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26/02/2019 16:27 EST | Actualisé 26/02/2019 18:43 EST

Les centres de tri peuvent recycler 100% du verre

Mais cela nécessite un investissement de 50 M$.

AP/Mead Gruver

MONTRÉAL — Les centres de tri du Québec ont la capacité de recycler 100 pour cent du verre qui se retrouve au bac de récupération, fait valoir un rapport dévoilé par Éco Entreprises Québec (ÉEQ), moyennant des investissements de 50 millions $ pour la modernisation de ces centres et pour développer des marchés pour cette matière.

Éco Entreprises Québec est un organisme à but non lucratif privé, représentant les entreprises qui mettent en marché des contenants, des emballages et des imprimés, notamment par la vente de produits alimentaires et la distribution de publicités.

Il estime que cet objectif pourrait être atteint d'ici trois à quatre ans.

Après des investissements de 12,2 millions $ et deux ans de projets pilotes dans cinq centres de tri, l'organisme a rendu public mardi le bilan de son plan "Verre l'innovation".

Selon ses conclusions, les 23 centres de tri québécois peuvent traiter tout le verre et atteindre un taux de pureté de plus de 97 pour cent, ce qui permet une utilisation diversifiée.

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Le verre pose des défis particuliers, note l'organisme.

Seules les bouteilles de bière qui sont consignées peuvent être réutilisées telles quelles.

Les autres contenants de verre, comme les bouteilles de vin, les pots de confitures et de sauce à spaghetti, ne peuvent être réutilisés que de façon marginale dans leur forme originale, est-il souligné.

Actuellement, le verre se retrouve le plus clair du temps au dépotoir comme matériau de recouvrement, entre différentes couches de déchets.

Pour éviter cette situation, ÉEQ propose de doter tous les centres de tri du Québec _ selon cinq modèles _ d'équipements de tri et de traitement du verre modernes, moyennant des coûts estimés à 23 millions $.

ÉEQ interpelle Québec pour financer ce plan, son Fonds vert pouvant notamment être mis à contribution.

Que faire avec tout ce verre?

Pour l'instant, les conditionneurs au Québec ne sont pas en mesure de traiter pareille quantité de verre, a indiqué en entrevue la présidente-directrice générale d'ÉEQ, Maryse Vermette. Il s'agirait de quelque 120 000 tonnes de verre annuellement, selon son estimation et celle de Recyc-Québec, dit-elle.

C'est pourquoi l'organisme recommande un investissement de 20 millions $, afin de permettre aux conditionneurs d'acquérir les équipements technologiques adaptés.

Il y a actuellement trois conditionneurs de verre au Québec: un à Trois-Rivières, qui se spécialise notamment dans les abrasifs et la poudre de verre, un en Montérégie qui transforme le verre en calcin pour la refonte et aussi pour la laine minérale, et un en Outaouais, qui produit de la poudre de verre pouvant servir à des ajouts cimentaires pour des trottoirs et des bancs de parc, entre autres.

D'autres débouchés ont aussi été identifiés dans les études de marché réalisées par ÉEQ: du matériel de remblai isolant pour les canalisations municipales, du matériel de recouvrement de sentier pédestre ainsi que pour des constructions d'infrastructures routières.

Il est même possible de "faire des bouteilles avec nos bouteilles", s'enthousiasme la PDG. Toutefois, il est noté dans le rapport que les tests réalisés ont démontré qu'une ligne de traitement spécifique est requise afin de produire un verre qui répond aux critères de qualité des fabricants de contenants et de bouteilles de verre.

Du verre contaminé, selon un organisme

Mais le verre qui passe par les bacs de recyclage et les centres de tri est contaminé par diverses matières, s'insurge Karel Ménard du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets (FCQGED). Et il ne peut alors servir à refondre des bouteilles.

Selon lui, les projets pilotes de ÉEQ n'ont pas généré de verre assez pur pour être utilisé à cette fin. "Le verre ainsi traité ne pourra être utilisé qu'à des fins d'abrasifs, de projets ornementaux ou de systèmes de filtration, notamment. Des marchés qui sont déjà presqu'à saturation", déplore-t-il.

Mardi, à l'Assemblée nationale, le ministre de l'Environnement, Benoît Charette, a parlé d'une "crise du verre". Mais pour y répondre, il faut une vision globale, dit-il en ajoutant que la consigne "ne doit pas être une solution en soi".

Le mandat qui m'a été clairement confié par le premier ministre est celui de regarder l'ensemble de la gestion des matières résiduelles.Benoît Charette

Il promet de bientôt faire connaître la position du gouvernement.

Il a fait ces commentaires alors qu'il était alors questionné par la députée Ruba Ghazal de Québec solidaire, qui dénonçait le rapport d'ÉEQ, qu'elle a décrit comme un lobby "qui représente les Coca-Cola et les Nestlé de ce monde".

Contacté mardi, Recyc-Québec n'a pas donné suite à notre demande d'entrevue.

Et la consigne?

Des mouvements se développent au Québec pour réclamer une consigne sur les bouteilles de vin.

Mais pareil système ne fait pas partie du plan d'ÉEQ.

Pourquoi? "On est favorable à la consigne si le réemploi est possible", souligne Mme Vermette. Or, c'est le cas des bouteilles de bière, qui peuvent être réutilisées plusieurs fois par les brasseurs, mais pas des bouteilles de vin. Elles sont en bonne partie importées, mais les pays producteurs ne les reprennent pas, souligne la PDG.

On privilégie une solution unique pour tout le verre, soutient-elle.

Le Conseil canadien du commerce de détail (CCCD) est d'accord avec cette vision, qu'il qualifie de "solution complète en matière de recyclage du verre".

Mais le FCQGED considère que le plan "Verre l'innovation" ne règle rien, tout en retardant une décision sur la consignation des bouteilles de la Société des alcools du Québec (SAQ).

Si les bouteilles de vin étaient consignées, elles ne seraient pas contaminées dans les centres de tri et pourraient être achetées

à bien meilleur prix par des recycleurs qui pourraient les refondre en contenants en verre. C'est là qu'il y a un réel marché, soutient M. Ménard.

Le FCQGED a par ailleurs annoncé la semaine dernière son retrait du comité de suivi des projets-pilotes du plan Verre l'innovation.

Au Québec, les entreprises qui mettent sur le marché des contenants, des emballages et des imprimés sont responsables de financer les services municipaux de collecte sélective. ÉEQ représente ces entreprises et perçoit les sommes nécessaires pour compenser les coûts de la collecte sélective, qu'il estime à 150 millions $ annuellement.