POLITIQUE
22/02/2019 14:36 EST | Actualisé 22/02/2019 14:49 EST

Sous le radar: les événements passés inaperçus à l’Assemblée nationale cette semaine

Dans le brouhaha politique, il est facile d’en manquer des bouts. Voici donc trois événements qui nous sont passés sous le nez (ou presque) sur la scène politique à Québec.

QUÉBEC - On mange de la politique au HuffPost Québec, mais il est souvent difficile d'écrire sur tout ce qui se passe à l'Assemblée nationale dans une journée.

Nous vous proposons donc un récapitulatif de trois moments, qui n'ont pas nécessairement fait les manchettes, afin d'apprécier la beauté de notre démocratie... ou pas!

Montréal et le SPVM contre le PL2

Capture d'écran/Assemblée nationale du Québec
Le passage de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, devant la commission parlementaire chargée d'étudier le projet de loi sur le cannabis, est passé sous le radar cette semaine.

Quand la mairesse de la plus grande ville du Québec vient en commission parlementaire pour défendre une position, les médias en parlent habituellement. Sauf qu'elle était présente en soirée, après une journée très riche en rebondissements - et en nouvelles!

La mairesse Valérie Plante et le nouveau chef de police du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) Sylvain Caron avaient tous deux le même message à livrer au gouvernement: leur projet de loi sur le cannabis ne peut pas s'appliquer à la métropole.

«Si les restrictions proposées dans le projet de loi peuvent aisément s'appliquer là où l'on retrouve un cadre bâti peu dense et principalement constitué de résidences unifamiliales, ces mêmes restrictions ne sont pas compatibles avec la réalité urbaine et le tissu social complexe de la métropole», a plaidé Mme Plante.

Elle a insisté sur le fait que Montréal compte 60% de locataires et que ceux-ci n'auraient le droit de fumer du cannabis nulle part, si le projet de loi caquiste est adopté tel quel. Elle veut aussi éviter de mettre des bâtons dans les roues aux personnes les plus marginalisées de la société, comme les personnes sans domicile fixe.

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Selon le chef du SPVM, l'interdiction de fumer dans tous les lieux publics créerait «des attentes très élevées à l'égard des policiers, alors que les ressources disponibles sont loin de permettre un tel niveau de réponse».

Puis, honnêtement, surveiller les comportements de tous et chacun d'une substance légale n'est pas sur la liste des priorités du SPVM, ajoute-t-il.

«Vous savez qu'à chaque jour, actuellement, sur l'île de Montréal, il y a plus de 100 appels en lien avec la santé mentale. Bien, une personne qui est en problématique de santé mentale est plus urgente que d'aller s'occuper d'une personne qui fume à quelque part une substance qui est devenue légale maintenant», a maintenu M. Caron.

Quant à l'idée de hausser l'âge légal pour le cannabis à 21 ans, M. Caron estime qu'elle aura pour effet de diriger les jeunes directement dans les filets du crime organisé.

La «méthode Jolin-Barrette» ne s'applique pas aux garderies

La Presse canadienne
Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, n'a pas l'intention de jeter à la poubelle les 11 000 places en garderie promises depuis des années.

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, a annoncé cette semaine l'ajout de 2500 places subventionnées en garderies - dont une majorité dans les centres de la petite enfance (CPE).

Il relance également des projets de 11 000 places qui traînent en longueur depuis parfois 2011. Mais il n'est pas question de les supprimer, à l'instar des 18 000 dossiers d'immigration qui pourraient être annulés par son collègue Simon Jolin-Barrette.

Un illustre collègue avec beaucoup d'humour a relevé le paradoxe entre les deux situations, lors d'un point de presse à ce sujet.

«Il n'y a pas lieu de préconiser la méthode Jolin-Barrette, c'est-à-dire d'annuler tous les dossiers qui traînent en longueur?» a demandé le journaliste.

«Pensez-vous que c'est une bonne idée? Je ne le sais pas», a réagi M. Lacombe, à propos des 11 000 places en garderies promises depuis des années.

Le ministre ajoutera même lors de ce point de presse que la situation lui donne des «boutons». «Les précédents gouvernements les ont annoncées. La moindre des choses, c'est qu'elles atterrissent sur le terrain, puis qu'elles soient offertes aux tout-petits.»

Dans certains cas, des enjeux réglementaires ou des règles de financement sont venus ralentir le processus. D'autres places parmi les 11 000 ne sont peut-être plus d'actualité depuis le temps. Dans ce cas, il allouera des ressources à d'autres régions qui voudraient ces places.

Une conférence pour le Mois de l'histoire des Noirs

Si la venue du metteur de scène Dominic Champagne au caucus libéral a fait grand bruit, la visite du rappeur et historien Webster à l'Assemblée nationale pour visiter Québec solidaire est vraiment passée sous le radar.

L'artiste - qui parle du député Sol Zanetti comme de son bro - était invité par les solidaires dans le cadre du mois de l'histoire des Noirs à donner une conférence sur l'histoire de l'esclavagisme au Québec.

Le Québec n'a jamais été une société esclavagiste, mais il y avait bel et bien de l'esclavagisme dès l'arrivée des premiers colons, explique-t-il. Le premier maître d'esclave à Québec était d'ailleurs Guillaume Couillard... un ancêtre de l'ex-premier ministre Philippe Couillard.

Dans les années 1630, les Couillard enverront le jeune esclave de Madagascar étudier chez les jésuites et il sera rebaptisé Olivier Lejeune, un nom considéré plus blanc. Il restera esclave toute sa vie à Québec jusqu'à sa mort.

Dans les années 1740, c'est un certain Étienne Charest qui achètera la jeune esclave Angélique-Denise. Ils finiront par avoir des enfants. Puis, il la libère et la marie. Il s'agit donc d'un des premiers mariages mixtes de la Nouvelle-France.

(Précision: Étienne Charest n'est pas un ancêtre de l'ancien premier ministre Jean Charest.)

L'esclavagisme est finalement disparu de façon progressive du Québec grâce à un vide juridique qui a donné raison aux fugitifs qui s'enfuyaient de leurs maîtres.

C'est en leur honneur que Webster a orchestré l'exposition Fugitifs! qui sera présentée au Musée des beaux-arts de Québec du 10 avril au 10 mai 2019. Des illustrateurs ont dessiné des portraits grandeur nature de ces personnes soumises à la servitude qui se sont enfuies et qui se retrouvaient dans les petites annonces de la Gazette de Québec à l'époque. Gageons qu'il y aura quelques solidaires au musée...