne sont pas les bienvenus. La liste est longue: difficulté de concentration, perte de la mémoire, confusion, désorientation, étourdissements, vertiges, tremblements, nausées, vomissements, hypersensibilité au bruit et à la lumière, difficultés respiratoires et palpitations cardiaques.

«Mon état de santé se détériore rapidement, malheureusement». En 2018, l'apnée du sommeil, les crises d'eczéma, l'arthrite et la basse pression se sont ajoutés. «Je ne suis plus fonctionnelle. Moi qui était sportive, impliquée dans ma communauté et toujours souriante.»

Les États-Unis ou l'Allemagne

La femme de 44 ans, toute frêle et pesant à peine plus de 100 livres, assure que les dons amassés par l'intermédiaire de la plateforme GoFundMe, qui au moment d'écrire ces lignes atteignaient quelque 3400$, serviront à payer pour sa guérison.

Son médecin souligne qu'il est urgent qu'elle soit traitée avec un protocole adapté et complet... offert aux États-Unis ou en Allemagne.

«En ce qui concerne les traitements, soit je vais me faire suivre aux États-Unis par le Dr Maureen Mcshane à Plattsburgh où les traitements durent de un à trois ans au coût d'environ 30 000$ par année, soit je vais en Allemagne à la Klinik St-Georg pour un traitement de trois semaines au coût de 40 000$, cela sans compter les billets d'avion».

Elle rêve d'une troisième solution, plus proche, plus facile et plus économique.

«Les choses doivent changer au gouvernement. Le système médical doit prendre en charge les gens souffrant de la maladie de Lyme au même titre que les autres maladies reconnues pour qu'ils puissent se faire traiter en conservant leur énergie pour guérir et non se battre pour avoir le droit d'étre guéris.»

Si seulement 6000 personnes à travers le monde donnaient 5$ chacune, tous mes traitements seraient payés.Evelyne Le Blond

Pour l'instant, elle reçoit de nombreux "J'aime" sur sa page Facebook, mais elle demande à ses amis de transformer ces appuis en un véritable don.

«Si seulement 6000 personnes à travers le monde donnaient 5$ chacune, tous mes traitements seraient payés, je retrouverais la santé et moi et mes enfants pourrions avoir une vie normale. Alors n'hésitez pas à offrir le montant qui vous convient et à inviter vos proches, familles, collègues, amis et réseaux sociaux à faire partie de ce 6000 personnes et avoir la chance de contribuer à changer trois vies, la mienne et celle de mes enfants. Je sais que tous ensemble nous pouvons y arriver!», peut-on lire sur sa page de campagne de financement.

Un documentaire pour jaser autrement du suicide

Capture d'écran gofundme.com

Endeuillée depuis le 6 septembre 2017, jour du suicide de son fils, Patrick, 20 ans, Martine Brault lance une campagne GoFundMe pour la réalisation d'un documentaire sur la prévention du suicide et sur la maladie mentale. Objectif 10 000$. Au moment d'écrire ces lignes, elle avait récolté 105$.

«Je suis persuadée que mon fils souffrait d'une dépression. Le gouvernement doit agir et vite surtout que les chiffres ne s'améliorent pas ou très peu depuis les 40 dernières années.»

Chaque jour au Québec, trois personnes se suicident. Plus de 1000 par année. C'est la troisième cause de mortalité chez les 18 à 64 ans.

Mme Brault est persuadée que le gouvernement peut améliorer ce portrait sombre, citant en exemple le nombre de décès sur les routes qui est passé de 604 à 357 en 10 ans, notamment grâce aux campagnes publicitaires de la Société d'assurance automobile du Québec (SAAQ).

«En 2017, la SAAQ a investi plus de 6 millions $ en sensibilisation et en promotion de la sécurité routière alors que l'Association québécoise de prévention du suicide a reçu 35 000 $ du gouvernement pour organiser la Semaine de la prévention du suicide. Inacceptable!», déclare avec rage celle qui est vétérinaire.

«Le documentaire pourra aider des jeunes en détresse et conseiller des parents sur les signes indiquant que le cerveau de l'enfant est malade.»

Le documentaire, réalisé par le cinéaste Stéphan Parent, pourrait également servir d'outils de travail pour ceux qui interviennent auprès des gens aux prises avec des idées noires afin de les empêcher de poser ce geste irréparable.

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