POLITIQUE
18/02/2019 14:05 EST | Actualisé 18/02/2019 17:29 EST

Gerald Butts, le principal conseiller de Justin Trudeau, remet sa démission

Cette démission survient dans un contexte délicat pour le premier ministre.

OTTAWA — L'affaire SNC-Lavalin a fait rouler une tête au bureau du premier ministre, et pas n'importe laquelle: le principal conseiller et ami de longue date de Justin Trudeau, Gerald Butts, a annoncé sa démission, lundi.

Il tire sa révérence en niant "catégoriquement" les allégations voulant que lui ou quelqu'un d'autre au bureau du premier ministre aurait fait pression sur l'ancienne ministre de la Justice et procureure générale Jody Wilson-Raybould, afin d'éviter un procès à SNC-Lavalin.

"J'ai servi l'intérêt public, et non celui d'individus. Je n'ai jamais servi les intérêts des sociétés privées. La vie est remplie d'incertitudes, mais de cela, j'en suis certain", a indiqué le bras droit de Justin Trudeau dans une déclaration écrite.

"Toutes allégations selon lesquelles moi ou un membre de notre personnel aurait fait pression sur la procureure générale sont simplement fausses", a ajouté Gerald Butts, disant qu'il est "dans les meilleurs intérêts du cabinet et de son important travail que je démissionne".

Car "la réalité, c'est que ces allégations existent", et "elles ne peuvent pas et elles ne doivent pas en aucun cas faire obstacle au travail essentiel qu'effectue le premier ministre et son bureau au nom de tous les Canadiens", a-t-il fait valoir.

Il a par ailleurs assuré avoir toujours entretenu de bonnes relations avec l'ancienne ministre Wilson-Raybould, qu'il dit avoir encouragée à se présenter aux élections sous la bannière libérale en Colombie-Britannique aux élections de 2015.

"J'ai travaillé d'arrache-pied pour l'appuyer en tant que candidate et en tant que membre du conseil des ministres. De mon point de vue, notre relation a toujours été définie par le respect mutuel, la franchise et un véritable désir de travailler ensemble", a relaté M. Butts.

Le premier ministre Justin Trudeau, qui se fait mitrailler de questions depuis que cette affaire a éclaté, il y a maintenant plus d'une semaine, s'est tourné vers Twitter pour rendre hommage à son fidèle conseiller.

"Gerald Butts a servi notre gouvernement _ et notre pays _ avec intégrité, sagesse et dévouement. Je tiens à le remercier pour son service et son amitié indéfectible", a-t-il écrit en réaction au départ de celui qu'il connaît depuis ses années d'études à l'Université McGill.

Steve Russell via Getty Images
Gerald Butts et Justin Trudeau en 2015.

Dans le camp conservateur, on prévient d'ores et déjà que l'on n'est pas près de lâcher le morceau. "Il démissionne en disant "J'ai rien fait". Pourquoi tu t'en vas? Si tu n'as rien à te reprocher, pourquoi tu t'en vas?", a lancé en entrevue le député Pierre Paul-Hus.

Son collègue bloquiste Rhéal Fortin a abondé dans le même sens. "En connaissez-vous bien, vous, des gens qui démissionnent de leur travail alors qu'ils n'ont rien à se reprocher?", a-t-il soumis en entrevue téléphonique.

Le député néo-démocrate Alexandre Boulerice voit en ce départ un aspect sacrificiel. "La seule compréhension qu'on peut avoir, c'est que M. Butts décide de prendre le coût politique, d'en payer le prix, pour protéger son ami le premier ministre", a-t-il fait valoir.

Enquête publique demandée

Peu avant l'annonce de la démission de Gerald Butts, qui a véritablement eu l'effet d'une bombe à Ottawa, le Nouveau Parti démocratique (NPD) réclamait la tenue d'une enquête publique afin de faire la lumière sur l'affaire SNC-Lavalin.

La formation compte déposer une motion au Parlement afin de l'obtenir et d'exiger de Justin Trudeau qu'il lève le secret professionnel pour permettre à Mme Wilson-Raybould de donner sa version des faits.

Les partis d'opposition affûtent leurs armes en prévision du retour au parlement, mardi, après une semaine en circonscription. Le comité permanent de la justice et des droits de la personne se rencontrera à huis clos afin d'établir les paramètres d'un examen qui sera mené sur l'enjeu.

La semaine passée, lors d'une réunion d'urgence, les députés libéraux qui siègent au comité ont bloqué une tentative de faire comparaître neuf personnes. Sur la liste dressée par les conservateurs figurait notamment Gerald Butts, mais aussi Jody Wilson-Raybould.

Celle-ci, qui avait été rétrogradée aux Anciens Combattants lors d'un remaniement en janvier dernier, a claqué la porte du cabinet mardi dernier, quelques jours après que le Globe and Mail eut publié un article contenant des allégations d'ingérence politique.

Le quotidien écrivait que le bureau de Justin Trudeau aurait exercé des pressions sur Jody Wilson-Raybould afin qu'elle travaille à conclure avec SNC-Lavalin un "accord de poursuite suspendue" (APS).

Les régimes d'APS, qui existent aux États-Unis et en Grande-Bretagne, permettent de suspendre des poursuites pénales contre des entreprises. En échange, celles-ci admettent les faits, puis acceptent de payer une pénalité financière salée et de coopérer avec les autorités.

La firme SNC-Lavalin est accusée de fraude et de corruption par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) en lien avec ses activités en Libye entre 2001 et 2011.

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