POLITIQUE
20/02/2019 19:44 EST | Actualisé 20/02/2019 19:55 EST

Cannabis: les produits comestibles pas la solution, dit l'opposition

L'ingestion a pour effet de retarder de 60 à 90 minutes ses effets et d'en prolonger la durée d'environ six à huit heures.

Le ministre Lionel Carmant.
PC/Jacques Boissinot
Le ministre Lionel Carmant.

QUÉBEC — L'opposition à Québec s'est collée aux experts en santé publique, mercredi, pour descendre en flammes l'idée du gouvernement de proscrire le cannabis fumé sur la voie publique au profit du cannabis comestible.

Au dernier jour des consultations sur le projet de loi 2, qui vise à resserrer l'encadrement du cannabis, elle a accusé le gouvernement Legault de proposer une fausse solution, qui, dans les faits, ne fera qu'empirer la situation.

«Le ministre dit: "On veut protéger les enfants", mais dans la réalité, dans l'application des lois, il va exposer davantage les enfants et diriger les gens vers une forme de cannabis — comestible — plus dangereuse», s'est étonné le député de Québec solidaire Sol Zanetti.

«Si le ministre veut réellement limiter l'impact sur la santé publique, sa recommandation va exactement à l'encontre de son objectif, a renchéri le porte-parole libéral en santé, André Fortin. Le ministre ne semble pas s'être penché sur ça plus que deux secondes.»

Mardi soir, le ministre délégué à la Santé, Lionel Carmant, a suggéré devant la mairesse de Montréal, Valérie Plante, qu'il est préférable que les Québécois consomment du cannabis comestible dans les lieux publics pour éviter d'exposer leurs concitoyens — dont des enfants — à la fumée.

Rappelons que le projet de loi 2 inclut deux grandes mesures, soit le rehaussement de l'âge légal pour consommer du cannabis à 21 ans et l'interdiction de fumer la substance dans l'espace public.

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Le premier ministre François Legault a endossé ses propos mercredi matin, y voyant un «accommodement» intéressant. «Ce sont peut-être des choses qu'il faut effectivement regarder, (afin qu'il n'y ait) pas de fumée qui (puisse) aller vers les enfants.»

Or, l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a déjà prévenu le gouvernement contre les effets pervers des produits comestibles. Dans un mémoire déposé la semaine dernière, il affirme que ces produits comportent des risques tels qu'ils ne peuvent être considérés comme la solution au problème.

L'institut anticipe que la légalisation par le fédéral et la commercialisation de masse des produits comestibles et des concentrés de cannabis provoqueront une croissance de l'usage du cannabis au sein de la population canadienne, en plus de banaliser la substance.

L'ingestion du cannabis, contrairement aux modes de consommation par combustion ou vaporisation, a pour effet de retarder de 60 à 90 minutes ses effets et d'en prolonger la durée d'environ six à huit heures.

Les effets retardés, prolongés et moins facilement prévisibles des produits comestibles posent notamment des enjeux de sécurité routière et de sécurité en milieu de travail, soutient l'INSPQ.

«Ça nous fait très peur»

L'arrivée des produits de cannabis comestibles sur le marché «nous fait très peur», a martelé mercredi la docteure Julie Loslier, représentante des directeurs de santé publique de la Montérégie.

Elle a prévenu les députés contre le risque élevé d'intoxications et le marketing «extrêmement agressif» d'une industrie prête à offrir à tout un chacun boissons, jujubes et autres produits alléchants.

«Il ne faut pas avoir le réflexe facile de dire: "Bien, on aime mieux que les gens ne fument pas, ça fait qu'on va encourager les comestibles". Non au contraire. Je pense qu'on a vraiment besoin d'un pas de recul sur les comestibles et être très, très prudent dans la façon dont on introduira ces comestibles-là, parce que c'est là où je vois personnellement le risque de glissement», a-t-elle déclaré.

Legault garde le cap

Après avoir laissé entendre en matinée qu'il pourrait faire des concessions sur l'interdiction de fumer du cannabis en public (la mairesse de Montréal lui avait demandé la veille un droit de retrait), M. Legault a rapidement refermé la porte.

«Je l'ai vu, quand j'étais ministre de l'Éducation, les ravages du cannabis dans nos écoles, dans nos cégeps, je l'ai vu les résultats catastrophiques sur les taux de diplomation. Ayons de l'ambition pour nos jeunes. Envoyons un message clair. C'est ça qu'on essaie de faire», a-t-il déclaré en Chambre, après s'être vanté d'avoir lui, contrairement au chef intérimaire libéral, entendu «l'appel du peuple».

«Tout le monde est contre le projet de loi, a rétorqué M. Zanetti à la fin des consultations publiques, auxquelles ont participé 16 groupes. Il y a des gens qui sont pour, mais c'est une minorité.»

«Visiblement, (le ministre) n'a pas écouté les présentations en commission parlementaire», a ajouté le député péquiste Sylvain Gaudreault.

Le projet de loi 2 chemine; la prochaine étape sera l'adoption du principe. Elle sera suivie de l'étude article par article et, enfin, de l'adoption et de la sanction de la loi.

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