POLITIQUE
21/02/2019 14:07 EST | Actualisé 22/02/2019 07:27 EST

Immigration: Simon Jolin-Barrette ouvert à bonifier le projet de loi 9, mais ne dit pas comment

Mais il n'indique pas s'il a l'intention de reculer sur l'annulation des 18 000 dossiers en attente.

La Presse Canadienne
Photo d'archives du ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, Simon Jolin-Barrette.

QUÉBEC - Le ministre de l'Immigration, Simon Jolin-Barrette, est d'avis qu'il y a «toujours place à la bonification» de son projet de loi 9 qui viendra annuler les 18 000 dossiers d'immigration en attente. Mais il n'indique pas s'il a l'intention de reculer sur cette mesure controversée.

Le ministre fait valoir qu'il accepte, par exemple, d'entendre l'Association québécoise des avocats et avocates en droit de l'immigration, qui poursuit le gouvernement afin de traiter ces 18 000 dossiers en attendant l'adoption du projet de loi.

«Si je ne suis pas ouvert, de quoi s'agit-il alors?» a demandé M. Jolin-Barrette.

La confusion a régné à l'Assemblée nationale, jeudi en matinée, alors que l'opposition libérale a fait obstruction au gouvernement pendant près d'une heure et demie. Si bien que la commission parlementaire sur le projet de loi sur l'immigration a été reportée.

M. Jolin-Barrette, qui agit aussi comme leader parlementaire du gouvernement, a reproché aux libéraux mettre «du sable dans l'engrenage» et de ralentir les travaux. Le leader parlementaire libéral, Sébastien Proulx, accuse le gouvernement de vouloir procéder trop vite.

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La commission a donc débuté sans la présence du ministre Jolin-Barrette et c'est son collègue, le député de Chauveau Sylvain Lévesque, qui s'est chargé de faire l'allocution à sa place.

Le Barreau du Québec et la Confédération des syndicats nationaux (CSN) avaient annulé leur présence à la séance matinale de la commission, en raison de délais trop serrés.

Andrés Fontecilla, porte-parole de Québec solidaire en matière d'immigration, s'est dit «déçu» de la tournure des événements. «C'est une mauvaise image qu'on envoie à la population», a-t-il dit avant l'ouverture des travaux de la commission.

Le Conseil du patronat plaide l'urgence

L'heure est aux solutions rapides pour combler la «crise» de la main-d'oeuvre qui affecte de nombreuses régions au Québec, a exhorté Yves-Thomas Dorval, le président-directeur général du Conseil du patronat du Québec (CPQ).

Il y aurait 118 000 postes vacants à combler dans l'immédiat et environ 1,5 million de postes d'ici 10 ans.

De passage devant la commission, M. Dorval s'est désolé de voir que le projet de loi risque de complexifier le processus d'immigration encore davantage alors que les besoins sont criants pour de nombreux employeurs d'ici.

La Presse canadienne
Yves-Thomas Dorval, PDG du Conseil du patronat du Québec, estime que c'est un parcours du combattant d'immigrer au Québec en raison des structures lourdes.

À son avis, le Québec ne peut pas se permettre d'attendre l'adoption du projet de loi, puis la mise en oeuvre du processus par le nouveau système d'immigration Arrima pour faire venir des nouveaux arrivants qui combleront des emplois.

Il craint aussi de voir le Ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion (MIDI) s'accorder encore plus de pouvoirs et devenir plus «invasif».

Le Programme de l'expérience québécoise (PEQ) - préconisé par le ministre pour certaines personnes qui travaillent déjà au Québec - est quant à lui «très limitatif», a fait valoir le responsable du CPQ.

Un constat partagé par Julie Lessard, avocate spécialiste en immigration: «Le PEQ ne vient pas combler un besoin de main-d'oeuvre. Le PEQ couvre des gens qui sont déjà en emploi ici», dit-elle.

Des immigrants selon la capacité d'accueil, dit Pierre Fortin

L'économiste Pierre Fortin avait une lecture plus simple de la situation: «On court après les besoins des entreprises dans mon esprit, point à la ligne.»

À son avis, l'immigration peut combler ces emplois en demande, qui ne requièrent pas de diplôme postsecondaire pour la plupart. M. Fortin met en garde le gouvernement de ne pas attirer les jeunes de 15 à 24 dans les filets de ces domaines d'emploi.

«Le danger que je vois, c'est que nos entreprises se mettent à pêcher les bébés homards avant qu'ils arrivent à maturité et que le taux de décrochage se remette à remonter au Québec», a fait valoir l'économiste, qui suggère une campagne de publicité pour inciter les Québécois à rester à l'école.

C'est clair que si on se trouve à pousser trop fort, on se trouve à souffler sur les braises de l'intolérance.

M. Fortin n'a pas osé trop s'aventurer sur le terrain glissant du nombre d'immigrants qu'il faudrait accueillir. À son avis, ce n'est pas une si mauvaise idée d'en diminuer le nombre pour l'augmenter ensuite. Le tout dépend de la capacité d'intégration du Québec.

Il met cependant en garde le gouvernement de ne pas augmenter trop rapidement le nombre de nouveaux arrivants au Québec.

«C'est clair que si on se trouve à pousser trop fort, on se trouve à souffler sur les braises de l'intolérance. Nos gens se sentent immergés d'immigrants. Il s'agit d'avoir la sagesse de déterminer quel est le niveau d'acceptation sociale que notre monde est capable d'accepter.»

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