POLITIQUE
20/02/2019 19:11 EST | Actualisé 21/02/2019 06:54 EST

Québec va tenter d'autoriser sans BAPE un projet minier en Abitibi

Un projet qui pourrait menacer une des sources d'eau potable les plus pures au monde.

PC/Jacques Boissinot
Pierre Fitzgibbon

QUÉBEC — Le gouvernement Legault va tenter d'autoriser sans Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) un projet minier qui pourrait menacer une des sources d'eau potable les plus pures au monde, en Abitibi.

C'est ce qu'a laissé entendre le ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon, mercredi. Le même jour, le Parti libéral (PLQ), le Parti québécois (PQ) et Québec solidaire (QS) ont exigé conjointement des consultations du BAPE sur ce projet de mine de lithium à ciel ouvert de Sayona Mining.

«On va essayer de voir si on peut pas se servir des règles pour aller sans BAPE, dans le contexte, ça peut se faire, a pour sa part affirmé M. Fitzgibbon, à la sortie de la séance du conseil des ministres. On a fait l'analyse environnementale quand même: on a un esker, on a la mine, et nos experts nous disent qu'il n'y a pas d'enjeux environnementaux.»

Le ministre de l'Environnement, Benoit Charette, a laissé savoir qu'il préférait laisser ses fonctionnaires compléter leur analyse avant de trancher.

Ce projet est à proximité de l'esker Saint-Mathieu-Berry, source de «l'eau la plus pure en Amérique du Nord», a rappelé l'artiste Raôul Duguay, qui a embrassé cette cause avec plusieurs autres groupes d'opposants, présents à l'Assemblée nationale au côté des élus de l'opposition, mercredi.

À lire aussi sur le HuffPost Québec:

Sayona plaide qu'elle extraira moins de 2000 tonnes par jour, soit en dessous du seuil minimum qui rend la tenue d'un BAPE obligatoire. M. Fitzgibbon a dit que «la règle des 2000 tonnes par jour allait diriger la décision» du gouvernement. Il a rappelé la position de l'entreprise qui déplorerait qu'un BAPE retarde le projet.

Toutefois, «la démarche consiste à construire initialement un projet dont la production projetée est de moins de 2000 tonnes par jour, pour éviter un processus d'évaluation environnementale long et coûteux», peut-on lire dans un document de l'entreprise cité par le porte-parole péquiste en matière d'environnement, le député Sylvain Gaudreault.

«Une fois rendue à l'étape de la production, l'entreprise évaluera la viabilité technique et économique de l'augmentation de la capacité de production», poursuit-on dans le document.

«On ne se laissera pas passer un sapin par une multinationale qui maquille ses chiffres pour échapper au BAPE», a déclaré la députée de Rouyn-Noranda-Témiscamingue, Émilise Lessard-Therrien.

La porte-parole libérale en matière d'environnement, la députée de Maurice-Richard, Marie Montpetit, a rappelé que quel que soit le tonnage projeté, le ministre de l'Environnement a toute l'autorité pour exiger la tenue d'un BAPE. Un tel processus permettrait une évaluation environnementale de tous les risques, notamment sur la nappe phréatique, et permettrait de faire entendre tous les points de vue, les inquiétudes et les réponses qu'on leur apporte, a-t-elle fait valoir.

Elle a laissé planer des doutes sur les motifs qui justifient la réserve du ministre Benoit Charette. «Le premier ministre François Legault se dit le premier ministre des "deals". On commence à se demander quel est le "deal" derrière ça, parce que je ne vois aucune raison pour ne pas demander un BAPE» sur ce projet minier.

Le porte-parole d'un des comités de citoyens, Rodrigue Turgeon, a témoigné qu'il avait mis neuf mois avant de pouvoir obtenir des renseignements de la minière sur la distance exacte entre le projet et l'esker.

«On ne peut pas faire confiance à cette minière», a-t-il conclu.