POLITIQUE
27/02/2019 07:51 EST | Actualisé 27/02/2019 16:08 EST

Jody Wilson-Raybould affirme ne pas pouvoir parler librement du dossier de SNC-Lavalin

Elle fait valoir que le décret adopté par Justin Trudeau n'est pas suffisant pour donner toute l'information.

OTTAWA — Jody Wilson-Raybould signale qu'elle ne pourra pas parler librement de tout le dossier de SNC-Lavalin lorsqu'elle livrera enfin «sa vérité», devant le comité permanent de la justice et des droits de la personne, mercredi.

Dans une lettre transmise au comité mardi, l'ancienne ministre de la Justice fait valoir que le décret adopté par le premier ministre, dans lequel il renonce au secret avocat-client et au secret ministériel, n'est pas suffisant pour donner toute l'information, puisqu'il concerne exclusivement son mandat comme procureure générale.

Il ne lui permet donc pas de s'exprimer sur ses communications lorsqu'elle était ministre des Anciens Combattants et sur les informations relatives à sa démission, a-t-elle écrit.

Une source libérale s'est étonnée de cette sortie, en signifiant que «le décret permet de répondre à la question de base, qui est au coeur de l'enjeu, alors que Mme Wilson-Raybould était procureure générale».

Cette même source a par ailleurs dit «douter des intentions réelles» de l'ex-ministre.

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L'ancienne ministre a accepté de témoigner devant le comité pour se prononcer sur les allégations d'un reportage du «Globe and Mail» paru au début du mois, selon lequel elle aurait subi des pressions inappropriées pour aider SNC-Lavalin lorsqu'elle était ministre de la Justice et procureure générale.

L'audience en comité s'amorcera à 15h15 avec une déclaration d'ouverture trois fois plus longue qu'à l'habitude. Mme Wilson-Raybould aura 30 minutes pour sa déclaration d'ouverture.

Décret sur le secret

Le gouvernement a publié lundi un décret levant le secret sur les conversations de Mme Wilson-Raybould au sujet de SNC-Lavalin - sauf celles qu'elle a eues avec la direction des poursuites pénales, pour «préserver l'intégrité de toute procédure civile ou pénale».

Le député conservateur Gérard Deltell n'a pas voulu dire si ce geste pouvait laisser croire que le premier ministre et sa garde rapprochée étaient confiants de n'avoir rien à se reprocher et qu'ils n'ont pas peur d'entendre la version des faits de Mme Wilson-Raybould.

On va laisser les choses aller. On va voir le témoignage demain. Par contre, nous, ce qu'on se demande encore, c'est de savoir si ce sujet a été abordé au cabinet. (...) Les Canadiens veulent des réponses.Gérard Deltell

Le député du Bloc québécois Rhéal Fortin se demande quant à lui pourquoi il a fallu attendre aussi longtemps avant que le premier ministre obtienne les réponses sur les conséquences d'un renoncement du secret professionnel.

«Mon Dieu, a-t-il négocié pendant trois semaines avec elle? (...) N'importe quel avocat va vous faire ça dans un après-midi, pis plus souvent qu'autrement en-dedans d'une demi-heure», a-t-il lancé en mêlée de presse.

Un témoignage avant la relâche

On sent que certains libéraux ont surtout hâte de tourner la page sur cette histoire qui tourmente le gouvernement depuis le 7 février dernier.

La ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, était de ceux-là: «C'est juste important qu'elle parle et que tout ce mystère se dissipe - c'est important pour nous de continuer notre travail», a-t-elle argué.

Et le fait que le témoignage survienne peu avant que les élus tombent en relâche parlementaire pour deux semaines représente une bonne chose», a-t-elle laissé tomber en mêlée de presse, peu avant que Jody Wilson-Raybould n'accepte officiellement d'aller en comité.

Le député néo-démocrate Nathan Cullen pense l'inverse.

«On va finalement l'entendre sans le bâillon du secret avocat-client, mais elle témoigne après la période des questions, et ce sera la dernière période de questions du premier ministre (Justin Trudeau répond à toutes les questions les mercredis) avant trois semaines», a-t-il regretté.