BIEN-ÊTRE
19/02/2019 13:33 EST | Actualisé 19/02/2019 13:37 EST

Karl Lagerfeld salué par milieu de la mode québécois

«C'est l'un des grands derniers qui meurt.» - Denis Gagnon

«Une légende», «l'un des derniers grands couturiers»... Des Québécois qui oeuvrent dans l'industrie de la mode ne tarissent pas d'éloges à l'endroit de Karl Lagerfeld, le célèbre couturier aux lunettes noires et à la queue de cheval grise, décédé tôt mardi.

Joint au téléphone par La Presse canadienne dans sa boutique du Vieux-Montréal, le designer québécois Denis Gagnon a salué le départ d'un grand couturier, mais aussi d'un bourreau de travail: «C'est l'un des grands derniers qui meurt.»

M. Gagnon a tenu à souligner que Karl Lagerfeld a marqué l'industrie de la mode, notamment en insufflant une nouvelle dynamique à la Maison Chanel lorsqu'il est devenu le directeur artistique de la célèbre marque au début des années 1980. «Il a pris en charge et remonté une maison, comme John Galliano a remonté Dior, lui a remonté Chanel, il l'a bien repris, il a bien su le faire, il a toute ma gratitude pour ça. Coco Channel a dû se retourner dans sa tombe quand elle a vu que sa maison était devenue un véritable empire.»

La chroniqueuse de mode montréalaise Lolitta Dandoy affirme qu'il faut considérer Karl Lagerfeld comme l'un des plus grands créateurs, notamment en raison de sa capacité d'adaptation.

«Il se réinventait constamment, chaque saison il créait les défilés les plus spectaculaires», indique la journaliste, qui rappelle que Karl Lagerfeld avait fait venir un véritable iceberg de Suède en plein coeur de Paris pour un défilé.

Il faisait toujours des choses qui font en sorte que c'était impossible de ne pas parler de lui.Lolitta Dandoy

Son sens de la publicité, son autodérision et ses phrases-chocs faisaient en sorte que même s'il avait plus de 80 ans, il était souvent au coeur des discussions relatives à la mode sur les médias sociaux, selon Mme Dandoy.

Le designer québécois Denis Gagnon croit que c'est la fin d'une époque; selon lui, il n'est plus possible pour un couturier de «conquérir la planète» et d'avoir autant d'impact dans l'industrie de la mode que Karl Lagerfeld a eu avec la maison Chanel. «Toute la façon de commercialiser une marque a changé, en raison de la vente en ligne notamment, ça prend beaucoup de moyens et puis, le marché est saturé, il y a beaucoup trop de créateurs», dit-il.

Le designer québécois ajoute «qu'une maison qui a autant d'envergure et de notoriété que Chanel, ça n'existera plus», car lorsqu'une maison de couture connaît du succès aujourd'hui, elle se fait «rapidement avaler par de grands conglomérats.»

À VOIR: Le génie de Lagerfeld reconnu à travers le monde. L'article se poursuit sous cette vidéo.

En entrevue à La Presse canadienne, la journaliste Eva Friede, ancienne éditrice du cahier mode pour The Gazette, n'a pas hésité à parler d'un homme qui a transformé la mode pour toujours. «Une des choses intéressantes qu'il a faites, c'est qu'il a pris la célèbre veste boxy de Chanel et l'a transformée à sa façon, dit-elle. Mais c'était toujours une veste Chanel. Et cette veste est devenue une pièce iconique de la mode, que l'on peut trouver n'importe où, chez le Château autant que chez Chanel.»

«Les médias ont tendance à rapidement qualifier de "légendes" les grands artistes lorsqu'ils meurent», ajoute Eva Friede, mais selon elle, cette fois-ci, les qualificatifs d'icône et de légende sont justifiés. «Karl Lagerfeld était un vrai de vrai.»

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