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23/02/2019 11:16 EST | Actualisé 23/02/2019 11:24 EST

À quoi ressemblerait une Exposition universelle... en 2030?

L'élu Marvin Rotrand propose de réfléchir au post-nationalisme et à l'avenir de l'État-nation.

La Biosphère est installée dans l'ancien pavillon des États-Unis, érigé dans le cadre d'Expo 67.
Marc Bruxelle via Getty Images
La Biosphère est installée dans l'ancien pavillon des États-Unis, érigé dans le cadre d'Expo 67.

Un élu montréalais pousse pour que Montréal redevienne l'hôte d'une Exposition universelle, 63 ans après Expo 67. À quoi ressemblerait un tel événement en 2030? De la création de passerelles aériennes à la mise en valeur du post-nationalisme, des amateurs de l'Expo 67 partagent leurs idées.

Il y a bientôt 52 ans, Montréal et le Québec accueillaient le monde entier sur deux îles artificielles qui deviendront plus tard le parc Jean-Drapeau. Pas moins de 50 millions de visiteurs ont foulé le site dans un contexte social bouillonnant où la Révolution tranquille et la montée du nationalisme québécois côtoyaient le mouvement hippie et «l'été de l'amour».

L'événement a laissé d'importants legs à la métropole. En plus de l'énorme parc, on compte le métro, la Biosphère, Habitat 67, la Cité du Havre, l'autoroute Décarie, l'échangeur Turcot et d'autres infrastructures importantes. Si certaines sont célébrées, d'autres sont vues comme des cicatrices.

De son bureau surplombant l'autoroute Décarie, Marvin Rotrand pointe l'énorme tranchée de béton qui ampute une partie du quartiers Côte-des-Neiges.

Olivier Robichaud
Selon le conseiller Marvin Rotrand, l'autoroute Décarie est l'un des legs les plus négatifs d'Expo 67.

«Ici, vous avez un des impacts les plus durables d'Expo 67. Et j'avance que c'est l'un des impacts les plus négatifs. Ça a divisé un quartier qui, jusque-là, fonctionnait comme un tout. Ça l'a séparé en deux quartiers qui ont beaucoup moins de contacts entre eux», déplore-t-il.

Exit l'infrastructure, bonjour le post-nationalisme

M. Rotrand tente depuis 2016 de raviver l'intérêt des Montréalais pour une Expo qui ne ferait pas référence au baseball. Après un refus initial de l'ex-maire Denis Coderre, il demande à la nouvelle administration de Valérie Plante de créer un comité pour étudier une éventuelle candidature montréalaise pour 2030.

Mais il souhaite un changement majeur dans la nature et la présentation de l'Exposition universelle. Finies, les grandes infrastructures qui redéfinissent le paysage d'une ville.

M. Rotrand inviterait plutôt la planète à imaginer la fin de l'État-nation.

«On a besoin de faire quelque chose de différent si on veut faire compétition aux autres gros joueurs pour 2030. [...] Ma première pensée était "comment pouvons-nous dépasser l'idée du nationalisme?". Comment peut-on avoir une Exposition universelle qui parle de coopération internationale et de développement humain? L'État post-national», dit-il en entrevue au HuffPost Québec.

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Le premier ministre Justin Trudeau, champion du concept «d'État post-national», lors d'une rencontre avec l'ex-secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, en 2016.

Selon M. Rotrand, cela éliminerait le besoin de créer des infrastructures extravagantes. L'Expo 2030 pourrait même être tenue à plusieurs endroits.

L'élu voit le post-nationalisme, un terme rendu célèbre par le premier ministre Justin Trudeau, comme étant inévitable.

«Est-ce que l'État-nation sera à la base de l'organisation mondiale à l'avenir? [...] Ma thèse, c'est qu'ultimement, nous allons trouver que l'État-nation est trop contraignant. On a plus de choses en commun avec nos voisins qui partagent nos idées qu'avec ceux qui ont le même passeport», dit-il.

Des passerelles piétonnes partout

D'autres veulent revoir les grands moments d'ingénierie qui ont marqué la préparation d'Expo 67. Un groupe Facebook est même dédié à la promotion d'une candidature montréalaise pour 2030 et plusieurs idées de thèmes et de constructions y circulent.

L'administrateur du groupe, un programmeur nommé Éric Tourigny, propose par exemple une série de passerelles aériennes qui relieraient des points d'observation sur les toits de certains édifices.

Courtoisie - Éric Tourigny
Éric Tourigny, un amateur d'Expo 67, suggère la création d'un vaste réseau de passerelles entre des toits d'édifices pour créer un «Montréal aérien» dans le cadre d'une candidature montréalaise pour l'Exposition universelle 2030.

M. Tourigny suggère aussi un partenariat avec d'autres villes, comme Ottawa et Toronto. Un «hyperloop», espèce de train électromagnétique à très, très grande vitesse imaginé par Elon Musk, relierait les villes.

Mais Marvin Rotrand doute que Montréal puisse surclasser Dubaï si la métropole québécoise tente d'entrer dans la compétition des infrastructures spectaculaires.

«L'Expo 2020 à Dubaï sera probablement la plus grosse de tous les temps. Ce sera énorme en termes de territoire. [...] Et ça sera tape-à-l'oeil comme on n'a jamais vu ça. Mais ils le font pour une raison. Ils veulent se positionner pour un avenir après le pétrole et ils utilisent l'Exposition universelle comme un outil pour transformer leur économie», souligne-t-il.

Revitaliser l'Est?

Pour Roger La Roche, professeur à la retraite et passionné d'Expo 67, le contenu d'une nouvelle exposition importe moins que la façon d'utiliser l'événement.

«Ce qui serait intéressant, ce serait de trouver un ancien site industriel qui a besoin d'être restauré. On en a beaucoup dans l'Est. Pourquoi on ne tiendrait pas une exposition dans Pointe-aux-Trembles? Ou mieux, dans Montréal-Est?», lance-t-il.

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L'Est de Montréal regorge de terrains contaminés par l'activité industrielle.

Selon M. La Roche, ce serait l'occasion rêvée de décontaminer d'immenses terrains, comme le souhaite le gouvernement de François Legault.

Surtout, il ne faut pas croire qu'on peut réinstaller ça dans le parc Jean-Drapeau, où on construit actuellement un grand amphithéâtre et dont l'administration Plante est en train d'imaginer le redéveloppement.

«Ce serait une erreur de dire qu'on s'en retourne dans les îles Sainte-Hélène et Notre-Dame», lance-t-il.

Shawn Rosengarten, un trentenaire qui travaille dans le monde du cinéma mais qui est devenu fanatique d'Expo 67 quand il était enfant, ajoute qu'il faut éviter la «catastrophe environnementale» des années 1960.

«Peu de gens le savent, mais on a déverser des tonnes et des tonnes de DDT dans le fleuve en 1967. Pourquoi? Parce que Jean-Drapeau ne voulait pas que les visiteurs soient envahis par les mannes», souligne-t-il.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Le maire de Montréal, Jean Drapeau, pointe vers les travaux de construction d'Expo 67. Avec lui, les premiers ministres du Québec Jean Lesage (gauche) et du Canada Lester B. Pearson.

Penser à l'après 2030

D'ailleurs, M. Rosengarten croit qu'il faut penser beaucoup plus longtemps à ce qu'on fera du site et des infrastructures créées par un éventuel Expo 2030.

«À la fin de tout ça, on s'est retrouvé avec deux grosses îles et on n'a jamais vraiment trouvé la meilleure façon de les utiliser. Terre des Hommes, ça a été un fiasco financier dès les premières années», rappelle-t-il.

Aujourd'hui, on voit encore certains éléments d'Expo 67. La Ronde continue d'attirer les jeunes. Le pavillon de la France est devenu le Casino de Montréal. Celui des États-Unis, la Biosphère — qui est d'ailleurs menacée de fermeture avec la fin du bail en décembre prochain.

À l'inverse, la Place des Nations est laissée carrément à l'abandon.

Olivier Robichaud
La Place des Nations, inaugurée pour Expo 67, est aujourd'hui laissée complètement à l'abandon.

Selon M. Rosengarten, l'idée de décontaminer un site est un bon début. Mais il faut aussi s'assurer d'avoir un objectif précis pour ce site et pour les édifices après l'événement.

«Le site d'Expo 67 est tellement gros. Et Jean Drapeau s'est retrouvé avec le problème, pendant des années, d'essayer d'animer tout cet espace. Avec Terre des Hommes, avec le Casino, etc.», dit-il.

Entre-temps, Marvin Rotrand poursuit ses démarches. Sa demande de créer un comité pour étudier la candidature montréalaise en 2030 a reçu l'appui du chef de l'opposition, Lionel Perez. La mairesse Valérie Plante n'a pas encore fait connaître ses intentions et n'a pas répondu à la demande de commentaire du HuffPost Québec.

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