POLITIQUE
26/02/2019 13:57 EST | Actualisé 27/02/2019 07:29 EST

Jody Wilson-Raybould témoignera mercredi, Justin Trudeau a hâte d'entendre sa version

Le témoignage de l'ancienne ministre de la Justice est fort attendu.

OTTAWA — Les cotes d'écoute du comité permanent de la justice et des droits de la personne risquent de bondir, mercredi après-midi. Celle qui est au coeur de la tempête SNC-Lavalin, Jody Wilson-Raybould, a accepté de s'y présenter pour "dire sa vérité".

Elle a confirmé sa présence mardi après-midi, moins de 24 heures après que le premier ministre Justin Trudeau eut renoncé par décret au secret avocat-client et au secret ministériel afin de permettre à l'ex-ministre de la Justice de raconter sa version des faits.

L'audience en comité s'amorcera avec une déclaration d'ouverture trois fois plus longue qu'à l'habitude. "Elle a demandé 30 minutes, donc le comité a décidé de lui accorder le 30 minutes", a expliqué mercredi Anthony Housefather, président du comité.

"Je crois que les Canadiens veulent entendre ce que Mme Wilson-Raybould a à dire, et je suis content que notre comité ait la chance de l'écouter demain", a-t-il ajouté en mêlée de presse dans le foyer de la Chambre après la période des questions.

Les anciens collègues de cabinet de l'ex-ministre et procureure générale semblaient partager le même sentiment, bien qu'ils ont pour la plupart été fort prudents dans les réponses qu'ils offraient aux journalistes en sortant de leur rencontre hebdomadaire.

"J'ai bien hâte que Mme Wilson-Raybould comparaisse au comité, et puis on va attendre le bon travail qu'ils vont faire. (...) Elle a dit qu'elle voulait avoir la chance de dire sa version, ses faits, et je pense que c'est un bon forum", a soutenu la ministre Ginette Petitpas Taylor.

"Si j'ai hâte? Qu'elle vienne dire ce qu'elle a à dire, je pense que c'est important. On a créé des conditions pour qu'elle vienne s'exprimer librement", a pour sa part exprimé le ministre Pablo Rodriguez.

On sent malgré tout que certains libéraux ont surtout hâte de tourner la page sur cette histoire qui tourmente le gouvernement depuis que le Globe and Mail a écrit, le 7 février dernier, que Jody Wilson-Raybould avait subi des pressions inappropriées pour aider SNC-Lavalin.

«Mystère»

La ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, était de ceux-là: "C'est juste important qu'elle parle et que tout ce mystère se dissipe - c'est important pour nous de continuer notre travail", a-t-elle argué.

Et le fait que le témoignage survienne peu avant que les élus tombent en relâche parlementaire pour deux semaines représente "une bonne chose", a-t-elle laissé tomber en mêlée de presse, peu avant que Jody Wilson-Raybould n'accepte officiellement d'aller en comité.

La principale intéressée, elle, a encore une fois passé la période des questions assise dans la première rangée à écouter l'opposition mitrailler les libéraux de questions à son sujet - parfois en pianotant sur son téléphone, parfois en prenant des notes dans un calepin.

Dans une lettre qu'elle a envoyée lundi au comité parlementaire, l'élue britanno-colombienne, qui est toujours membre du caucus libéral, déclarait qu'elle était "impatiente" de comparaître, mais qu'elle attendait une clarification complète de ce qu'elle pouvait dire et ne pas dire.

La clarification semble obtenue depuis que le gouvernement a émis le décret levant le secret sur ses conversations au sujet de SNC-Lavalin - sauf celles qu'elle a eues avec la direction des poursuites pénales, pour "préserver l'intégrité de toute procédure civile ou pénale".

Le premier ministre Trudeau a déclaré mardi matin qu'il était impatient d'entendre le témoignage de son ancienne ministre de la Justice, estimant qu'il est "important que les gens aient l'occasion de témoigner ou de partager leur point de vue avec le comité".

Trudeau «heureux»

À son arrivée à la réunion hebdomadaire du cabinet, il a spécifié que "renoncer au privilège et au secret du cabinet est une chose que nous devons prendre très au sérieux", mais qu'il était "heureux que Mme Wilson-Raybould puisse partager son point de vue".

Près de trois semaines se sont écoulées depuis les allégations anonymes selon lesquelles le bureau du premier ministre aurait fait pression sur la procureure générale pour qu'elle négocie un accord de réparation avec SNC-Lavalin et éviter ainsi à la firme québécoise un procès criminel.

La directrice des poursuites pénales, Kathleen Roussel, a décidé en septembre dernier de ne pas autoriser la société à profiter ce mécanisme maintenant inscrit au Code criminel, mais à titre de procureure générale, Mme Wilson-Raybould aurait pu annuler cette décision.

Le ministre de la Justice, David Lametti, qui conseillait Justin Trudeau sur ces questions, a déclaré que son cabinet avait eu des contacts avec les avocats de Mme Wilson-Raybould, mais qu'il ne divulguerait aucun détail sur ces conversations.

EN VIDÉO: l'affaire SNC-Lavalin influence les intentions de vote

"Ce que nous étions en train de faire, c'est d'établir un processus juste et ouvert qui permette la transparence, tout en protégeant les principes mêmes que nous voulons protéger dans le système juridique, sans interférer avec les procédures en cours", a-t-il exposé mercredi.

Le fait de taire les conversations privées avec Me Roussel protège les informations susceptibles d'affecter la poursuite en cours contre SNC-Lavalin, qui aurait versé des pots-de-vin à des responsables libyens pour obtenir des contrats dans ce pays à l'époque de Mouammar Kadhafi.

En vertu de la "doctrine Shawcross", la procureure générale peut recevoir de ses collègues du cabinet des informations pour l'aider à prendre une décision concernant une poursuite, mais elle ne peut se faire dicter sa conduite, pas plus qu'elle ne peut demander à ses collègues quoi faire.

La question est donc de savoir si Justin Trudeau et d'autres membres de son bureau ont fait pression sur leur procureure générale de l'époque. Le premier ministre soutient qu'il a toujours été clair sur le fait que la décision définitive de poursuivre SNC-Lavalin lui appartenait.

À la mi-janvier, Jody Wilson-Raybould a perdu son portefeuille à la Justice pour passer aux Anciens Combattants, un changement considéré généralement comme une rétrogradation. Elle a démissionné du cabinet quelques jours après la publication de l'article du Globe and Mail.