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24/02/2019 12:44 EST | Actualisé 24/02/2019 12:44 EST

Cuba vote sa Constitution socialiste

La réforme reconnaît le marché, la propriété privée et les investissements étrangers comme nécessaires pour relancer la croissance.

Les Cubains votaient dimanche sur leur nouvelle Constitution, qui réaffirme le socialisme comme doctrine "irrévocable" du pays face aux pressions de Washington contre La Havane et son plus proche allié, le Venezuela.

"Nous votons pour notre Constitution (...), nous votons aussi pour le Venezuela, nous défendons le Venezuela, car au Venezuela se joue la dignité du continent", a lancé aux journalistes le président Miguel Diaz-Canel, après avoir voté.

A 09H00, deux heures après le début du vote, la participation était de 30,64% selon les autorités. Les bureaux fermeront à 18H00 et les premiers résultats seront connus lundi après-midi.

Visant à adapter la Constitution de 1976 à l'ouverture économique de l'île, la réforme reconnaît le marché, la propriété privée et les investissements étrangers comme nécessaires pour relancer la croissance d'un pays miné par les pénuries.

Mais elle a surtout été brandie ces dernières semaines par le gouvernement comme étendard du socialisme et preuve de solidarité avec le Venezuela de Nicolas Maduro, qui lui apporte pétrole et soutien économique.

Cuba prochain sur la liste?

La nouvelle Constitution réaffirme le rôle unique du Parti communiste cubain (PCC) et insiste sur le caractère "irrévocable" du socialisme, en vigueur à Cuba depuis la révolution de 1959 et devenu l'ennemi juré de Donald Trump sur le continent américain.

Ce dernier a assuré que "les jours du communisme étaient comptés au Venezuela, mais aussi au Nicaragua et à Cuba", et promis que les Etats-Unis ne seraient "jamais un pays socialiste".

Alors que le président Maduro est soumis à une forte pression internationale, l'idée que Cuba est le prochain sur la liste se renforce chaque jour. Samedi, le sénateur de Floride Marco Rubio a répondu au président Diaz-Canel, qui tweetait son soutien à Caracas: "Bientôt ton tour".

Mais La Havane ne compte pas se laisser faire et se pose en défenseur de la gauche latinoaméricaine.

Nous savons que nous sommes en train de vivre un moment de menace impérialiste, avec l'intention d'imposer un retour au capitalisme et au système néo-libéral en Amérique latine.Miguel Diaz-Canel

Le gouvernement cubain a mené une intense campagne pour le oui (#YoVotoSi), omniprésente sur les réseaux sociaux, à la télévision et sur les bus et commerces de l'île.

Et l'agressivité de Donald Trump "a été une bonne propagande pour le oui", estime le politologue Carlos Alzugaray, qui prédit que beaucoup de Cubains "vont voter oui pour défendre l'indépendance face à la menace américaine".

C'est le cas de Julia Pérez, retraitée de 62 ans: "Avec les menaces des États-Unis, c'est toujours la même chose à Cuba, cela finit par unir encore plus les Cubains et voter oui, je pense que c'est la meilleure réponse".

«Avoir une autre option»

L'opposition plaide pour un grand "non": "Il est évident que ce non retentissant va au-delà du non à la Constitution, c'est un non au régime qui cherche à se maintenir au pouvoir", assure à l'AFP le dissident José Daniel Ferrer.

Le bulletin de vote offre le choix entre deux cases, oui ou non, à cette question: "Ratifiez-vous la nouvelle Constitution de la République?"

Deux options: une qui favorise le régime et l'autre qui représente l'unique opportunité du peuple, depuis des années, de lui dire non.José Daniel Ferrer

Manuel René Ramos, avocat cubano-américain de 66 ans réinstallé sur l'île depuis sept ans, a saisi cette opportunité.

"Ce que je n'aime pas c'est qu'en disant oui, on dit que ce pays ne pourra jamais être capitaliste, et c'est important pour les gens d'avoir une autre option, pour les gens qui veulent changer après 60 ans", confie-t-il.

Critiqué par l'Église catholique pour son "idéologie unique" socialiste, le texte est rejeté par une partie des Cubains sur internet, plus facilement accessible depuis le déploiement en décembre de la 3G.

Mais si le slogan #YoVotoNo circule largement sur les réseaux sociaux, il est absent des médias et censuré sur les SMS, comme a pu le vérifier l'AFP.

En 1976, la Constitution avait été validée à 97,7% par référendum. Cette année Carlos Alzugaray prévoit "70 à 80%": "La société a changé et ce changement va se refléter dans le vote".