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18/02/2019 16:01 EST | Actualisé 18/02/2019 16:08 EST

Une tempête qui en cause une autre au sein d'une compagnie de messagers à vélo

Cinq employés qui revendiquent des meilleures conditions de travail se retrouvent sans emploi depuis la tempête du 13 février.

Photo d'archives
Diego Rojas / EyeEm via Getty Images
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La journée du 13 février restera marquée dans la mémoire d'Alexandre Poirier. Pour la quantité de neige tombée, oui, mais surtout parce qu'il n'a plus d'emploi depuis. La tempête et les conditions météorologiques difficiles l'ont amené, lui et quatre de ses collègues, à demander de meilleures conditions de travail, ce qui leur a été refusé.

Alexandre Poirier soutient que ses patrons étaient irrités du fait que les livraisons de ses collègues et lui prenaient du retard, «alors que toutes les écoles étaient fermées, et que les autorités recommandaient à tout le monde de rester chez eux», précise-t-il. À 14h, cinq des six messagers à vélo ont décrété qu'il n'était plus possible de travailler. Ils ont confronté un répartiteur: ils ne reprendraient pas le travail tant qu'ils ne pourraient pas discuter de leurs conditions de travail (ils demandent notamment une augmentation de 25$ par jour, pour un total de 150$ pour 10 heures).

Le jeune homme de 23 ans avance que ses collègues et lui auraient demandé de faire leurs livraisons à pied dans la matinée du 13 février, ce qui leur aurait été refusé. Une affirmation que réfute complètement le propriétaire de l'entreprise de courrier QA.

Une version contestée

«C'est un mensonge, ils n'ont jamais demandé ça. Et même s'ils l'avaient fait, pourquoi j'aurais refusé? En autant qu'ils font leurs livraisons, ça ne me pose aucun problème!» réplique Peter Hansen.

Les messagers auraient finalement été conviés par le répartiteur pour se faire dire qu'ils ne travaillaient plus pour QA. Le propriétaire de l'entreprise affirme plutôt que ce sont eux qui ont mis fin à leur contrat en décidant de ne pas travailler, cet après-midi-là.

Les messagers se sont réunis le lendemain et ont décrété que leur principale revendication serait d'être reconnus comme salariés de QA, au lieu de travailleurs contractuels. La direction leur aurait répondu qu'elle n'était pas intéressée par cette offre.

Courtoisie
Alexandre Poitras

Selon Alexandre Poirier, ses collègues et lui avaient fait plusieurs fois cette demande d'augmentation salariale par le passé, sans jamais avoir de nouvelles par la suite. Une autre affirmation que réfute le propriétaire de l'entreprise.

«Ils ne m'en ont jamais parlé avant, dit Peter Hansen. Ils sont débarqués dans le bureau du répartiteur pendant la tempête en demandant à me parler. On leur a répondu que je ne travaillais pas parce que je me remets d'un arrêt cardiaque. On leur a proposé des rencontres individuelles le lendemain avec un représentant des ressources humaines, mais ils ont refusé.»

Travailleurs contractuels

  • Il faut savoir que la très grande majorité des messagers à vélo sont des travailleurs contractuels.
  • Selon Alexandre Poirier, qui fait partie de l'Association des messagers et messagères à vélo de Montréal, «c'est un standard dans l'industrie».
  • Pourtant, ajoute-t-il, les messagers sont employés par une seule entreprise. Ils ne décident pas de leur horaire ni des clients qu'ils servent, et plusieurs doivent même porter un uniforme. Ce qui fait dire à Alexandre Poirier qu'il s'agit de «salariat déguisé», puisque les messagers n'ont droit à aucun congé maladie ni avantages sociaux, notamment.
  • Les messagers à vélo sont des travailleurs «à commission», c'est-à-dire selon le nombre de courses qu'ils effectuent. Certaines compagnies, comme QA, leur garantissent un montant de base, pour que les journées plus difficiles (comme lors des tempêtes de neige, par exemple) soient tout de même minimalement rémunérées.
  • Alexandre Poirier affirme gagner actuellement «à peine 14$ de l'heure» pour une moyenne de 50 à 75 km à vélo par jour.


Le 15 février, la compagnie QA a oublié une annonce sur Facebook, dans laquelle elle promet un salaire de 150$ par jour jusqu'au mois d'avril, en plus d'un bonus de 250$ à l'embauche. L'annonce a par la suite été retirée, mais Alexandre Poirier nous a fourni des captures d'écran.

Facebook / QA Courrier
Capture d'écran de la page Facebook de QA Courrier

«C'est exactement ce qu'on demandait, et qu'on nous a refusé, déplore-t-il. Et en plus, on offre un bonus!»

Peter Hansen admet avoir fait cette publication, parce qu'il avait «un besoin urgent» de messagers, mais qu'il l'a ensuite retirée, parce qu'il s'est aperçu que ses chauffeurs de voiture arrivaient à couvrir le manque d'employés.

Le groupe des cinq messagers a tenu un rassemblement lundi matin devant les bureaux de l'entreprise, mais ils n'ont pu discuter avec aucun représentant des ressources humaines. Le propriétaire de QA affirme qu'il réfléchit présentement à la suite des choses.

«C'est seulement depuis ce matin qu'ils sont ouverts à discuter avec quelqu'un des ressources humaines, soutient-il. Je ne sais pas encore ce que je vais faire. Ils me forcent à réévaluer le fonctionnement de mon entreprise. J'aurais aimé qu'ils me fassent la demande en bonne et due forme, et non qu'ils cessent de travailler pendant deux jours!»

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