POLITIQUE
25/02/2019 16:45 EST | Actualisé 25/02/2019 17:55 EST

Mike Pence dit au Canada de réaffecter les actifs gelés au Venezuela

Il souhaite que cet argent finance le mouvement de Juan Guaido.

AP/Martin Mejia

OTTAWA — Selon un expert canadien en matière de sécurité, l'appel lancé lundi par le vice-président américain Mike Pence à ses alliés pour réaffecter les avoirs gelés du Venezuela aux forces anti-Maduro pourrait injecter des milliards dans les coffres du mouvement prodémocratique du pays.

M. Pence a fait cette recommandation au Canada et au Groupe de Lima lors d'un discours à un sommet en Colombie, où la ministre canadienne des Affaires étrangères Chrystia Freeland et ses alliés au groupe discutent de la crise au Venezuela.

Le vice-président américain a annoncé de nouvelles sanctions contre les partisans du dirigeant socialiste vénézuélien Nicolas Maduro, alors que les États-Unis, le Canada, ses alliés latino-américains du groupe de Lima et des dizaines d'autres pays cherchent à propulser au pouvoir le chef de l'opposition, Juan Guaido.

Le groupe de réflexion de Washington, l'Inter-American Dialogue et le Centre de la gouvernance internationale en innovation de Waterloo, en Ontario, ont proposé de réaffecter les millions de dollars d'actifs saisis des dirigeants corrompus vénézuéliens pour aider les pays qui doivent composer avec l'afflux de réfugiés et pour appuyer le nouveau gouvernement de Juan Guaido.

Selon Fen Hampson, directeur principal du Conseil mondial pour les réfugiés et dirigeant du programme de sécurité internationale du Centre de la gouvernance internationale en innovation, la suggestion de M. Pence est un premier pas vers cet objectif.

Aider les victimes du régime

"Il y a des millions, voire des milliards en actifs gelés de Maduro et de ses acolytes dans des banques américaines et ailleurs", a-t-il expliqué.

"Ces gains mal acquis devraient être consacrés pour aider les victimes de ses politiques, dont les trois millions de Vénézuéliens qui ont été forcés de fuir la persécution politique et les privations économiques."

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Les pays Groupe de Lima ont le pouvoir de le faire, en collaboration avec les États-Unis, a-t-il ajouté.

Ben Rowswell, un ancien ambassadeur du Canada au Venezuela, juge que cette proposition est "une recommandation politique prometteuse" qui aiderait la communauté internationale à récolter les 30 milliards $ nécessaires à la reconstruction de l'économie du pays.

"D'après ce que j'ai compris de la part du Conseil mondial pour les réfugiés, ce conseil dispose d'une vaste expertise juridique internationale et il est tout à fait réalisable de saisir les avoirs internationaux d'individus sanctionnés comme Maduro et ses amis", a déclaré M. Rowswell.

"Il s'agit d'un domaine révolutionnaire de la jurisprudence internationale... mais cela a tout son sens en tant que prescription politique."

Le rôle de l'armée

Il y a trois semaines, lorsque le Canada a accueilli la dernière réunion du Groupe de Lima, sa recommandation fondamentale était d'inciter les forces armées vénézuéliennes à changer d'allégeance et à soutenir le chef de l'opposition, M. Guaido, en tant que véritable dirigeant de leur pays.

Jusqu'à présent, cela ne s'est pas produit, mais M. Rowswell et d'autres analystes affirment qu'il y a encore des signes que cela pourrait éventuellement arriver.

La fin de semaine dernière, environ 170 soldats vénézuéliens ont fait défection après des affrontements aux frontières de la Colombie, où des partisans de la démocratie escortaient des camions chargés de vivres et de fournitures médicales, a déclaré Ivan Briscoe, directeur du programme pour l'Amérique latine à l'International Crisis Group.

C'est peut-être un petit nombre compte tenu de la taille combinée des forces de sécurité vénézuéliennes, qui est d'environ 200 000 personnes, mais ce n'est pas rien, a souligné M. Briscoe.

"La désertion à laquelle nous assistons en ce moment est une lente érosion et il n'est pas certain que cela se transformerait généralement en une action suffisante pour affaiblir réellement le régime", a-t-il toutefois nuancé.

"Cela dit, il ne fait aucun doute que le mécontentement est grand."