POLITIQUE
20/02/2019 18:08 EST | Actualisé 20/02/2019 18:13 EST

Garderies: impossible de savoir combien de places seront créées d'ici 2022

Pendant ce temps, l'inquiétude croît dans le réseau, qui organise sa riposte.

nilimage via Getty Images

QUÉBEC — Il est impossible de savoir combien de nouvelles places en garderie le gouvernement Legault va créer d'ici la fin du présent mandat, ni quel pourcentage des besoins sera comblé à ce moment, en 2022.

Il est tout aussi impossible de savoir comment le gouvernement va s'y prendre pour arrimer harmonieusement la croissance prévue du réseau de services de garde à la création annoncée de pas moins de 5000 classes de maternelles quatre ans sur tout le territoire.

Pendant ce temps, l'inquiétude croît dans le réseau, qui organise sa riposte.

Les chiffres s'entrechoquent et la confusion s'installe, comme l'a admis mercredi le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, en annonçant la création de 13 500 places, mercredi.

«Je concède qu'on peut se mélanger à travers les chiffres. Il y en a beaucoup», a-t-il répliqué, en guise de réponses aux journalistes qui cherchaient à tracer un portrait d'ensemble des intentions du gouvernement envers les enfants de moins de cinq ans.

Il prévient d'emblée que toute spéculation sur l'état des lieux au terme du présent mandat serait pour le moins «hasardeuse» et «téméraire», compte tenu des bouleversements à venir avec la création des maternelles 4 ans, qui viendront gruger une part de la clientèle des garderies privées et Centres de la petite enfance (CPE), garderies privées, mais surtout des garderies en milieu familial.

L'important, a-t-il soutenu, consiste à améliorer l'offre de services de garde.

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Joignant le geste à la parole, il a donc annoncé la création de 2 500 nouvelles places en garderies subventionnées, essentiellement pour les «poupons», donc les bébés d'au plus 18 mois.

De plus, il donne deux ans au réseau pour concrétiser des engagements du gouvernement précédent relativement à l'ajout de 11 000 places, jamais rendues disponibles jusqu'à maintenant.

Cet ajout ne viendra pas combler tous les besoins et le ministre était incapable de dire quel pourcentage serait atteint.

Chose certaine, actuellement, on compte 42 000 enfants sur les listes d'attente.

On prévoit aussi une hausse de la natalité dans les prochaines années: il faudra trouver une place pour 16 000 enfants de zéro à quatre ans de plus qu'aujourd'hui, d'ici 2023.

En campagne électorale, celui qui allait devenir premier ministre, François Legault, avait affirmé que les maternelles quatre ans allaient libérer 50 000 places additionnelles en garderies.

Le ministre Lacombe n'a pas voulu réaffirmer cet engagement mercredi ni dire dans quelle mesure l'annonce du jour s'inscrivait dans cette promesse électorale.

Par ailleurs, le ministre veut rendre disponibles 8000 places en milieu familial, même s'il s'agit du secteur qui sera le plus touché par les maternelles quatre ans, selon une étude d'impact gouvernementale. Des milliers d'emplois sont en jeu.

Le ministre a promis de ne pas laisser tomber les responsables de services de garde en milieu familial qui perdront leur gagne-pain, sans préciser comment.

«Je leur dirais que le réseau va changer certainement, a-t-il dit. Il y aura des déplacements qui vont être effectués. Et je pense que c'est juste de dire qu'il y aura des conséquences, principalement pour les garderies en milieu familial et les garderies non subventionnées.»

Impact sur les garderies

Chose certaine, le choix du gouvernement Legault de mettre sur pied un réseau de maternelles dédiées spécifiquement aux enfants de quatre ans aura un impact considérable sur le réseau actuel des services de garde, qui ne cache pas son inquiétude.

Cet impact n'a toujours pas été évalué par le gouvernement, car «c'est difficile de prévoir l'intérêt des parents. C'est difficile de prévoir à quel point les parents vont décider de choisir un service de garde, ou un autre, ou s'ils vont opter pour la prématernelle quatre ans. Donc, se lancer dans des estimations aujourd'hui, ça serait un peu téméraire», selon le ministre, en réaffirmant le dogme du libre choix des parents.

«C'est un peu hasardeux pour moi de vous dire exactement à quoi ça va ressembler dans quelques années. Il y a trop de variables», a-t-il convenu, qualifiant le portrait à venir de «très évolutif».

Le réseau prépare sa riposte

«C'est la panique» dans le réseau, selon la vice-présidente du Rassemblement des garderies privées du Québec, Julie Plamondon, en mêlée de presse, en marge de l'annonce.

«On a besoin que nos enfants restent dans nos services de garde», a-t-elle fait valoir.

Inquiètes de l'impact des changements à venir sur le personnel du réseau, deux centrales syndicales, la CSN et la CSQ vont joindre leur voix à l'Association québécoise des CPE (AQCPE) jeudi à l'occasion d'une sortie médiatique destinée à contester les orientations prises par le gouvernement.

PQ: Où est le plan?

La porte-parole péquiste sur ces questions, la députée Véronique Hivon, a jugé que la conférence de presse du ministre, loin de clarifier la situation, avait de quoi rendre «dubitatif».

«Je pense que tout le monde va convenir que la confusion est encore plus grande et que les inquiétudes des partenaires sont assurément encore plus grandes», selon elle.

Elle réclame «de toute urgence» au ministre Lacombe un plan détaillé du déploiement des places en services de garde d'ici la fin du mandat.

«Il doit nous dire de toute urgence combien de places en maternelle quatre ans et combien de places en centres de la petite enfance, comment ça va se déployer sur cinq ans, des réponses qu'on n'est toujours pas capables d'avoir», a déploré la députée.